PROPOS SUR LA PRECARITE

Mille-feuilles à tendance séditieuse.

PROPOS SUR LA PRECARITE

Messagepar NOSOTROS » Mardi 06 Jan 2009 1:35

PROPOS SUR LA PRECARITE

Dans ce pays en 2006, on comptait trois millions de personnes touchées par la précarité (dont 800 000 stagiaires), sans manquer d'y rajouter 1,2 millions de salariés contraints au sous-emploi et 3,4
millions d'allocataires de minima sociaux.

Dans ce pays en 2006, on comptait trois millions de personnes touchées par la précarité (dont 800 000 stagiaires), sans manquer d'y rajouter 1,2 millions de salariés contraints au sous-emploi et 3,4 millions d'allocataires de minima sociaux.

Qu'est-ce que la précarité ?

Elle nous renvoie à cette époque du travailleur journalier attendant de très longues heures pour décrocher une embauche auprès du contremaître. Il n'est plus à douter que celle-ci est devenue le moteur de l'histoire du capitalisme occidental. Il va sans dire que la précarité est un vecteur normatif sur le plan de la socialisation de la force du travail.

L'intérimaire est une figure nomade qui va sans cesse d'une entreprise, d'une unité de production à une autre (la flexibilité), voire d'un site à un autre (l'externalisation).

Dans un premier temps, petit à petit, elle a réussi à s'imposer comme le nec plus ultra de la gouvernance de l'appareil de production (le secteur nucléaire a été le champ d'application expérimental) avant de conquérir tous les plans de l'existence, que l'on peut traduire par le délitement du lien social. Quelle plus parfaite illustration que cette maxime, "Tout est précaire", de Laurence Parisot du MEDEF, teintée d'un cynisme hors pair, notifiant le cri de victoire de la réaction.

Pour s'en convaincre, il suffit de prendre ces deux simples exemples très évocateurs : la réception du SMS pour aller en mission et la recherche par Internet pour décrocher un emploi. Bien sûr, il faut traverser au préalable avec succès une présélection dictée par les DRH et les cadres sondant l'employabilité de l'individu : être corvéable à merci suppose le profil-type avec le sourire, c'est une règle d'or.

Ainsi, tous nos moindres faits et gestes se doivent au maximum d'être calculés et anticipés, si l'on veut être reconduit dans ses contrats de missions. Désormais, nous sommes à chaque instant des entrepreneurs et des gestionnaires qui se doivent d'être rentables afin de répondre et de se soumettre à la discipline de la trinité : productivité, profit et croissance (au nom de la sainte guerre économique que livre le capitalisme). Dans la grande distribution du bricolage, la moindre erreur de jugement au cours d'un inventaire est sanctionnée d'un renvoi sur-lechamp. D'un coup de crayon, la secrétaire zélée rayera votre numéro (en l'occurrence T6) des effectifs de la journée. On fera comprendre à l'intérimaire qu'il n'est pas dans son intérêt qu'un rapport remonte à l'agence. Dans ce cas-là, il vaut mieux déchirer son contrat de mission en douce. Ne parlons même pas du manque de sécurité dans certains cas précis (absence de casque, par exemple).

Et, pire encore, la perception et la représentation du temps se trouvent complètement métamorphosées, jusqu'à en perdre la maîtrise : mobile, mobilisable et démobilisable du jour au lendemain, de la seconde à la minute. Ce n'est plus un temps dicté par le rythme de la nature, ni par les horloges apparues en nombre au XVIIIème siècle, mais bel et bien par les besoins de la production marchande ("flux tendu", etc.). Si on tient compte que l'Internet et le téléphone portable imposent et structurent un rapport à l'immédiateté, interférant sur la capacité à se projeter dans le futur, nous sommes dans un temps complètement fragmenté et paradoxal dans lequel le court et le long terme sont indifférenciés. Sans y prendre garde, ces prothèses communicationnelles concourent sournoisement à l'instauration d'un contrôle social qui se généralise et se banalise : connaître le lieu où l'on se trouve à tout instant. La précarité acte un brouillage de la frontière entre la sphère privée et publique qui entérine un état permanent d'attente, engendrant de la fatigue et du stress, quand ce n'est pas simplement de la peur et de l'angoisse : vivre sous la menace d'un blanc sur son C.V. et de la remarque qui en découlera lors de l'entretien pour inhiber le candidat en le plaçant dans une position de faiblesse (technique de recrutement).

