"le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Pour relier les luttes entre elles et les étendre...

"le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar NOSOTROS » Mardi 12 Jan 2010 12:09

Un article d'un sociologue dans le monde interessant pour comprendre

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Pour Alain Morice, anthropologue, chercheur au CNRS et membre du laboratoire URMIS (Unité de recherches "Migrations et société", université Paris-Diderot), on peut se demander "si la mafia locale n'est pas derrière les premières exactions, qui ont déclenché une "chasse à l'immigré" dans le sud de l'Italie, faisant soixante-sept blessés entre jeudi et samedi.


Le recours à la main-d'œuvre étrangère saisonnière est-il un phénomène ancien en Europe ?


Oui, dans certains pays d'immigration ancienne, comme la France. On se souvient notamment des Belges recrutés pour la récolte des betteraves dans le nord de la France, ou des Italiens dans la région marseillaise pour le maraîchage, ou encore des Espagnols pour les vendanges. Le phénomène s'est développé avec l'industrialisation de certains secteurs agricoles, qui a été accélérée dans les années 1970 quand Jacques Chirac était ministre de l'agriculture et qui s'est traduite par une importante demande de main-d'œuvre pour des récoltes plus massives et plus ponctuelles. Il a fait tache d'huile dans les années 1980 en Espagne, puis en Italie, qui étaient auparavant des pays d'émigration, quand à leur tour ils ont développé la culture intensive de fruits et légumes.

Mais il s'agit toujours de variantes du "modèle californien", qui s'est imposé il y a un siècle dans l'ouest des Etats-Unis : on recourt à une main-d'œuvre immigrée moins chère, fragile puisqu'on peut lui confisquer ses papiers ou empêcher leur renouvellement, et facilement corvéable car l'objectif de ces travailleurs, venus de pays démunis, est de gagner le maximum d'argent en un minimum de temps. L'idée est toujours que ces étrangers ne doivent pas s'installer durablement car, disent les exploitants, s'ils séjournent à l'année, alors ils deviendront des "bras cassés" sans ardeur à la tâche et surtout soucieux de toucher les aides sociales. Le racisme est ici un levier de l'exploitation de ces saisonniers migrants.


L'origine et les conditions de travail de ces saisonniers varient-elles selon les pays ?


On a plusieurs modèles de mobilisation de la force de travail dans l'agriculture, qui cependant convergent tous vers le souci de s'assurer de sa flexibilité et de sa précarité. En France, il y a eu surtout, après l'intégration des travailleurs espagnols et portugais dans l'Union européenne, des Marocains et, en moins grand nombre, des Tunisiens, leurs pays ayant signé avec la France, dès 1963, des accords de main-d'œuvre. Ce furent les fameux "contrats OMI", du nom de l'Office des migrations internationales, d'une durée de six mois (extensible jusqu'à huit mois). Récemment, les Polonais sont devenus majoritaires, surtout dans les vendanges, mais, à présent, ils sont à leur tour bénéficiaires de la libre circulation comme travailleurs européens. Ces contrats, mesurés au compte-gouttes chaque année par les autorités préfectorales, sont à la fois précieux pour les employeurs et pour les saisonniers. Ce système est supposé garantir la paix sociale.

L'Andalousie, située dans le sud de l'Espagne, a d'abord surtout employé des Marocains, notamment irréguliers. Mais quand ceux-ci ont montré quelque résistance et tenté de faire valoir leurs droits à être régularisés, il y a eu une tentative de diversification. On a ainsi fait venir des Latino-Américains (surtout des Equatoriens), présumés plus proches par la religion et par la langue. Les pays de l'Europe de l'Est sont maintenant aussi représentés. Les femmes ayant de jeunes enfants sont désormais privilégiées pour les contrats en origen ("en origine"), négociés par exemple, comme en Andalousie, entre la province et une agence marocaine, avec la participation des syndicats de travailleurs : un contingent annuel de saisonniers est ainsi mis à la disposition des exploitants.

