Foire coloniale à Caen

Manifestations, assemblées générales, actions en cours... les luttes en normandie !

Foire coloniale à Caen

Messagepar Dan » Samedi 01 Nov 2008 22:59

Le 27 septembre, avait lieu sur caen un rassemblement visant à dénoncer l'exploitation d'indiens péruviens dans le cadre de la foire de caen, mais également celle qui a lieu chaque année pour de nombreux travailleur-se-s dans le même cadre.
ou comment une exposition coloniale a revu le jour.
A la fin de cette foire, l'un des indiens est décédé.


L’or volé des incas : l’exposition coloniale

Pérou « à la carte » : des échanges culturels ou du tourisme transnational ?

Vendre l’exotisme péruvien, le voyage imaginaire pour 7 € à ceux qui ne pourront pas y aller, c’est une grande affaire quand il s’agit de 250 000 visiteurs en 10 jours (sans compter le prix des parkings).

Mais pour séduire une clientèle sélecte, « haut de gamme », des voyages « à la carte » sont organisés par une transnationale de tourisme qui opère au Pérou, Bolivie, Argentine et Brésil, en complément de l’envahissant tourisme de masse. Cette méga agence de voyages, interlocuteur exclusif des organisateurs de la Foire (d’après sa page web) se serait chargé de repérer des indiens artisans, danseurs, et musiciens, et d’obtenir leurs visas auprès de l’Ambassade du Pérou. Les reportages que l’on voit sur le JT de France 3 font aussi partie de l’encadrement de cette agence appelée « ATTRACTION ». Des mécènes désintéressés ?

L’or doré des incas s’est transformé en or vert de l’Amazonie, ou brun de la Pachamama des Andes (« mère nourricière » en langue quechua), ou bleu du lac Titicaca dans les hauts plateaux des aymaras, par les agissements de l’industrie du tourisme qui pervertit les coutumes et la culture des indiens et qui n’a aucun respect pour leur environnement, avec lequel ils sont intrinsèquement liés.

Non seulement l’or n’est plus sacré depuis l’arrivé des conquistadores (cet or que les indiens utilisaient pour le culte n’avait provoqué que la convoitise chez l’homme blanc et, par la suite, leur massacre et leur spoliation), mais l’industrie du tourisme est une nouvelle forme d’exploitation et d’humiliation de ces peuples.

Mise en scène des indiens pour le grand profit des marchands

On ne peut rien dire de ces péruviens résidants en France qui viennent nous offrir des danses aussi spectaculaires qu’occidentalisés du folklore natif, car c’est leur métier et ils sont conscients du mensonge culturel.
Mais l’utilisation, la manipulation et l’exploitation d’un petit groupe d’indiens quechuas et aymaras qui ont été ramenés depuis leurs terres, dépasse toute notre compréhension. On les a vus sous le chapiteau, tout comme d’autres pièces d’artisanat et d’exotisme, exposés pour amuser les passants : « Abel ».de Uros, île du lac Titicaca, au beau milieu d’une salle, entouré de ses bateaux en roseaux et jouant son rôle à la demande des organisateurs, ou « Francisca ». et « Apolinario », d’une communauté quechua, en train de jouer les tisserands sur un petit podium au milieu des stands d’artisanat péruvien gérés par des commerçants qui sont habitués aux allés-retours entre l’Europe et le Pérou.

Pire encore, cette mise en scène se déroule toute la journée, dès l’ouverture jusqu’à la fermeture de la Foire, avec des maigres pauses pour manger ou se reposer. Certes, on ne les a jamais vu manger au restaurant « El Picaflor », trop classe pour des indiens, mais ils sourient, ils semblent heureux de nous faire plaisir en nous montrant leur savoir-faire ; peut-être pensent-ils accomplir une mission d’échange culturel d’un peuple envers un autre. Leur a-t-on expliqué qu’il ne s’agit en rien d’un échange mais d’un commerce où la part du lion est pour les plus gros poissons (les dits « mécènes » de le foire expo)?
Il y a de quoi s’indigner : nous ne voulons pas participer au festin d’Indiana Jones et Tintin réunis !

