Riots in the UK

La lutte est globale... Solidarité a-nationale !

Riots in the UK

Messagepar goldfax » Mercredi 10 Aoû 2011 11:10

Je n'ai pas eu le temps de tout lire. Mais voici la position de la section londonnienne de l'AIT, dont les premières lignes me semblent un peu banales...

Source SolFed:

North London Solfed's response to the London riots

With media sources blaming “anarchy” for the unfolding violence in London and across England, the North London Solidarity Federation felt a response from an anarchist organisation active in the capital would be appropriate.

Over the last few days, riots have caused significant damage to parts of London, to shop-fronts, homes and cars. On the left, we hear the ever-present cry that poverty has caused this. On the right, that gangsters and anti-social elements are taking advantage of tragedy. Both are true. The looting and riots seen over the past number of days are a complex phenomenon and contain many currents.

It is no accident that the riots are happening now, as the support nets for Britain's disenfranchised are dragged away and people are left to fall into the abyss, beaten as they fall by the batons of the Metropolitan Police. But there should be no excuses for the burning of homes, the terrorising of working people. Whoever did such things has no cause for support.

The fury of the estates is what it is, ugly and uncontrolled. But not unpredictable. Britain has hidden away its social problems for decades, corralled them with a brutal picket of armed men. Growing up in the estates often means never leaving them, unless it's in the back of a police van. In the 1980s, these same problems led to Toxteth. In the '90s, contributed to the Poll Tax riots. And now we have them again - because the problems are not only still there, they're getting worse.

Police harassment and brutality are part of everyday life in estates all around the UK. Barely-liveable benefits systems have decayed and been withdrawn. In Hackney, the street-level support workers who came from the estates and knew the kids, could work with them in their troubles have been told they will no longer be paid. Rent is rising and state-sponsored jobs which used to bring money into the area are being cut back in the name of a shift to unpaid "big society" roles. People who always had very little now have nothing. Nothing to lose.

And the media's own role in all of this should not be discounted. For all the talk of the “peaceful protest” that preceded events in Tottenham, the media wouldn't have touched the story if all that happened was a vigil outside a police station. Police violence and protests against it happen all the time. It's only when the other side responds with violence (on legitimate targets or not) that the media feels the need to give it any sort of coverage.

So there should be no shock that people living lives of poverty and violence have at last gone to war. It should be no shock that people are looting plasma screen TVs that will pay for a couple of months' rent and leaving books they can't sell on the shelves. For many, this is the only form of economic redistribution they will see in the coming years as they continue a fruitless search for jobs.

Much has been made of the fact that the rioters were attacking “their own communities.” But riots don't occur within a social vacuum. Riots in the eighties tended to be directed in a more targeted way; avoiding innocents and focusing on targets more representative of class and race oppression: police, police stations, and shops. What's happened since the eighties? Consecutive governments have gone to great lengths to destroy any sort of notion of working class solidarity and identity. Is it any surprise, then, that these rioters turn on other members of our class?

The Solidarity Federation is based in resistance through workplace struggle. We are not involved in the looting and unlike the knee-jerk right or even the sympathetic-but-condemnatory commentators from the left, we will not condemn or condone those we don't know for taking back some of the wealth they have been denied all their lives.

But as revolutionaries, we cannot condone attacks on working people, on the innocent. Burning out shops with homes above them, people's transport to work, muggings and the like are an attack on our own and should be resisted as strongly as any other measure from government "austerity" politics, to price-gouging landlords, to bosses intent on stealing our labour. Tonight and for as long as it takes, people should band together to defend themselves when such violence threatens homes and communities.

We believe that the legitimate anger of the rioters can be far more powerful if it is directed in a collective, democratic way and seeks not to victimise other workers, but to create a world free of the exploitation and inequality inherent to capitalism.

North London Solidarity Federation
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Re: Riots in the UK

Messagepar BoombaZoomba » Mercredi 10 Aoû 2011 11:30

super l'analyse de ce qui se passe en Angleterre... Quelle réactivité !!!

Manifester c'est bien.

Se révolter c'est bien.

Et après ?
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Re: Riots in the UK

Messagepar goldfax » Jeudi 11 Aoû 2011 9:40

J'aime ces déclarations péremptoires qui ne font pas avancer les débats.

A titre de rappel, il me semble que le forum est un outil de réflexion et non un lieu où l'on devrait pratiquer la guéguerre des chapelles sur un mode dogmatique: entre les SR et les AS; entre les partisans de la théorie avant tout, ceux du bougisme avant-tout et ceux qui essaient d'allier pratique et théorie. C'est vrai que c'est très fatigant d'agir et de réfléchir en même temps...
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Re: Riots in the UK

Messagepar Lambros » Dimanche 14 Aoû 2011 20:50

EN gros la position des compagnes-ons est à peu près la même que d'habitude lors d'émeutes.

Les émeutes et la rage de classe sont légitimes, et que la violence est celle de l'Etat et du capitalisme, et de la police. Mais en précisant que les cibles ne sont pas toujours bien choisies.

Perso, je pense qu'il faut repenser la stratégie anarchosyndicaliste, être toujours en évolution (le camping a été très bien à ce sujet)
L'émancipation des chrétien-ne-s sera l'œuvre de Dieu lui même.
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Re: Riots in the UK

Messagepar AnarSonore » Dimanche 14 Aoû 2011 23:21

Réponse de la Solfed de Londres-Nord aux émeutes de Londres

Alors que les médias stigmatisent l"anarchie" à propos du déferlement de la violence à Londres et en Angleterre, la "Solidarity Federation" du Nord-Londres a considéré qu’une réponse de la part d’une organisation anarchiste active dans la capitale était nécessaire.