En Italie du Sud, le recrutement se fait surtout de façon informelle, sous le contrôle des mafias locales (par exemple la 'Ndranghetta, en Calabre), qui ont la haute main sur le système administratif, ce qui garantit une certaine impunité aux employeurs. Recrutés sur des mensonges ou, parce que sans papiers, par peur d'être arrêtés, des Africains et des ressortissants des pays de l'Est sont surexploités et pratiquement emprisonnés, sous la surveillance de capos ("chefs"). Les révoltes actuelles en Calabre témoignent de la gravité de cette situation, qui est pourtant bien connue depuis qu'un journaliste, Fabrizzio Gatti, lui a consacré un article retentissant en septembre 2006. En Grèce de même, il s'agit surtout de travail au noir, et les saisonniers sont très mal acceptés par la population locale : donc, ils filent doux.

Y a-t-il eu des précédents à l'explosion de violence qui vient de viser des saisonniers en Calabre ?

En 2000, dans la région d'Almeria, en Andalousie, après le meurtre d'une Espagnole par un Marocain déséquilibré, les habitants se sont livrés à une véritable chasse à l'homme contre ces travailleurs largement clandestins. Ceux-ci avaient traversé le détroit de Gibraltar dans des conditions difficiles et avaient vocation à rester à l'année. Des hôtels meublés, de petits commerces et des locutorios ("boutiques téléphoniques") s'étaient développés en ville. La violence raciste a explosé parce que les saisonniers laissaient craindre aux habitants qu'ils se fixeraient, rompant ainsi le pacte d'invisibilité qui, tacitement, permettait de tolérer leur présence.

Ce qui est en train de se passer en Italie du Sud est différent. Ces clandestins n'étaient là que pour quelques mois, et maintenus en situation très précaire. On ne sait pas bien encore, mais la flambée de violence raciste a peut-être surgi à point nommé : les ouvriers ont été chassés alors qu'on n'avait plus besoin d'eux, puisque les cours des agrumes sont tellement mauvais que la cueillette n'est plus rentable. On peut se demander si la mafia locale n'est pas derrière les premières exactions, qui ont déclenché leurs protestations puis une "chasse à l'immigré".
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar wiecha » Mardi 12 Jan 2010 17:24

Salut,

L'approche de l'article n'est pas inintéressante, mais elle se place d'un point de vue assez classique, qui consiste surtout à analyser "sociologiquement" la vie et la situation des victimes, moins celle des bourreaux ordinaires.

Sans être alarmiste, ce qui vient d'avoir lieu est quand même un exemple de soulèvement facsiste local réussi: réussi parce qu'il a présenté la même configuration qu'un mouvement social et une émeute réunie, le bon vieux rêve de notre côté: des barricades, mais aussi un rassemeblement nocturne de plusieurs centaines de personnes devant la mairie avec banderoles faites maison. Avec des tentatives de meurtre et des violences plus légère, mais diffusées un peu partout.

On peut se rassurer en trouvant toutes les "spécificités" italiennes qu'on veut mais aujourd'hui il est probable que les identitaires , dans certaines régions seraient en mesure, avec un contexte favorable, une mèche quelconque d'organiser des choses semblables, avec la même complicité de l'UMP que leurs grands frères l'ont en Italie.

Il ne s'agit pas de faire de catastrophisme, mais ce qui s'est passé est une "nouveauté", et ne s'inscrit pas dans un contexte "isolé", pas du tout.

A force de relativisme, à force de répéter que les "fascistes sont déjà au pouvoir", à force de ne voir l'antifacsisme que sous le prisme de la critique par ailleurs justifiée de sa version social démocrate, il me semble qu'on est nombreux à avoir oublié le "petit" problème que représente le fascisme dans sa version extra légale.

Et ce n'est pas seulement sous l'angle du racisme que je vois ça: les affrontements "usagers" avec les salariées de la SNCF à la gare Saint Lazare, l'année dernière par exemple, nous donnent une préfiguration assez claire de ce qui peut se produire, très vite, en cas de mouvement social
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar NOSOTROS » Mardi 12 Jan 2010 17:45

Oui tout à fait (malheureusement) . C'est bien dans ce sens d'ailleurs que j'avais posté cet article. Chercher à commencer à rassembler des matériaux pour construire une argumentation si demain ...

