Le "fear marketing"

Pour relier les luttes entre elles et les étendre...

Le "fear marketing"

Messagepar NOSOTROS » Dimanche 24 Aoû 2008 15:50

Le "fear marketing"

Si je vous cite les évènements suivants, quel est leur point commun ? L’affaire du sang contaminé en 1991, la maladie de la vache folle (début des années 1990), la tremblante du mouton, la tempête de 1999, le 11 septembre 2001 (encore appelé 9/11), la canicule de 2003, l’attentat de Madrid de mars 2004, l’ouragan d’Asie du Sud-Est en 2004, l’attentat de Londres en juillet, le cyclone Katrina et sa petite soeur Rita, les émigrants de Ceuta et Melila, le tremblement de terre du Cachemire au Pakistan, la grippe aviaire H5N1...

Eh bien, tous ces évènements spectaculaires, destructeurs et d’ampleur internationale, contribuent à l’émergence d’une nouvelle forme de relation entre d’une part les consommateurs et le commerce, d’autre part l’opinion publique et la presse, et finalement entre les citoyens et l’État. Une relation fondée sur le principe de précaution, l’angoisse, l’anxiété et la peur.

Bienvenue dans l’ère du "fear marketing" et du "terror media" où chaque évènement donne lieu à une amplification démesurée des craintes individuelles et collectives. Peu à peu, le rêve et la confiance dans l’avenir, qui présidaient aux grands espoirs laissés par la chute du mur de Berlin, font place au repli sur soi, à la méfiance, à la suspicion, au communautarisme.

La société se cloisonne peu à peu, car elle devient sur-informée, sur-protégée par le principe de précaution ; le mal guette, il est là partout, et il va frapper d’un instant à l’autre. C’est vrai, durant la guerre froide, les populations étaient galvanisées par la peur d’une conflagration nucléaire générale. Mais les gens consommaient, sortaient, s’amusaient, voyageaient avec leur sac à dos à travers le monde.

Aujourd’hui, j’ai le sentiment que la population est davantage à la recherche d’une protection et d’une sécurité que les gouvernements sont incapables de garantir. Cela crée une ambiance de méfiance et d’attentisme par rapport à l’initiative individuelle. Les gens ont peur de "bouger" sur le principe de "un tiens vaut mieux que deux tu l’auras". La société s’immobilise, se gélifie, se fige.

Dans ce contexte, je me demande si on peut s’attendre à une reprise de la croissance, à ce que la consommation des ménages et les investissements reprennent ? On attend un nouveau boom économique, qui n’est pas près d’arriver.

Un nouveau type de marketing va donc se développer, le marketing de la peur, le "fear marketing", avec un discours qui cherchera à amplifier la peur, pour proposer des produits qui rassurent. A voir donc.


http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=4132

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Vers une société de mise en scène de la peur ?

(Joel de Rosnay)

Merci à HKac pour cet article courageux ([ci dessus]). Comme l’a dit le philosophe Michel Serres, nous vivons dans « une société de mise en scène de la peur ». Il est d’ailleurs revenu sur ce point dans sa chronique régulière de France Info, il y a trois semaines environ, au cours de laquelle il a parlé d’une sorte « d’audimat de la mort » aux journaux télévisés du soir. Il suffit de compter combien de fois revient le mot « mort » au cours des vingt premières minutes de « faits divers », pour réaliser à quel point que nous sommes effectivement entrés dans le « fear marketing », comme le dit très bien HKac.

Pourquoi ? L’entretien de la peur permanente (et de la rareté) est une forme de contrôle de la société par le politique, le médiatique et le juridique (voir à ce sujet, le dernier livre de Michael Chrichton State of Fear, L’État de peur). Il est d’ailleurs tout à fait significatif que l’article de HKac soit publié sur Agoravox, et non dans un média classique. Ceux-ci vivent en effet de la « vente de la peur » et de la crainte du « manque ». Sujets très mobilisateurs, évidemment, car nous partageons, avec les animaux, un système de renforcement de la mémoire visuelle et émotionnelle des événements traumatisants (pour ce qui concerne les humains : catastrophes, accidents, actes terroristes, incendies, inondations, tremblements de terre, cyclones, tsunamis, manifestations, scandales divers et corruption...)

En effet, selon les mécanismes biologiques de la sélection darwinienne, ceux qui se souviendront de la manière d’échapper éventuellement à de tels événements auront plus de chances de survivre. Ils pourront donc procréer et assurer la survie et le développement de l’espèce. Dans un tel contexte, les sondages des chaînes de télévision retiennent surtout ce dont les gens se souviennent le plus, à savoir les catastrophes et les crises. Un cercle vicieux, amplificateur du pire, s’amorce, et s’exploite médiatiquement.