Les émeutes ont causé des dégâts importants ces derniers jours à des quartiers de Londres, à des devantures de magasins, à des domiciles et des voitures. À gauche, on entend toujours les mêmes gémir que la pauvreté en est la cause. À droite, que des voyous et éléments anti-sociaux profitent de la tragédie. Les deux sont vraies. Les pillages et émeutes vus ces derniers jours constituent un phénomène complexe et comportent de nombreuses composantes.

Ce n’est pas par hasard si les émeutes se produisent maintenant, quand les réseaux de soutien aux britanniques privés de représentation leurs sont arrachés, et que les gens sont livrés à l’abîme, comme ils tombent rompus sous les matraques de la police londonienne.

La fureur des quartiers [1] est ce qu’elle est, laide et incontrôlée. Mais pas imprévisible. La Grande- Bretagne a caché ses problèmes sociaux pendant des décennies, les a contenus avec une garnison brutale d’hommes armés. Grandir dans les cités signifie souvent ne jamais les quitter, à part à l’arrière d’une fourgon de police. Dans les années quatre-vingt, les mêmes problèmes ont conduits à Toxteth [2]. Dans les années quatre-vingt-dix, ils ont conduit aux émeutes contre l’impôt par capitation [3]. Et maintenant nous les subissons de nouveau - parce que les problèmes non seulement persistent, mais empirent.

Le harcèlement et la brutalité de la Police font partie du quotidien des cités partout au Royaume-Uni. Les systèmes sociaux permettant à peine de survivre se sont désagrégés et ont été retirés. À Hackney [4], les travailleurs sociaux opérant dans la rue, qui venaient eux-même des cités, connaissaient les jeunes et pouvaient travailler avec eux à résoudre leurs problèmes, se sont vus signifier qu’ils ne seraient désormais plus payés. Les loyers augmentent et les emplois aidés par l’État qui apportaient de l’argent dans la zone ont été réduits au nom d’un transfert vers des missions bénévoles dans le cadre de la "Grande Société" [5]. Les gens qui eurent toujours très peu n’ont désormais plus rien. Plus rien à perdre.

Le rôle-même des médias dans tout ceci ne doit pas être minoré. Malgré tout le discours de la "protestation pacifique" qui précéda les évènements à Tottenham [6], les media n’auraient pas sorti l’histoire s’il n’y avait eu en tout et pour tout qu’une manifestation silencieuse devant le poste de police.

Les violences policières et les protestations en réponse surviennent tout le temps. C’est seulement quand l’autre côté répond avec violence (sur des cibles légitimes ou non) que les médias ressentent le besoin de leur donner une couverture à tout prix.

Il ne devrait donc pas y avoir de surprise à ce que des gens vivant une existence de pauvreté et de violence soient enfin partis en guerre. Il ne devrait pas y avoir de surprise à ce que des gens pillent les écrans de télé à plasma qui fourniront leurs paieront deux mois de loyer, et laissent les livres qu’ils ne peuvent vendre sur les étagères. Pour beaucoup, c’est l’unique forme de redistribution économique qu’ils verront dans les années à venir en continuant une vaine recherche d’emploi.

On a beaucoup glosé sur le fait que les émeutiers attaquaient "leurs propres communautés". Mais les émeutes n’éclatent pas dans un vide social. Celles des années 80 tendaient à être dirigées d’une manière plus ciblées ; épargnant les innocents et se focalisant sur des cibles plus représentatives d’une oppression de classe ou de race : la police, les postes de police et les magasins. Que s’est-il passé depuis les années quatre-vingt ? Les gouvernements consécutifs n’ont pas ménagés leurs efforts pour détruire toute espèce d’idée de solidarité et d’identité de classe. Est-ce donc une surprise alors si ces émeutiers se retournent contre d’autres membres de notre classe ?

La "Solidarity Federation" est basée sur la résistance dans la lutte sur le lieu de travail. Nous ne sommes pas impliqués dans le pillage mais, au contraire des réactionnaires de droite ou même des commentateurs de gauche sur le registre de la "compréhension-mais-condamnation", nous ne condamnerons ni ne fermerons les yeux sur ceux que nous ne connaissons pas pour avoir récupéré une part de la richesse dont ils ont été privés toute leur vie.

Cependant, en tant que révolutionnaires, nous ne pouvons tolérer les attaques contre les travailleurs, contre les innocents. Les incendies de magasins avec des domiciles au-dessus, de véhicules utilisés par les gens pour aller au travail, les agressions et tout ce qui s’en approche constituent une attaque contre les nôtres et nous devons nous y opposer aussi fermement qu’à n’importe quelle politique d’austérité du Gouvernement, qu’aux propriétaires terriens qui spéculent, qu’aux patrons ayant l’intention de voler notre travail. Ce soir et pour aussi longtemps que nécessaire, les gens doivent se rassembler pour se défendre quand une telle violence menace les foyers et les communautés.

Nous pensons que la colère légitime des émeutiers peut être bien plus puissante si elle s’exprime dans une direction collective et démocratique et cherche, non à faire d’autres travailleurs des victimes, mais à créer un monde libre de l’exploitation et de l’inégalité inhérentes au capitalisme.