Car en effet le phénomène n'est pas complètement nouveau : sans remonter aux émeutes anti italiennes (et oui ...) des années 1900 dans le sud provençal il y a eu aussi l'exemple d'El ejido du côté de l 'andalousie au début des 2000. Sauf que ça avait été plus ou moins contenu / étouffé. (je vais essayer de retrrouver les textes des copains de la CNT AIT espagnole de l'époque pour voir comment ils avaient réagit)

Par contre il a pris des dimensions qui pour le coup sont nouvelles et dans un contexte économique et social très différent, encore plus explosif.

Il y a là un danger auquel il faut se préparer sérieusement ...

Dans l'agriculture en France, il y a pas mal de travailleurs des pays de l'Est. A son dernier congrès, si j'ai bien compris, les sections de l'AIT ont d'ailleurs discuté de ce thème, pour essayer de mener des actions conjointes sur cette question.
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar zebulon » Mardi 12 Jan 2010 19:17

Escusi, mais que c'est-il passé en Italie du sud ?
Précisément je veux dire, enfin des fait quoi...

Sur El ejido il y a un film de Philippe Baqué.
Et aussi un bouquin du forum civic européen "El Ejido, un eldorado de plastique".

Si je ne me trompe pas on peut aussi rapprocher ces évènements des grèves qui ont eu lieu l'année dernière en Grande-Bretagne où les étrangers avaient pu être pris pour cibles comme soi-disant responsables du manque de boulot.


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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar wiecha » Mardi 12 Jan 2010 20:42

Un article au hasard, un des moins dégueulasses peut-être sur ce qui s'est passé.

http://www.afrik.com/article18456.html

A prendre avec des pincettes cependant, notamment sur la "mafia". Depuis quarante huit heures, tout le discours médiatique se focalise là dessus, mais la réalité de la mafia dans le Sud de l'Italie, ce n'est pas seulement une horde de gangsters. Les "mafiosi" , dans des régions, ou la mafia est un employeur comme un autre , et gère moultes activités économiques ordinaires, sont souvent des prolos à peu près comme les autres. Je n'arrive plus à trouver une vidéo sur la manif devant la mairie, mais ce qui était vraiment frappant, c'est justement le côté pas du tout lointain et limite "typique " qu'on veut nous faire avaler mais tes voisins et les miens .

Pour répondre à Nosotros, le gros souci c'est qu'on en est au stade ou l'autodéfense sur les luttes devient une nécessité maintenant, le phénomène fasciste , étant désormais suffisamment massif pour avoir des troupes conséquentes.

Perso, j'ai compris que les carottes commençaient à cuire sérieusement pendant la campagne du Parti Antisioniste. Quand les fascistes, qu'ils soient prioritairement et en apparence, antisémites plutôt que racistes , ou l'inverse, commencent à pouvoir défiler à Bobigny ou à Argenteuil, sur des marchés populaires, c'est qu'on a un sérieux problème.

Surtout, quand dans le même temps, la fraction rivale identitaire s'invite peinard aux cercles de silence de RESF, quand la Marche des anti ivg réunit plusieurs milliers de personnes.

Et quand je parle d'auto défense, je parle pas seulement physique, même si la question se pose déjà avec acuité, mais aussi culturelle.
Il y a un truc qui ne trompe pas, le mouvement fasciste aujourd'hui en France est bien plus jeune que l'extrême gauche classique. Tu vois la gueule des groupes de skinheads dans le Nord, ben, ils sont mineurs pour beaucoup.

Et idéologiquement, c'est le grand zéro pointé un peu partout. Je ne sais pas si tu te souviens de l'époque ou tu pointais certains éléments théoriques de l'Appel et autres comme clairement propices à toutes les dérives, à l'époque j'avais pas bien compris, ben maintenant si.

Comme je ne trouve plus du tout anecdotique que le texte qui nous avait été opposé sur "la notion de classe" à l'époque ait été un texte de Voyer passé à l'autre bord depuis.