Quelque part, le C.V. a remplacé le carnet de l'ouvrier. Celui-ci vaut des stages ou des ateliers divers où l'occasion est donnée aux participants (chômeurs et intérimaires) de confronter leur expérience (de la scolarité à leur entrée et parcours sur le marché du travail) en s'annotant pour qu'ils le remettent en bonne et due forme. Présenté des fois sous l'habit du travailleur social, l'animateur (ou l'animatrice) – ayant fait ses armes en tant que DRH - saura user sciemment, sauf à l'insu de son plein gré, de la violence symbolique. Savoir se vendre, telle serait cette "éthique" basée sur le recours au sentiment de pitié.

N'omettons pas que la précarité engendre quelque chose de tout aussi préjudiciable comme la mise en concurrence brutale et directe de l'intérimaire qui vend sa force de travail, même si l'intérimaire jaune s'accommode parfaitement de cette situation ; tandis que les agences d'intérim savent s'entendre pour appliquer une clause de non-concurrence dans l'obtention des parts de marché : c'est-à-dire qu'un intérimaire ne peut postuler pour un poste d'ouvrier spécialisé en passant par deux agences d'intérim pour la même usine d'agroalimentaire par exemple. Elles se partagent donc les secteurs de l'appareil de production par des antennes (l'agroalimentaire, l'automobile, le bâtiment, le secrétariat, etc.). Les agences d'intérim sont en vérité des annexes de réseaux ou de groupes d'entreprises qui peuvent placer des fonds pour se servir directement à volonté en main-d'oeuvre. Elles ne sont que l'extension du conglomérat et de l'oligopole, d'où l'intérêt de connaître le montage juridique et d'ouvrir les livrets de compte pour mettre fin à l'opacité. En faisant déjà oeuvre d'officines de placement, elles concurrencent l'ANPE et la poussent vers sa restructuration et son démantèlement. C'est l'intérim nouvelle génération avec son marketing glamour !

Petite remarque : l'intérimaire n'est pas une figure unifiée ou un corps social monolithique, le "précariat". Ce dernier ne s'est pas également substitué par excellence au salariat de type ouvrier-masse des grandes usines, en particulier de l'automobile des années 70, comme certains aimeraient à le théoriser. La composition sociologique de l'intérimaire est relativement complexe puisqu'elle comprend tous les secteurs en incorporant l'intérimaire non-qualifié (l'ouvrier spécialisé, l'employé, …) et l'intérimaire qualifié (l'ouvrier qualifié, le petit chef et même le cadre). De plus, ces deux catégorisations se subdivisent en d'autres, telles que l'intérimaire transitoire, occasionnel et régulier, selon plusieurs critères : la fluidité de l'offre et de la demande qui pèse sur le volant des commandes, l'annualisation du temps de travail, les contraintes de la force de travail (l'arrêt maladie, l'usure…) ainsi que sa valeur, qui reste encore trop élevée face à la concurrence des PECO (Pays d'Europe Centrale et Orientale) et des NPI (Nouveaux pays industrialisés).

Le mouvement de lutte contre le CPE/CNE de 2006 a sonné comme un coup de semonce. Devant ce danger, l'ordre du discours de la classe dominante (les bourgeois, les patrons, les parvenus, les politiques,…) s'est replongé dans celui des moralistes-mercantilistes, des évangélistes et des méthodistes : se lever tôt, trimer dur, ne pas rester à ne rien faire, le temps est précieux, et c'est de l'argent… N'a-t-on pas entendu, de droite et de gauche sur l'échiquier politique, qu'il fallait réhabiliter le travail ? Ce n'est pas trop grave pour le syndicalisme réformiste, si cela suppose la flexisécurité. Le contraire n'est pas étonnant quand on sait que celui-ci a signé tous les accords de restructuration. Ce n'est que la faillite du socialisme réformiste et de ses variantes, qui croient encore inscrire le progrès dans l'évolution du capitalisme et son développement incessant des forces productives, cet avatar historique d'un certain matérialisme historique étroit. S'il ne veut pas rester en porte-à faux, l'anarchosyndicalisme se doit de continuer à s'armer théoriquement en discernant tous les aspects de la précarité et du capitalisme. Cependant, la rationalité et la pertinence de l'analyse politique ne suffisent pas à être comme un poisson dans l'eau parmi la masse. Il s'agit bien de susciter le désir de contestation de cet état de fait qu'est la précarité et, au-delà, le salariat lui-même avec tout ce qu'il véhicule et engendre : abrutissement, épuisement, irritabilité, etc. Car 'anarchosyndicaliste est un agitateur qui sait que le trouble social est une aubaine pour le caractère spontané de la lutte : les récents débrayages nous en fournissent la preuve éclatante, malgré l'aspect trade-unioniste de la revendication immédiate. Ils ont au moins le mérite de briser la résignation ambiante.