North London Solidarity Federation
(mardi 9 août 2011)
Traduit par le SIA32 / CNT-AIT

Notes
[1] Ndt : Nous avons traduit "estates" indiféremment par "quartiers" ou "cités", car ces lieux sont des quartiers-nord du Grand Londres composés de cités et de lotissements.

[2] Ndt : Toxteth est un quartier du centre de Liverpool ayant connu des émeutes en juin 1981, initialement provoquées par l’arrestation sans raison d’un jeune noir, Leroy Cooper, fouille observée par la foule qui ne laissa pas faire, avec pour bilan la destruction de 70 édifices, 500 arrestations et 470 blessés.

[3] Ndt : la "Poll Tax" est un impôt forfaitaire par foyer ne tenant compte, ni des revenus, ni du capital, créé par M. Thatcher en 1989 et appliqué en 1990. Cette application d’une taxe très injuste pour les plus faibles provoqua des émeutes à Hackney le 8 mars, à Brixton, Lambeth et Islington puis à Trafalgar Square en plein centre de Londres le 31 mars 1990, ce qui provoqua la chute de la "Dame de fer".

[4] Hackney est un district au nord du Grand Londres, extrêmement pauvre, au chômage élevé, ayant connu des émeutes dans les années quatre-vingt et la consommation de crack parmi les jeunes dans les années quatre-vingt-dix.

[5] Ndt : Traduction du projet de la "Big Society" proposé défendu par les conservateurs de David Cameron depuis juillet 2010 et prônant un désengagement de l’État au profit d’une société plus "mature" et engagée, basée sur la charité, le mutuellisme et le volontariat, ce que ses adversaires ont qualifié de déguisement cynique de l’abandon de l’assistance grâce au discours sur une vigueur nouvelle de la société civile.

[6] Tottenham est un quartier pauvre du district de Haringey, au nord du Grand Londres, sur la rive gauche de la Tamise, et le lieu d’émeutes ce mois-ci.
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Re: Riots in the UK

Messagepar goldfax » Mardi 16 Aoû 2011 7:51

Lambros a écrit:Perso, je pense qu'il faut repenser la stratégie anarchosyndicaliste, être toujours en évolution (le camping a été très bien à ce sujet)


Perso, je ne mettrais pas d'adjectif après stratégie, mais c'est mon point de vue...
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Re: Riots in the UK

Messagepar Nico37 » Mardi 16 Aoû 2011 11:08

Pour compléter le texte certes très "théorique" mais très juste de la SolFed :

Petit commentaire autour de l’appareil répressif post-émeutes, c’est-à-dire la "vengeance de classe" mise en place par David Cameron Federico Campagna, 14 Aout 2011, London (Original en italien paru sur infoaut.org et traduit en français par LeReveil.ch)

Une fois que les les gens à capuches sont revenus à leurs refuges, que les incendies se sont éteints et que la menace s’est estompée, la police a repris pleine possession des villes anglaises. Pendants des journées entières, les seize milles hommes armés envoyés par le gouvernement ont fait entendre leur monologue assourdissant, avec des colonnes de blindés se lançant à sirènes hurlantes sur les routes désertes et des patrouilles dans chaque quartier.

Cameron avait annoncé qu’il n’y aurait pas de pitié, et la pitié - obéissante - a decidé de s’enfouir sous terre, alors que les tribunaux restaient ouverts toute la nuit pour juger les 2300 arrêtés pendant les émeutes. Les jugements ont été lourds. "Exemplaires", selon la définition des journaux. Pour le vol de deux bouteilles d’eau, d’une valeur de trois livres, Nicholas Robinson, 23 ans, a été condamné à six mois de prison. Pour le vol de deux vestes, Eoin Flanagan, 18 ans de Manchester, a été condamné à huit mois d’enfermement. Pour avoir dit à un policier : "Si t’avais pas l’uniforme sur toi, je te défoncerais la gueule", Ricky Gemmel, 18 ans, a été condamné à six semaines de prison. Et ainsi de suite, au moins pour les plus chanceux. Pour tous les autres, de bonne grâce, les juges ont retenu opportunément les peines les plus sévères et ils les ont renvoyé au jugement des ‘crown courts’, les tribunaux royaux qui ont le pouvoir d’infliger des sentences à outrance.

Entretemps les policiers se sont organisés en équipes et ils sont allés, maison par maison, arrêter les centaines de suspects encore en liberté.
Avec eux, comme des chiens d’arrêt avec leurs chasseurs, se déplaçait un attroupement de journalistes. Le quotidien The Telegraph, par exemple, a transmis avec fierté sur son site la vidéo de l’arrestation de Shereka Leigh, mère célibataire de 22 ans de Tottenham, coupable du vol d’une paire de chaussures. La vidéo montre les agents defoncer la porte, entrer dans la maison en hurlant, marcher sur les jouets de son fils de 4 ans et ramener dehors la jeune fille menottée.

Mais les agents ne doivent pas faire tout le boulot. Des fois, les parents leurs donnent aussi un coup de main. Avec un dévouement qui aurait fait pleurer Staline, après avoir reconnu sa fille de dix-huit ans, Chelsea, dans des vidéos transmises à la télévision, l’héroïque Madame Adrienne Ives n’a eu aucune hésitation à appeler la police locale. Les journaux n’ont pas pu s’empêcher de chanter les louanges de cette extraordinaire mère-courage. Dommage qu’à l’époque de Saturne, il n’y avait pas de journaux, ils auraient pu faire briller comme il faut ceux qui dévorent leurs fils.