Bref, je sais pas si c'est la bonne manière de lancer le débat à propos de ce fil, et comment l'organiser sans que ça soit un fourre tout qui parte dans tous les sens, mais la question de l'antifascisme , de quel antifascisme me parait essentielle, urgente, vitale.
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar NOSOTROS » Mardi 12 Jan 2010 21:28

Sur la Grande Bretagne, le coup des manifs anti étrangers c'était la vision que voulait en donner les médias. De ce que j'ai compris la réalité était un peu plus complexe (cf le sujet qq part ici sur le forum)


NB : forum civic européen = c'est un cache sexe de la secte Longo Mai ...
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar wiecha » Mardi 12 Jan 2010 23:44

Sur la Grande Bretagne, le coup des manifs anti étrangers c'était la vision que voulait en donner les médias. De ce que j'ai compris la réalité était un peu plus complexe


La réalité est toujours plus complexe que la vision que les médias en donnent, en même temps si on analyse les choses en termes de mouvement, d'évolution....

Un truc comme le vote "non" au référendum en 2005, par exemple. Ce n'était évidemment pas QUE le réflexe nationaliste qu'ont voulu en faire les journalistes et les politiques, il y avait même une part de révolte là dedans. En même temps, avec le recul, quand on voit les liens théoriques et pratiques qui se sont crées entre différents courants , si on analyse tout ce qui pouvait cohabiter de "non" dans cette campagne, on peut dire qu'il y a eu un tournant à ce moment là, politiquement, à la fois à l'extrême gauche et d'une manière plus globale dans la population.

De même un an après l'enthousiasme délirant de la plupart des militants face aux luttes très dures contre les licenciements, mais souvent menées sur une base implicitement ou explicitement nationaliste ( les délocalisations, le capitalisme "international" contre les producteurs nationaux ...), on peut se demander ou en sont politiquement les ouvriers qui y ont participé et qui sont au chomedu ou dans des boulots précaires depuis.

Ce sont forcément des gens qui doivent avoir une amertume terrible contre la "gauche" syndicale ou politique qui a su brider les vélléités d'aller plus loin, et en même temps , ont-il eu une quelconque possibilité de remettre en cause tout le disours nationaliste tenu pendant ces grèves par leurs représentants sur le" sauvetage des boites et des emplois "? Discours qui est aussi celui du Front et de l'extrême droite.

Quand l'émeute fasciste surgit, bien sûr on la reconnaît, et certains doivent être bien couillons avec leurs discours sur les vertus forcément révolutionnaires des barricades, des affrontements avec les flics qui en sont AUSSI une composante.

Mais le gros souci, c'est le train de retard sur des évènements finalement très prévisibles.
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar NOSOTROS » Samedi 16 Jan 2010 0:39

De la même façon que on n'entends pas trop les cris triomphants des amis de la joie de l'émeute et du pillage heureux suite au tremblement de terre de Haiti ... Surprenant, non ?
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar Mala » Dimanche 17 Jan 2010 14:47

Bonjour,
je ne sais pas trop si ce reportage a une quelquonque valeur.Il ma semblé pertinent mais je ne connais pas assez le sujet pour juger.
http://www.dailymotion.com/video/x7r5qw ... eta-1_news
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar NOSOTROS » Dimanche 17 Jan 2010 18:50

Merci Mala et bienvenue
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emeutes fascistes, Hongrie

Messagepar wiecha » Lundi 08 Fév 2010 20:47

En Hongrie, le parti Jobbik annoncé à 4 pour cent , a fait quinze pour cent aux dernières élections européennes, ce qui ne veut pas dire grand chose, peu-être mais ce qui suit oui.

Comme en Italie, les victimes du racisme , bien qu'isolées ne restent cependant pas sans réaction collective face aux fascistes.


La guerre de Sajóbábony

Des Rroms et des membres de l’extrême droite se sont affrontés les 14 et 15 novembre à Sajóbábony. Ils ont brisés les vitres d’une voiture et molesté un député du MSZP.