Il ne s’agit pas, bien sûr, d’opposer à ce catastrophisme permanent, un angélisme béat et naïf, mais de sortir de l’alternative stérile entre attitude « pessimiste » ou « optimiste » face à l’avenir, et de la remplacer par une approche réaliste, lucide, pragmatique et constructive. Car des faits positifs existent, en masse, dans la vie quotidienne du monde : découvertes déterminantes pour le futur, créations collectives, solidarités, générosités, bénévolat, liens transculturels, etc. Il faut aussi savoir les mettre en avant. La mémoire n’est pas seulement mémoire de survie, elle est aussi mémoire de création. Les faits positifs, reliés entre eux, nous aident à avoir l’envie de construire demain, les mois qui viennent, l’avenir.

Comme le propose Michel Serres, il faut sortir du paradigme de la peur, pour s’orienter ensemble vers le nouveau paradigme de la création collective de l’avenir. Il est encourageant, dans cette optique volontariste, de constater que les « médias des masses », (avec les journaux participatifs en ligne comme Agoravox) sont aux premières lignes des actions solidaires permettant d’entrer avec confiance dans ce nouveau paradigme du « désir d’avenir ».
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Messagepar soleilnoir » Lundi 25 Aoû 2008 18:05

une question quid :wink:

c'est la même chose que la théorie de Klein : la stratégie du choc ???

je demande car j'ai pas lu ce bouquin, il me parait assez ambigüe un peu comme chomsky ... (bien qu'il y ait quelquefois des choses intéressantes... mais je laisse de côté sa vision de l'état avec sa métaphore de la cage... :evil: )
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Messagepar NOSOTROS » Lundi 25 Aoû 2008 18:45

Ces textes sont antérieurs, mais oui je pense que l'analyse de Klein s'inspire dans le même cadre.

Maintenant, pour revenir à Klein, je crois que nous en avions un peu parlé Soleil Noir par ailleurs, et plus globalement aux altermondialistes (je classe Chomsky dedans), ce n'est pas leur analyse que je conteste (nous avons nous même produit dès 2001 la même analyse sur la monté de la mise en scène de la peur) que les conclusions qu'ils en tirent : retour à l'Etat providence.

Comme si face à l'Etat-papa (qui fait peur en fronçant les sourcils) il fallait en revenir à l'Etat-maman (protectrice).

Cf à ce propos le texte de Joel de Rosnay (1) "Valeurs féminines pour construire un monde" :

Les valeurs féminines susceptibles de s’exprimer dans des réseaux, peuvent contribuer à rééquilibrer les actions de gouvernement, les décisions centralisées et les structures bureaucratiques.


Il ne s'agit pas de supprimer l'Etat ou les gouvernements mais de les rééquilibrer ... Bref c'est l'Etat vécu comme une cellule familiale occidentale typique ... Or chacun le sait, cette forme de cellule familiale est aussi celle de toutes les hypocrisies, de tous les cocufiages et du rapport de domination masculin ...



(1) dont les livres sont de toute façon toujours stimulants à lire, comme Chomsky ou d'autres. La méthode systémique de De Rosnay, parce que globalisante, me parait assez proche de la praxis anarchosyndicaliste. Parmi ce qu'on peut trouver sur le net, Cf notamment sa nécro de Laborit, autre auteur intéressant à lire et qui vient enrichir la vision classique de l'anarchosyndicalisme :http://csiweb2.cite-sciences.fr/derosnay/articles/labo.htm ou encore celui ci : écologie et approche systémique http://csiweb2.cite-sciences.fr/derosna ... EduEco.htm
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Messagepar soleilnoir » Lundi 25 Aoû 2008 22:01

oui on en avait parlé c'est vrai... :!:

pour les "alter" l'état n'est pas un problème, il n'est pas un instrument de domination...
la question pour eux, c'est "quel" état est le mieux, et c'est le leur ...

c'est vrai que ses auteurs sont intéressants, mais dès qu'ils parlent de l'état, je ne peux m'empêcher de zapper....

je vais aller faire un tour sur les liens
:wink:

en parlant de Laborit, si vous faites un tour dans la biblio, vous trouverez une perle... =>
http: //www.bibliolibertaire.org/liste_suite.htm
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Messagepar soleilnoir » Lundi 25 Aoû 2008 22:03

apparemment sous firefox, il y quelques petits bugs...
si vous n'arrivez pas à avoir le fichier, je peux vous l'envoyer...
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