" Nous vous retrouverons", avaient dit, il y a quelques jours, des agents sur leurs pages Facebook, "et on vous fera sentir tout le poids de la loi". Et cela s’est passé. On espère bien que ce poids n’est pas écrasant au point d’étouffer, comme c’est arrivé à Jimmy Mubega, ce quadragénaire angolais mort par asphyxie pendant qu’il était "mis en sécurité" par les agents qui étaient chargés de le déporter depuis l’aéroport de Heathrow.

Mais le poids de la loi, c’est connu, tombe souvent comme de la grêle du ciel, et il arrive qu’elle détruise en entier la vie de certaines personnes. D’ailleurs, les fautes des pères tombent sur les fils et donc, par propriété transitive, celle des enfants doivent tomber sur leurs parents. Avec une détermination salomonique, David Cameron a déclaré que les familles des arrêtés qui profitent des rentes étatiques pour les plus démunis perdront tout. Plus de logement social, plus d’allocation chômage, plus de ‘house in benefit’, plus de welfare. Interviewé à la BBC, le secrétaire d’état pour les communautés locales, M. Eric Picklesa, a réaffirmé ce concept. Les émeutiers et leurs familles seront délogées, et les circonscriptions de Wandsworth, Westminster, Greenwich, Hammersmith, Nottingham et Salford ont déjà rendu exécutoires les expulsions.

Mais on craint que même ces dispositions au gout médiéval ne seront pas suffisantes. Le problème est bien plus profond, disent certains, et il s’est infiltré sous la peau des sujets britanniques. David Starkey, célèbre commentateur de la BBC, l’a expliqué très clairement en direct à la télévision : le problème, en ce pays, est que les blancs sont devenus nègres, ils ont perdu le sens de la dignité occidentale, sont devenus des sauvages. Le multiculturalisme, dit Starkey, a changé la couleur de notre peau et notre ADN.

Heureusement, le gouvernement n’est pas seul à affronter ce défis bio-génétique. Comme ça arrive assez souvent en Angleterre, l’aide est soudainement arrivée d’en haut. Et par "en haut", bien entendu, nous parlons des États-Unis, la mère-patrie dont la Grande-Bretagne est l’une des colonies fidèles. Inspiré par l’exemple américain, David Cameron a convoqué le super-flic Bill Bratton, inventeur du régime de la "tolérance zéro" qui a rendu obèses autant de prisons d’outre-atlantique. Le crime de la rue, a déclaré Cameron, sera raclé de l’île, comme si c’était un mélanome sur la peau candide d’Albion.

Peut-être que le premier ministre n’a pas choisi le bon homme pour ces nettoyages. Plutôt qu’à Bill Bratton, Cameron aurait dû s’adresser à Conrad Murray, le célèbre médecin de Michael Jackson, aujourd’hui sous enquête pour l’assassinat du chanteur. Enlever le noir de la peau est une question difficile et il y a peu de gens au monde qui sont capables de le faire. Des bains de mercure, des infiltrations de cortisone et des applications d’hydroquinone sont le seuls soins possibles. Avec quelques injections de médicaments anti-douleur, pour rendre l’ensemble plus supportable. Seulement de cette façon la candide Angleterre pourra gratter sa négritude superficielle. Au risque d’en mourir, si cela devait être nécessaire. D’ailleurs, suite aux magnificences du mariage royal, il n’y a que l’enterrement d’une nation toute entière qui pourrait offrir au monde un événement le plus spectaculaire pour la prochaine décennie.
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Re: Riots in the UK

Messagepar Nico37 » Jeudi 18 Aoû 2011 8:53

Cette histoire ci-dessous me rappelle l'emprisonnement dans les années 90 d'un camarade anglais qui avait été rossé lui surtout et sa famille (un peu) dans un parc londonnien en fin d'AM par une bande de bourges complètement saouls et condamné à plusieurs années de prison pour s'être défendus et avoir légèrement blessés ses agresseurs. Ce camarade avait le soutien de l'ABC et du mouvement libertaire, il a dû sortir de prison depuis un bout de temps, je n'ai rien retrouvé sur internet...

Angleterre : Quand David Cameron cassait les vitrines - Marco D’Eramo Edition de vendredi 12 août 2011 de Il Manifesto

Dans une ville anglaise une bande de jeunes défonce une vitrine, s’enfuit dans la nuit, et se dirige en courant vers le jardin botanique. La police les suit, en charge quelques uns sur ses téléphones portables et les met au trou.

Le problème c’est que nous ne parlons pas d’un épisode survenu ces jours-ci. Et que les jeunes arrêtés ne sont pas des casseurs sous-prolétaires. Non, l’épisode a lieu il y a 24 ans à Oxford et les 10 jeunes gens étaient tous membres du Bullingdon Club, une association étudiante oxfordienne de 150 ans d’âge, fameuse pour ses frasques estudiantines, ses cuites et pour considérer la vandalisation de boutiques et restaurants comme le fin du fin de la distraction. Restaurateurs, commerçants et dénonciations à la police, tout est remis en ordre avec quelques généreuses indemnisations qu’on va puiser dans les grassouillets portefeuilles paternels. Quelques heures plus tôt, les dix jeunes gaillards s’étaient fait tirer le portrait sur les marches d’un grand escalier, tous en uniforme du club, habit de soirée à 1.000 livres sterling (1.150 euros) pièce. Emergent du groupe un jeune David Cameron et un, tout aussi imberbe, Boris Johnson.