Les tensions étaient montées d’un cran le 14 novembre lorsqu’une trentaine d’hommes portant un uniforme semblable à celui de la Magyar Gárda avaient rejoint la réunion du parti radical Jobbik dans le village de Sajóbábony, au Nord-Est de la Hongrie, près de Miskolc. Ils avaient refusé de laisser les habitants rroms du village participer à cet évènement. Le lendemain, deux rroms ont menacé puis s’en sont pris physiquement au député socialiste qui avait autorisé l’organisation de ce programme. Suite à cette altercation, un député Jobbik a appelé la police tout en avertissant plusieurs centaines de membres de la Uj Magyar Gárda, le successeur de la Magyar Gárda après sa dissolution par les tribunaux. Les hostilités ont commencé suite à leur arrivée, quand les Rroms s'en sont pris à la voiture de l'un des membres de la Új Magyar Gárda.

La police a fermé les routes autour de la ville et est parvenue à faire cesser la bagarre entre les deux groupes en quelques heures. Pourtant, suite à cet événement, la police a porté plainte contre 11 Rroms mais seulement deux membres de la Új Magyar Gárda. Selon la Société pour le droit à la liberté (Társaság a Szabadjogokért, TASZ), les autorités ne traitent pas les deux groupes dans le respect de l’égalité. Elles ont ainsi préféré feindre d’ignorer que les extrêmistes portaient les uniformes, pourtant interdits, de la Magyar Gárda et avaient adopté un comportement mençant à l’égard de la minorité rrome. La police s'est expliqué en soulignant que les habitants de Sajóbábony ne s’étaient plaints que des Rroms.
Selon les estimations, environ un quart des 3000 habitants de Sajóbábony sont Rroms. Or l’opinion publique de ce village est de plus en plus méfiante et vindicative à l’égart de cette minorité après qu’un Rrom ait assasiné un retraité du village en 2008. La mairie socialiste (!) de Sajóbábony avait proposé au Parlement de rétablir la peine de mort, proposition pour laquelle elle a vaitrecueilli 1/3 des voix des habitants. «Après l’assasinat, nous avons pensé que les Rroms allaient se taire. (…) Ici, 90% des criminels appartiennent à cette minorité» a affirmé le maire, Imre Nagy (MSZP), l’année dernière.
(Élet és Irodalom, HVG, Magyar Narancs)
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Re: "le racisme est un levier de l'exploitation des saisonniers

Messagepar wiecha » Jeudi 18 Fév 2010 17:59

[url]http://www.mondialisme.org/spip.php?article1426
[/url]
A propos de la révolte de Rosarno : "Celui qui se révolte n’est plus un esclave "
26 janvier 2010

(Chi si ribella non è più schiavo) Saluti ai ribelli di Rosarno

La révolte des travailleurs immigrés de la Plaine de Gioia Tauro et de Rosarno n’est pas seulement une histoire de racisme, d’exploitation, de ‘ndrangheta. C’est aussi l’histoire de comment émerge un nouveau monde qui évince l’ancien toujours plus fermé, opaque, hostile.

C’est l’histoire d’une terre qui change, qui a toujours été une terre de lutte contre l’exploitation et pour la conquête de droits, de dignité, de salaires : la lutte des « paysans » contre les propriétaires terriens ; la lutte des exploités contre les exploiteurs.

C’est l’histoire d’une Italie qui change, qui passe d’un pays d’émigration à un pays d’immigration, mais qui oublie la souffrance de ses millions de fils (Calabrais ou non) fuyant la misère pour remplir les usines du Nord de l’Italie et de l’Europe.

Dans cette Italie qui oublie, qui oublie aussi ce Sud. Et dans ce Sud qui oublie, qui oublie Rosarno et surtout ses morts : "à Sant’ Anna di Seminara, Laureana di Borello, cittanova, Rosarno, Mélissa et dans des dizaines d’autres communes, le « plomb » des propriétaires terriens, soutenus par les appareils répressifs de l’Etat, semant la mort" (cf. De la fédération des Journaliers agricoles à la FLAI, 40 ans de luttes dans la plaine de Gioia Tauro, ; actes du congrès).