La Foire de Caen « L’or sacré des incas » nous offre cette année un voyage fait à la mesure de la superficialité de l’industrie touristique, où se cache en définitive, derrière cette vitrine, une autre réalité : celle de la grossière utilisation d’une culture ancestrale et l’exploitation des précaires d’ici et d’ailleurs pour le grand profit de marchands de toute sorte.
Tout cela est fait avec le concours ou complicité, directe ou indirecte, des responsables des institutions d’Etat ou privés en tant que partenaires, tant françaises (Conseil Régional de Basse Normandie, Conseil Général du Calvados, Ville de Caen, France 3) que péruviennes (PROMPERU, dépendance du Ministère du commerce extérieur du Pérou, l’Ambassade de Pérou en France, une ONG censé protéger les indiens quechuas et leur expliquer le vrai but du voyage).
Ce n’est pas nouveau de dire que la Foire de Caen est un festin marchand : on voit bien que cette exposition coloniale n’a rien à voir avec une éthique « d’échange culturel ».

Nous aurions bien aimé inviter ces femmes et ces hommes quechuas et aymaras, non seulement à parcourir avec leur « négrier » (Attraction) le Mont Saint Michel pour qu’ils fassent des photos en preuve du bon traitement reçu en France, mais aussi avec nous, pour qu’ils connaissent la « réalité », notre quotidien, nos rêveries et nos vies précaires dans ce pays où il y a peu d’êtres humains, et surtout des consommateurs… mais ils n’avaient pas d’interprète pour nous comprendre. De plus, leurs passeports étaient bien gardés par des soi-disant intermédiaires.


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Même si les quechuas et aymaras étaient principalement présents dans le but de vendre leurs tissus -peut-être leur a-t-on dit que la Foire de Caen était une sorte de marché de dimanche péruvien-, n’est-il pas vrai que toute personne travaillant à la Foire de Caen devrait bénéficier d’un salaire français ? Les tisserands quechua et l’homme aymara d’Uros n’avaient pas de vrais moyens de communication, n’ayant pas d’interprète, et donc aucune possibilité d’établir de contact direct avec des acheteurs pour se défaire des intermédiaires (but initial d’un accord de commerce équitable). Toutes les informations leur ont été transmises en espagnol (qu’ils ne comprennent pas), et comme par hasard, l’adresse e-mail du seul indien bilingue aymara-espagnol était quelque peu modifié…!

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Travail précaire à la Foire de Caen : toutes les nationalités confondues.

Ce qui est le plus dramatique dans un emploi précaire c’est l’incertitude du lendemain. Quand un patron demande à quelqu’un de travailler pendant 10 jours à la Foire, et que le patron n’établit pas un contrat de travail, le travailleur/eusse n’a pas le choix, il/elle doit se soumettre et tout accepter. Tout ?
Le restaurant péruvien EL PICAFLOR (dont le siège est à Paris), et qui fait le plein tous les jours sous le chapiteau des Incas, nous offre un beau exemple : pas de contrats de travail pour les serveurs/eusses, pas des horaires établis (donc, on peut travailler comme un fou toute la journée ou être renvoyé chez soi, dépendant du goût du patron), intimidation verbale, et le comble, pas de droit aux pourboires.
Les conditions de vie précaire des gens et la pression du chômage, obligent à accepter tout type de travail, notamment un travail non déclaré comme c’est le cas à la Foire de Caen. Mais les précaires s’organisent, ils se relient en cachette, ils prennent leurs précautions pour se défendre au cas où… Attention les profiteurs !
Dan
 

Messagepar NOSOTROS » Lundi 03 Nov 2008 1:38

En complément de ce texte, un excellent tract de Non Fides (qui est une version actualisée du texte de Yves Coleman, que nous aviosn également retravaillé en son temps) à propos des communautés imaginaires (qu'elles soient françaises, musulmanes, queers ou quechuas) :

http://forum.non-fides.fr/viewtopic.php?t=816

Religions, nations, ethnies, communautés, mise en concurrence de la victimisation : LA DIVISION,TOUJOURS LA DIVISION

http://www.non-fides.fr/spip.php?article76
(dans ce lien, le tract en PDF)