Il se trouve qu’aujourd’hui Cameron est premier ministre conservateur (britannique NdT) et Johnson maire conservateur du Grand Londres. Et que l’un comme l’autre tonnent contre les vandales qui détruisent les propriétés privées. Que l’un et l’autre invoquent la ligne dure, la main de fer. Cameron veut avoir recours à l’armée et censurer les réseaux sociaux ; Johnson veut augmenter les effectifs de police. Sans même la moindre compréhension pour qui ne fait rien d’autre, dans le fond, qu’émuler leur geste d’autrefois.

Mais évidemment, c’est justement le propre de la mentalité d’un fils à papa de considérer que les autres ne peuvent pas -et ne doivent pas- se permettre ce qu’on lui a permis, à lui, par droit de naissance et d’extraction sociale.

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(1) Sebastian Grigg, (2) David Cameron, (3) Ralph Perry-Robinson, (4) Ewen Fergusson, (5) Matthew Benson, (6) Sebastian James, (7) Jonathan Ford, (8) Boris Johnson, (9) Harry Eastwood

David Cameron est né en 1966 d’un père agent en bourse et d’une mère fille d’un baronet : l’actuel premier ministre tient à faire savoir qu’il est le descendant illégitime du roi Guillaume IV et de sa maîtresse Dorothée, et qu’il est donc un lointain parent de la reine Elisabeth II. Snob typique, Cameron fut envoyé à sept ans à Heatherdown, école élémentaire fréquentée aussi par les princes Andrew et Edward, école dont l’attitude de classe était sans équivoque : les jours d’excursion, les toilettes portables étaient désignées par « Ladies », « Gentlemen » et « Chauffeurs ». Et quand Margaret Thatcher fut élue premier ministre, l’école célébra ça par une partie de cricket improvisée entre élèves contre enseignants. Au lycée, Cameron fut envoyé dans la plus prestigieuse école privée d’Angleterre, Eton (frais annuels de scolarité : 27.000 livres sterling, environ 31.000 euros), le creuset de la classe dominante (Boris Johnson fut aussi son camarade de classe à Eton) : c’est drôle comme en Grande-Bretagne les écoles privées s’appellent public schools. Là le vilain garçon Cameron fut surpris en train de se rouler un joint et, en punition, dut recopier 500 lignes de latin. Après Eton, ce fut naturellement l’université à Oxford, et son club, le Bullington. En snob parfait, Cameron a ensuite épousé Samantha Gwendoline Sheffield, dont le père est un baronnet propriétaire terrien, et dont le parrain est vicomte. Samantha Gwendoline travaille dans la célèbre maison de produits de luxe Smyrne de Bond Street et a reçu le prix de Meilleure désigner d’accessoires par le British Glamour Magazine.

Quand ils se sont rangés de leurs bombes estudiantines, les fils à papa font d’habitude une belle carrière : Boris Johnson devient directeur du Spectator (même si sa carrière trébuche dans ses aventures d’homme à femmes invétéré, bien que marié). Cameron devient directeur des Corporate Affairs chez Carlton Communication, une société de media ensuite absorbée par Granada plc pour former ITV plc.

Quand, en 2006, Cameron emporte le congrès Tory et devient leader du parti conservateur, il n’a que 38 ans. Et c’est tout naturellement que, dans le gouvernement ombre qu’il forme (le premier ministre à l’époque était Tony Blair), trois des membres sont d’anciens élèves de Eton (Old Etonians). Mais dans le groupe de ses collaborateurs les plus proches, 15 au moins sont des Old Etonians. Et il en va de même quand, en mai 2010, Cameron gagne (à moitié) les élections et devient premier ministre à la tête d’une coalition avec les néo-libéraux conduits par Nick Clegg : ici aussi le noyau dur du gouvernement est constitué d’aristocrates, d’etonians ou oxfordians, comme l’actuel Chancelier de l’Echiquier (c’est-à-dire ministre de l’économie) George Gideon Osborne, lui aussi noble, héritier de la baronnie Osborne, lui aussi diplômé d’Oxford, et lui aussi, ça alors, ancien membre du Club Bullingdon.

Comme on disait avant : bon sang ne saurait mentir. La classe (sociale, NdT) non plus.
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Re: Riots in the UK

Messagepar BoombaZoomba » Jeudi 18 Aoû 2011 10:33

goldfax a écrit:J'aime ces déclarations péremptoires qui ne font pas avancer les débats.

A titre de rappel, il me semble que le forum est un outil de réflexion et non un lieu où l'on devrait pratiquer la guéguerre des chapelles sur un mode dogmatique: entre les SR et les AS; entre les partisans de la théorie avant tout, ceux du bougisme avant-tout et ceux qui essaient d'allier pratique et théorie. C'est vrai que c'est très fatigant d'agir et de réfléchir en même temps...


Tu as raison, mais la situation mondiale et européenne actuelle est tellement grave qu'il faut que les gens adoptent la logistique la plus efficace et la plus rapide possible.
PS : ça pète aussi en Suède depuis deux jours environs.
On est vraiment dans une passe ou les gens n'ont plus le temps d'analyser ce qui est en train de se passer.
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Re: Riots in the UK

Messagepar BoombaZoomba » Jeudi 18 Aoû 2011 10:39

Lambros a écrit:Perso, je pense qu'il faut repenser la stratégie anarchosyndicaliste, être toujours en évolution.


J'ai pas envie de te décevoir, mais là c'est trop tard, le forum à eu tout le temps de faire ça depuis plusieurs années...

Je vais peut-être en choquer certains, mais c'est comme si j'étais en Allemagne d'avant guerre et subissant la ségrégation et que je me disais " tiens je vais peut être repenser la stratégie de mon peuple opprimé"... On voit ce que ça a donné par le passé.