Aujourd’hui, de nouveau, comme hier, le « plomb des consortiums agraires », « soutenus par l’Etat » verse le sang des travailleurs. Aujourd’hui, à Castelvolturno comme hier à Portella della Ginestre ; aujourd’hui, à Rosarno comme hier dans la Corleone de Placido Rozzotto, dans la lutte des journaliers, des occupations des terres, aujourd’hui comme hier la Mafia tire avec la protection de l’Etat qui déporte des centaines de travailleurs immigrés en les enfermant dans les CIE.

Ces travailleurs, d’abord contraints de fuir la pauvreté, puis exploités par les agriculteurs pour quelques euros, sont la cible de la Mafia et, finalement déportés et enfermés par l’Etat Démocratique Italien dans les prisons démocratiques pour immigrés à identifier et à expulser comme nous l’étions en tant qu’émigrés : exploités et humiliés, nous les « terroni » ("les culs-terreux") qui avons gagné sur la Piazza Statuto (1), dans la lutte, notre dignité. Avec la lutte, sans rien attendre de l’Etat qui « emprisonne » quelque mafieux ou condamné : nous arrêtons celui qui agit illégalement » comme on le fait dans « le tir au pigeon » et celui qui est la cible pourrait être placé au même niveau.

S’il ne s’agissait pas d’une classique « réorganisation interne » (mettre en déroute un noyau adhérant à la Mafia pour faire de l’espace à un autre plus amical) on pourrait dire : il a fallu la révolte des travailleurs immigrés de Rosarno pour rappeler à l’Etat qu’en Calabre (et pas seulement) il y a la ‘ndrangheta (étant donné qu’au sein du Conseil Régional de « centre-droit » Agazio Loiero, de toute évidence, ils ne s’en souviennent pas parce que deux tiers des membres sont soupçonnés par la justice, nombre d’entre eux pour des délits de type mafieux).

Il n’est pas nécessaire de rappeler les conditions infâmes dans lesquelles vivent les travailleurs immigrés dans le sud de l’Italie (mais aussi en de nombreux autres endroits). Ces conditions sont visibles par tous, mais tous font mine de ne rien voir. Pour nettoyer le cul de nos vieux ou de nos handicapés, pour trimer dans « nos » usines, pour construire nos maisons, pour cultiver « nos » terres, pour nettoyer nos vêtements…..les travailleurs immigrés conviennent tout à fait. Et plus ils sont pauvres, mieux c’est, parce que plus une personne est pauvre, plus elle est contrainte à accepter les pires conditions.

Puis, lorsque la récolte des agrumes se termine, les immigrés doivent disparaître comme par enchantement et s’ils ne le font pas spontanément, il faut les contraindre à coups de carabine, à coups de barre de fer, à coups d’interpellations, à coups de déportations, à coups de lois racistes…..

Esclaves oui, mais seulement si et quand ils nous servent, autrement rien de plus que « des humains en surnombre ».

Qu’ils comprennent une fois pour toutes que nous ne les considérons pas comme des hommes, mais comme des bêtes. Et nous les considérons surement encore moins que des bêtes, parce que nous, qui sommes des êtres « sensibles » et « de bon cœur » - le pays des navigateurs et des « poètes » - n’accepterions jamais que nos chatons, nos chiots, nos petits oiseaux ou nos petites tortues soient traités comme nous traitons les hommes et les femmes qui viennent travailler et transpirer dans ce pays, contribuant ainsi à créer de la richesse.

Lorsque nous entendons dire : « que chacun retourne chez soi ! », cela nous fait froid dans le dos !

L’idée que des millions d’Italiens avec leur descendance « retournent chez eux » est épouvantable, rien que d’y penser. Mais, par ailleurs, nous nous rassurons lorsque nous nous souvenons que le fondement de tout « racisme », de chaque « politique de classe », de tout « impérialisme (en définitive de chaque pouvoir) est le principe selon lequel nous pourrions faire aux autres ce que nous n’accepterions jamais qu’on nous fasse à nous-mêmes : nous pouvons faire ce que nous n’admettons pas que d’autres fassent parce que nous sommes supérieurs, que nous sommes « civilisés » et qu’un homme civilisé ne peut avoir les mêmes droits qu’un Roumain, ou un Chinois ou « Dieu nous garde » un noir. Il manquerait plus que cela.