Aujourd’hui, il faut parler le langage communautaire ou ethnique - en clair racial - pour être entendu. Que l’on soit désireux d’attirer l’attention sur sa solitude ou son mal-être, ou que l’on soit victime d’une véritable discrimination, il faut avant tout susciter la compassion, jouer sur le registre des bons sentiments. De Chirac aux Jeunesses Identitaires, de Le Pen à Dieudonné, SOS racisme et le MRAP, tous parlent le langage de l’ethnie (qui n’est qu’un mot politiquement correct pour la race) ou de la religion. Ils n’ont à la bouche que des mots qui divisent les exploités entre eux : « Blacks », « Blancs », « Beurs », « Gaulois », « Feujs », « pédés », « Renois », « gouines », « communauté juive », « communauté musulmane », « valeurs chrétiennes », etc. Tous ces mots incitent chacun à se replier sur une identité imaginaire, censée être radicalement différente et de fait, qu’on le veuille ou non, supérieure aux autres. Voilà le résultat des propagandes conjuguées, depuis trente ans, du Front national et de SOS Racisme ; des associations juives, chrétiennes et musulmanes qui veulent remettre en cause ouvertement ou insidieusement l’absence de religion ; des féministes bourgeoises et carriéristes qui ont voulu remplacer la lutte des classes par la lutte des sexes à l’intérieur des classes ; de tous les « intellectuels », journalistes, « artistes » ou politiciens religionnaires qui envahissent l’espace public avec leur propagande religieuse.

Aujourd’hui, avant de proclamer son appartenance à la catégorie sociale des opprimés, on doit d’abord et avant tout se revendiquer d’une couleur de peau, d’une ethnie (traduire d’une race), d’un sexe, d’une préférence sexuelle (hétéro, homo, trans, bi ou queer) ou d’une religion déterminée.
Quoi que ses dirigeants prétendent, la France est devenue de fait multiculturaliste. Elle est aussi devenue communautariste avec la complicité de toutes les forces politiques, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Il est donc « normal » que cette marée identitaire imprègne les revendications de toutes les communautés imaginaires : homosexuels, lesbiennes, femmes, immigrés, Arabes, musulmans, juifs, Africains, etc. La liste est extensible à l’infini et peut se fragmenter aussi à l’infini : les homos musulmans, les juifs hétéros, les cathos transsexuels, les protestants travestis, les bouddhistes échangistes etc. Toutes les micro-identités se bâtissent des forteresses idéologiques au nom de la « tolérance » et du « respect ».

Cette dynamique égoïste et répressive des lobbies, des communautés fondamentalement insensibles aux souffrances des autres communautés, cet arsenal juridique envahissant et omniprésent, loin de rapprocher les êtres humains ne font qu’éloigner les hommes et les femmes enfermés dans leurs identités imaginaires, obsédés par la préservation de l’identité et des intérêts (traduire la « pureté ») de leur race, de leur ethnie, de leur religion, de leur genre. Le prétendu « respect des différences » n’est que le respect des murs que les ethnies et les religions, les hommes et les femmes construisent entre eux pour mieux se combattre et s’autodétruire. Tout cela est la racine même du délitement de la résistance populaire. Trop occupés à s’entre-discriminer sur des bases identitaires, les exploités oublient même leur capacité à s’auto-organiser pour lutter contre le capital pour qui l’intérêt majeur est de les enfermer dans le rôle de ceux qui produisent et qui obéissent –ou alors lorsque combativité il y a, qui collaborent- avec l’Etat et la bourgeoisie. Ce dont l’humanité a besoin ce n’est pas de plus de lois, plus de répression étatique, c’est de davantage de solidarité, de fraternité entre les exploités, entre les opprimés, quels que soient leur sexe, leur religion (ou leur absence de religion) ou leur ethnie d’origine. Que ces fantasmées identités ne soient plus un outil de l’ennemi pour diviser les exploités, une barrière entre nous, comme peut l’être l’argent. Enrayer la guerre sociale en y semant la confusion et en divisant les dépossédés en ethnies et autres rôles sociaux, stratégie efficace. Ces divisions empêcheront toujours l’ensemble des exploités de s’unir pour mettre a bas cette société et donner corps à une société sans rapports de dominations, qu’ils soient économiques, sexistes, ageistes ou racistes. Elles ne peuvent nous mener qu’à la guerre civile par la concurrence des communautés ou à la paix sociale par le repli communautaire.

A bas les communautés imaginaires !