Passons à l'action réfléchie plutôt qu'à une réflexion active...

La réflexion philosophico-politique est un rempart derrière lequel les gens se protègent pour éviter de partir au charbon.

En attendant, la machine avance et écrase toujours en suivant les objectif qu'elle s'est fixée et qu'elle se fixera encore vers le but ultime : l'esclavage total et l'épuration de son cheptel.
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Re: Riots in the UK

Messagepar BoombaZoomba » Jeudi 18 Aoû 2011 11:06

goldfax a écrit:
Lambros a écrit:Perso, je pense qu'il faut repenser la stratégie anarchosyndicaliste, être toujours en évolution (le camping a été très bien à ce sujet)


Perso, je ne mettrais pas d'adjectif après stratégie, mais c'est mon point de vue...


Je plussoie très cher. L'heure n'est plus aux chamailleries programmatiques mais bien a une stratégie unie et solidaire.

PS : cette info n'a rien a voir mais sachez tout de même que ces dernières semaines le prix du baril de brut s'est totalement effondré notamment à cause de la stagnation de l'activité économique. Il a tellement chuté que les entreprises d'extraction de pétrole ont du stoper leur activité quelques jours car l'extraction se faisait à perte. Vous aurez noter que dans certains stations le prix est monté a plus d'un 1euro 60 pour le 98 voir 1 euro 70. Malgré la baisse, les distributeurs ont du laisser quelques centimes à la pompe sous la pression du gouverne-ment.
Rappelez vous bien, l'inflation profite toujours aux patrons, mais Ô malheur la déflation c'est très mal et ça peut nuire à l'économie.
La solution ?
Les banques que l'on a grassement sauvées à coup de centaine de milliard par pays et qui refusent de prêter aux états à présent.
Le prix du pétrole baisse ? Il ne faut surtout que cela profite aux consommateurs !!!! Qu'a cela ne tienne la réserve fédérale est là pour tirer les ficelles et faire remonter les prix : celle-ci a décidé de maintenir ses taux le plus bas possible pendant 2 ans afin que le prix du pétrole puisse augmenter à nouveau.

Hé vous plaigniez pas !!! le litre de 98 a baissé de 4 centimes. Merci Sarko.
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Re: Riots in the UK

Messagepar AnarSonore » Vendredi 19 Aoû 2011 21:55

Les émeutes ne sont pas qu’une "violence insensée"
:arrow: http://aitinfos.free.fr/spip.php?article8

La fureur de nos cités est ce qu’elle est, laide et incontrôlée. Mais nous savions tous que ces émeutes allaient survenir. La grande-Bretagne a dissimulé ses problèmes sociaux pendant des décennies, les encerclant d’un brutal cordon de policiers. Les aides sociales sont supprimées, les centres d’assistance sociale fermés, et les loyers augmentent ainsi que le chômage. Les gens qui eurent toujours très peu n’ont plus rien à présent, plus rien à perdre.

Et même quand les grands de ce monde et les bons sont avertis, avec l’intox flagrante que constitue le cas Mark Duggan [1], les médias et les politiciens seraient restés aussi silencieux que s’il n’y avait eu qu’une manifestation silencieuse devant un poste de police. Il semble que c’est uniquement quand les gens se rebellent dans les rues que les médias se sentent obligés de leur donner une couverture médiatique à tout prix - et ils parlent alors seulement des éléments anti-sociaux, des gens qui blesseront n’importe qui, et jamais des gens qui se saisissent un peu de la richesse qu’ils peuvent parce qu’il n’y a aucune chance de le faire autrement.

On ne nous explique pas pourquoi les incendiaires, les agresseurs et les gangs sont ce qu’ils sont ou pourquoi les cités sont ce qu’elles sont, ni ce qui pourrait être fait pour eux pas seulement aujourd’hui, mais aussi demain et dans les années à venir. Ces problèmes existent depuis aussi longtemps qu’on s’en souvienne. Ils ont conduit aux émeutes des années quatre-vingt et quatre vingt-dix - et les choses empirent.
Le point de vue anarchiste

Il ne devrait donc pas y avoir de surprise à ce que des gens vivant une existence de pauvreté et de violence soient enfin partis en guerre, à ce que des gens pillent les écrans de télé à plasma qui paieront deux mois de loyer. Pour beaucoup, c’est la seule occasion de bénéficier d’une miette de redistribution économique quand les emplois disparaissent et que les riches accaparent tout.

Toute notre société est basée sur l’adoration de la richesse et l’exploitation des pauvres ; si les gens choisissent de riposter et de prendre des biens chez Argos ou Lidl, nous ne condamnerons pas cela. Mais brûler des boutiques avec des logements à l’étage, commettre des agressions... constituent une attaque contre les nôtres et l’on doit s’y opposer car le résultat final est le même que lorsque nous laissons n’importe qui nous exploiter et nous diviser - nous sommes tous perdants. Nous disons : ciblez les riches, les patrons et les politiciens. Ils ne se sont pas souciés de Hackney ni de Lewisham hier, ils ne s’en soucieront pas demain. Les politiciens parlent déjà de la crise économique - ils veulent juste une fois de plus tirer le rideau sur les problèmes et qualifier ceci de "faits criminels insensés". Les riches réclament davantage de fusils dans les cités - ils déclencheraient avec joie une guerre civile avec nous au milieu. Ne les laissez pas s’en tirer avec cela !