Ce serait trop facile pour nous, qui ne vivons pas en Calabre, de demander à un Calabrais de se rebeller contre la ‘ndrangheta, contre l’Etat qui la soutient, contre les propriétaires terriens et les patrons en quête de bénéfices et de profits.

Nous-mêmes, que faisons-nous pour lutter contre les abus et les injustices que nous subissons quotidiennement ?

Pour se rebeller contre un pouvoir armé comme celui de la Mafia (qui néanmoins , ne fonde pas seulement son pouvoir sur les armes, mais aussi et surtout sur la force économique et sur ses capacités à préfigurer, que ce soit illusoirement ou transitoirement, une espèce « d’émancipation » de la pauvreté que le capitalisme « normal » réalise dans certaines zones, ; les bonnes intentions ne suffisent pas et encore moins les enquêtes judiciaires ou les dénonciations des écrivains.

Il faut un autre pouvoir capable de garantir notre auto-défense (que l’Etat ne peut et ne veut pas garantir). Sans cela, le destin de ceux qui luttent sera celui qu’ont eu les militants des années 40, qui furent assassinés par dizaines, par la Mafia et par des groupes criminels, en ayant eu l’appui de la Démocratie « chrétienne, des services secrets italiens et Américains (cf. le film « Secret d’Etat » ou « Placido Rizzotto »)a

Et, il faut – aussi et surtout- une sorte de contre-pouvoir de classe, ou bien une force politique, sociale et syndicale constituée de travailleurs –italiens et immigrés- sans laquelle nous n’aurons aucun espoir de sortir de la situation actuelle.

Dans les nombreuses analyses que nous avons lues sur les évènements de Rosarno (et avant de Castel Volturno), on souligne souvent les conditions d’esclavage que subissent les travailleurs immigrés.

La définition de l’esclavage est correcte en un sens (l’esclavage du travail « salarié ») mais techniquement inexacte dans l’autre. Au-delà de cela, il nous semble juste et nécessaire à cette occasion, de mettre l’accent non pas tant sur l’esclavage, que sur la rébellion.

La révolte de Rosarno n’a pas été une révolte d’esclaves parce que celui qui se rebelle n’est plus un esclave ou une esclave, c’est un homme, c’est une femme.

L’esclave ne se révolte pas.

L’esclave, c’est Rosarno qui se tait, Rosarno qui oublie.

Nous sommes les esclaves.

Notre salut fraternel et notre gratitude va aux révoltés de Rosarno pour nous avoir rappelé que, nous aussi, avons été capables de nous révolter. Nous aussi, étions capables d’être des hommes et non des esclaves.

Janvier 2010

PREMIERMAI/PRIMO MAGGIO Journal pour le groupement des travailleurs, des précaires, des chômeurs.

WEB : http://xoomer.virgilio.it/pmweb EMAIL : primomaggio.info@virgilio.it

(1) Note de Ni patrie ni frontières : Ce texte fait allusion à un événement fondateur pour les militants ouvriers révolutionnaires en Italie, et jouera un rôle important dans la théorie de l’opéraïsme et la création des Quaderni Rossi. Il s’agit des émeutes des 7, 8 et 9 juillet 1962 sur la Piazza Statuto à Turin, où se trouve le siège régional du syn­dicatl UIL (lié au PSI et créé au début de la guerre dans les mêmes conditions douteuses que FO en France). Ce syndicat compte de nombreux petits chefs de Fiat en son sein. La direction de FIAT ayant signé un accord avec un syndicat jaune et l’UIL les jeunes ouvriers attaquent les flics qui défendent les locaux d’ l’UIL. Et bien sûr le PCI et son syndicat, la CGIL dénonceront les ouvriers qui s’en sont pris à l’UIL.
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