Voilà bien qui mérite de remettre à l'ordre du jour trois questions essentielles :
A quoi sert le travail en acte et puissance ?
Quelle est donc sa finalité (et, par-là même, la nôtre) ?
Ne saurait-il se réduire qu'au salariat ?
Cela suppose de définir la richesse et la pauvreté…

Paul-Anton, CNT-AIT de Caen

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Paru dans Anarchosyndicalisme n°109

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Messagepar non defini » Jeudi 19 Fév 2009 14:32

A quoi sert le travail?
Cette question je l'ai posée en 1976 à des syndicalistes, à des juristes, à des hommes politiques. Personne n'a voulu me répondre. mais à cette époque là, c'était plus facile de voir les âneries des anciens parce que le travail était défini par le code du travail lui-même comme "activité rémunérée". Donc, tout activité rémunérée était considérée comme travail ; et les autres activités celles qui consistent à entretenir une maison par exemple ou s'occuper bénévolement des enfants, ou veiller sur la sécurité de tous, donner à manger à ceux qui ont faim, etc. ce n'était pas du travail.
La seule chose qui a changé c'est que la définition du travail a disparu du code du travail. maintenant on est employé.

Mais la question est reposée et croyez-moi, ou pas, elle doit probablement "travailler" tous ceux qui sont à la peine. Et comme il y a de plus en plus de personnes à la peine, la question va surgir d'un seul coup. Quand j'ai souhaité supprimer "le travail", des hommes bien intentionnés m'ont dit que c'était une sanction divine. Mais les femmes actuellement peuvent accoucher sans souffrance, alors pourquoi les hommes ne pourraient-ils pas eux aussi être heureux de travailler? Ce ne sera possible qu'à condition (à mon avis) qu'il y est une autre économie. Je vous invite à visiter ce site:
http://economiedistributive.free.fr/spip.php?rubrique3

Quelle est la finalité du travail?
Il faut savoir que ce mot vient d'un mot latin qui signifiait le lieu où était empalé les ...anarchistes de l'époque. une sort de golgota.
Pour moi, j'ai résolu la question justement en découvrant que notre vocation est la liberté et que les différentes épreuves et questions que nous avons à affronter, servent à nous faire découvrir "la liberté". Donc, pour moi, la souffrance n'est qu'un appel de la vie à nous mettre en route et à affronter les vraies questions qui se posent à l'être humain que vous êtes, que nous sommes.
Non, le travail ne se réduit pas au salariat. Tous les jours, pendant environ 6heures par jour pendant 6 jours depuis plus de 6 mois, j'appelle les humains à réfléchir par eux-mêmes pour qu'ils découvrent qu'ils sont vraiment libres mais
uniquement dans le sens de l'article 4 de 1789. Autrement dit, la liberté est vertu. Elle est générosité, détachement de soi pour servir autrui tel qu'il énonce son besoin. Le travail n'est pas lié à l'argent.
Non, il n'est pas nécessaire de définir ce que sont la richesse ou la pauvreté. Les bourgeois (ou les marchands) essaient de culpabiliser les pauvres en leur faisant croire que c'est leur mode de vie de bourgeois qui est seule valable. Et maintenant, nous avons des personnes qui acceptent de se laisser apprécier comme des bêtes. Mais même les bêtes ne sont pas aussi stupides et inconscientes que nous le croyons : un génisse s'est échappée de l'abattoir par les égouts ! Nous ne savons pas grand chose de vrai et il nous faut chercher la vérité. Mais beaucoup parmi les hommes ne s'attachent pas à chercher la vérité et les sciences qui sont supposées nous y aider (surtout les sciences humaines) sont en panne. Elles se déroutent vers les sciences cognitives.
non defini
 
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