Nous devons nous unir et commencer à nous organiser pour faire reculer ces gens, pour construire un monde où nous autogérerons notre société sans patron, ni propriétaires, ni charge policière à la matraque. Le coup d’envoi n’est qu’un début. Nous devons aller plus loin. Nous devons nous organiser et récupérer le monde qui nous a été volé.

Tract distribué par la Solfed à Londres en Août 2011

Traduit par le SIA32 / CNT-AIT

[1] Ndt : Mark Duggan était un jeune homme de 29 ans, père de famille. Il a été tué par la Police à Tottenham le 4 août 2011, ce qui a déclenché les émeutes. Dans leur grand respect dû aux défunts, les médias réactionnaires ont rappelé son casier judiciaire, montrant leur nostalgie de la peine capitale, et leur peu d’estime du Droit qui ne la prévoit pas, quand ils se montrent tâtillons pour punir le pillard voleur d’électroménager au nom du Droit de la Propriété
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Re: Riots in the UK

Messagepar Groumf » Dimanche 21 Aoû 2011 13:06

"J'ai pas envie de te décevoir, mais là c'est trop tard, le forum à eu tout le temps de faire ça depuis plusieurs années...

Je vais peut-être en choquer certains, mais c'est comme si j'étais en Allemagne d'avant guerre et subissant la ségrégation et que je me disais " tiens je vais peut être repenser la stratégie de mon peuple opprimé"... On voit ce que ça a donné par le passé.

Passons à l'action réfléchie plutôt qu'à une réflexion active...

La réflexion philosophico-politique est un rempart derrière lequel les gens se protègent pour éviter de partir au charbon.

En attendant, la machine avance et écrase toujours en suivant les objectif qu'elle s'est fixée et qu'elle se fixera encore vers le but ultime : l'esclavage total et l'épuration de son cheptel."




Tiens voila un adepte du bougisme a tout prix
Groumf
 

Re: Riots in the UK

Messagepar goldfax » Lundi 22 Aoû 2011 10:37

Groumf a écrit:Tiens voila un adepte du bougisme a tout prix


:lol:
goldfax
 

Re: Riots in the UK

Messagepar AnarSonore » Lundi 22 Aoû 2011 18:06

À propos du contexte économique et social des émeutes en Grande-Bretagne
:arrow: http://aitinfos.free.fr/spip.php?article9

Comme vous avez pu le voir grâce à la couverture médiatique, il y a eu des émeutes en Grande-Bretagne. Le fait que des émeutes se produisent n’est pas surprenant dans la mesure où une large part de la classe prolétaire britannique vit dans la misère et les privations. De nombreuses communautés de la classe ouvrière britannique ne se sont jamais remises de la fermeture des industries telles que les mines de charbon ou les aciéries...

Ceci remonte aux années soixante-dix et quatre-vingt quand les structures industrielles britanniques furent décimées. Au début des années quatre-vingt, le phénomène émeutier s’installa en Grande-Bretagne avec le chômage de masse. Les émeutes étaient largement concentrées dans les quartiers défavorisés et les cités HLM - ces endroits sont de vastes zones de lotissement construites par les autorités locales et font partie des communautés les plus pauvres en Grande-Bretagne. Les cités HLM ont tendance à être habitées majoritairement par la classe des travailleurs blancs alors que les zones de quartiers défavorisés voient un taux élevé de population émigrée. Dans les années quatre-vingt, les médias ont essayé tout d’abord de caricaturer les émeutes en émeutes raciales, mais le fait que tant d’émeutiers proviennent des cités HLM de la classe prolétaire blanche a obligé les médias à abandonner leur tentative de rejeter la faute des émeutes sur les immigrés.

Bien que la Grande-Bretagne se soit dans une certaine mesure remise de la perte des industries, l’effondrement de la classe ouvrière organisée a signifié que la richesse en Grande-Bretagne s’est concentrée de manière croissante en haut de la société. La société britannique est maintenant aussi inégalitaire qu’au dix-huitième siècle. La situation dans les lotissements et les cités a empiré de bien des manières depuis les années quatre-vingt - la richesse est aux mains des dix pour cent de la population la plus riche et la pauvreté s’est accrue pour les vingt pour cent les moins riches. Le chômage est en général élevé, et le chômage des jeunes est massif dans les lotissements et les cités. La criminalité y est élevée et l’usage de la drogue et la criminalité afférente sont également répandus. Les taux de mortalité y sont plus élevés que dans des zones plus riches du pays. Les carences sociales sont importantes et la vie est en général assez triste pour une majorité luttant constamment pour juste survivre. Il n’est donc pas surprenant que les émeutes se soient concentrées dans les lotissements et les cités, comme dans les années quatre-vingt.

Le secteur des services publics combla dans une certaine mesure le vide laissé par la perte des emplois industriels mais ces emplois sont souvent à temps partiel et mal payés. Les salaires dans le secteur public sont si faibles qu’ils doivent souvent être complétés par des allocations. Même ceux qui travaillent sont donc allocataires sociaux. Dans le cadre des coupes sombres à l’œuvre en ce moment en Grande-Bretagne, ce sont les travailleurs du secteur public qui sont durement touchés avec la perte de centaines de milliers d’emplois dans le secteur public. Ce sont donc les zones les plus pauvres qui souffrent le plus de ces suppressions d’emplois, puisqu’elles dépendaient des emplois publics depuis la perte des emplois industriels.