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Nous aurions bien aimé inviter ces femmes et ces hommes quechuas et aymaras,... pour qu’ils connaissent la « réalité », notre quotidien, nos rêveries et nos vies précaires dans ce pays où il y a peu d’êtres humains, et surtout des consommateurs… mais ils n’avaient pas d’interprète pour nous comprendre.


comme le dit le texte ci dessus, la fragmentation par les langues est une des plus puissante barrière mise en oeuvre par le Pouvoir pour empêcher les soldiarités concrètes de s'opérer. La (non) action (de fait) de la foire de Caen en est la démonstration. C'est pourquoi les identitaires qui appellent à se replier sur leur langue locale et leurs us et coutumes locaux doivent être dénoncés pour ce qu'ils sont : des agents du pouvoir ...
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Messagepar Shirine » Lundi 03 Nov 2008 8:13

La tour de Babel était selon la Genèse une tour que souhaitaient construire les hommes pour atteindre le ciel. Descendants de Noé, ils représentaient donc l'humanité entière et étaient censés tous parler la même et unique langue sur Terre, une et une seule langue adamique. Pour contrecarrer leur projet qu'il jugeait plein d'orgueil, Dieu multiplia les langues afin que les hommes ne se comprissent plus. Ainsi la construction ne put plus avancer, elle s'arrêta, et les hommes se dispersèrent sur la terre.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_de_Babel
:evil:
Bien orgueuilleux sont ceux qui veulent CONSTRUIRE une société heureuse , libre et épanouie, aux yeux des " dieux" qui nous gouvernent. Pour contrecarrer un si noble projet, les 'dieux" multiplient les langues et tout ce qui divise et empêchent les hommes de se comprendre , de s'unir et d'avancer !!! :?
Religions, nations, ethnies, communautés : LA DIVISION,TOUJOURS LA DIVISION !
Il n'est jamais trop tard pour s'en apercevoir et revenir à l'UNITE, à l'UNION, à l'ADAMISATION de la planète, c'est à dire à son humanisation.
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Messagepar anarced » Vendredi 07 Nov 2008 12:04

Il n'est jamais trop tard pour s'en apercevoir et revenir à l'UNITE, à l'UNION, à l'ADAMISATION de la planète, c'est à dire à son humanisation.


Le problème est qu'il existe plusieurs sortes "d'adamisation", les plus connues étant probablement celle d'Adam Smith ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Adam_Smith) et de Salvatore Adamo ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Salvatore_Adamo) mais lequel de l'écossais ou du belge sera le sauveur suprême tant attendu ? Il semblerait aujourd'hui que ces deux sauveurs soient tous les deux largement devancés par l'obamisation d'Obama mais à la fin, il ne devra en rester qu'un!
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Messagepar NOSOTROS » Vendredi 07 Nov 2008 12:05

j'ai un petit faible pour salvatore en ce qui me concerne ! Inch'allah ! :-)
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ADAMISATION

Messagepar Shirine » Samedi 08 Nov 2008 8:35

:idea:
En hébreu, Adam (1+4+40 = 45) signifie “ homme ”

Jusqu’à l’acte de manger le fruit, ce mot est toujours utilisé avec l’article défini (l’homme)

En hébreu, l’article défini est appelé, article inséparable (parce qu’il est collé au mot) et il s’ agit de la lettre Hé qui se prononce “ ah ” et qui vaut 5. “ L’Adam ” vaut alors 45 + 5 = 50 . Or ce mot à la même racine que Adamah = 50 = la glèbe (sol en culture). On fera donc le rapprochement avec “ Tu es poussière.... ”

5. 7 : Adam, homme = 45 ( par addition de la racine 4+5) = 9

Isha, femme, = 306 (par - - - - - - - - - - - - - -3+6)= 9

Si maintenant j’ajoute l’article inséparable (+5) Adamh = 50 et Ishah = 311.

Adamh = 50 (par racine) = 5

Ishah = 311 (par racine) = 5 (on peut en déduire l’interprétation, ce qui est dit “ entre ” ces mots : il y a égalité ! Et si on ajoute 5+5= 10 (par racine) = 1 : il y a unité !

Or l’article est enlevé, après le fruit mangé ... l’ unité a été compromise ! (9+9 : 18 : 8+1 : 9)

Moralité: pour humaniser ou ADAMISER la planète, ne mangeons plus de FRUITS :!: :!: :!:
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Messagepar lucien » Samedi 08 Nov 2008 8:51

Hin, hin.
Vraiment très intéressant mais, pour ne pas disperser les débats, tu devrais peut-être ouvrir un sujet spécifique... dans le fourre-tout ! :lol: :wink:

Sur la foire coloniale de Caen, rien à redire évidemment sur la démarche mais le passage du préambule "à la fin de cette foire, l'un des indiens est décédé" me laisse perplexe : il semble être utilisé pour appuyer la dénonciation mais ça n'est pas développé plus loin.
Le monde ne se compose pas d'anges révolutionnaires, de travailleurs généreux d'une part, de diables réactionnaires et de capitalistes cupides de l'autre.
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