Dans les quartiers défavorisés et les cités HLM, la vie est particulièrement difficile pour les jeunes. Comme dans toute récession, la première chose que font les employeurs est d’arrêter d’embaucher des travailleurs, ce qui signifie qu’il n’y a tout simplement plus aucun emploi pour les jeunes sortant de l’école. Il n’y a officiellement qu’un million de jeunes au chômage en Grande-Bretagne mais la réalité est bien pire. Les médias et le Gouvernement ont de plus attaqué les sans-emplois ces dernières années, les qualifiant de parasites refusant de travailler et heureux de vivre d’assistance. Ils n’ont pas fait que réduire les allocations, ils ont de plus rendu la vie plus difficile pour ceux qui en réclamaient, en harassant les gens, surveillés et forcés de prouver qu’ils cherchent du travail.

Inutile de dire que la colère s’est accumulée chez les gens dans les quartiers défavorisés et les cités HLM, en particulier parmi les jeunes qui sont constamment harcelés par l’État et la Police. Les jeunes gens de classe prolétaire se voient aussi caricaturés par les médias et les politiciens comme étant stupides et violents. Un nouveau terme dépréciatif ("charv"), utilisé pour décrire les jeunes de classe modeste, est maintenant d’un usage courant en Grande-Bretagne. La profondeur de la haine parmi les jeunes peut être évaluée par la vitesse à laquelle les émeutes se répandent.Il y a eu explosion de haine de la part des licenciés et des abandonnés. Le problème à l’œuvre, c’est que la colère des jeunes n’a pas de direction. Bien que l’essentiel des émeutes aient été concentrés vers les grands magasins, des boutiques et des domiciles ont été attaquées aussi dans les zones populaires, créant la peur dans des communautés de travailleurs. La colère n’est pas organisée bien que cela puisse heureusement changer si les choses se développent.

Les syndicats réformistes n’ont jamais réussi à s’organiser dans les classes laborieuses et parmi les chômeurs, et le syndicalisme ne signifie rien pour la plupart des jeunes travailleurs au chômage. Comme une partie de la Solidarity Federation commence à devenir un syndicat "fonctionnel", nous avons été dans un processus de développement d’une stratégie communautaire destinée à s’assurer du fait qu’ en tant que syndicat anarchosyndicaliste, nous nous organisons sur le lieu de travail et dans la communauté.

Durant la semaine dernière, la Solidarity Federation a émis des communiqués destinés à refléter la véritable nature des émeutes. Certains de nos commentaires ont été repris par les médias nationaux, avec pour résultat un site web surchargé comme les gens cherchaient plus d’informations. Nous distribuerons aussi des tracts dans les zones ouvrières.La dernière version du texte est en pièce-jointe. Cependant, le but de la Solidarity Federation est de construire une présence permanente dans les zones ouvrières. Notre but est de devenir une partie de la lutte quotidienne des travailleurs contre le capitalisme.

Secrétaire International de SF-AIT

Traduction du SIA32 / CNT-AIT

Voir en ligne : About the social and economical background of the riots in Britain
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Re: Riots in the UK

Messagepar douddu » Lundi 29 Aoû 2011 9:05

Cependant, en tant que révolutionnaires, nous ne pouvons tolérer les attaques contre les travailleurs, contre les innocents. Les incendies de magasins avec des domiciles au-dessus, de véhicules utilisés par les gens pour aller au travail, les agressions et tout ce qui s’en approche constituent une attaque contre les nôtres et nous devons nous y opposer aussi fermement qu’à n’importe quelle politique d’austérité du Gouvernement, qu’aux propriétaires terriens qui spéculent, qu’aux patrons ayant l’intention de voler notre travail. Ce soir et pour aussi longtemps que nécessaire, les gens doivent se rassembler pour se défendre quand une telle violence menace les foyers et les communautés.


Ce paragraphe tiré du premier communiqué de la solfed traduit a mon avis un certain désappointement face a des circonstances nouvelles dans la période que nous vivons , cela mérite d'être éclairci et approfondi et je cite a l'appui de cette clarification quelques propos d'anarchistes irlandais sur le sujet :

sur le formes particuliéres de cet événement :


La police a tôt fait d’être débordée, et a profité du fait que la majorité des émeutes se soient focalisées sur le pillage plutôt que sur l’affrontement direct avec elle. Ceci ne s’est pas vérifié partout. A Nottingham, pas moins de cinq commissariats ont été attaqués, mais dans la majorité des cas, les émeutiers se sont dispersés à l’arrivée en force de lourdes forces de police, pour se regrouper plus tard et reprendre ailleurs les pillages.

Quand elles prennent cette forme, il est très difficile pour la police de contenir ces émeutes. Dans une émeute traditionnelle dirigée contre la police, il y a des lignes de policiers denses et statiques, lourdement équipées, qui font face à des émeutiers qui leur jettent des projectiles à distance. Chaque camp peut avancer, reculer et tenter de prendre à revers son adversaire, mais ce schéma implique que la destruction et le pillage sont relativement limités. Mais dans le cas qui nous occupe, la plupart des émeutes qui ont eu lieu après la première nuit se sont concentrées sur le pillage et ont esquivé la police, sans confrontation directe.

Hugh Orde, président de l’association des commissaires de police, a écrit un article dans le Guardian au beau milieu du mouvement émeutier, qui critiquait l’usage du canon à eau et des balles en plastic. Non pas pour des raisons morales, puisqu’il avait ordonné leur emploi à plusieurs reprises lorsqu’il était chef du PSNI en Irlande du Nord. Il considérait évidemment que des citoyens britanniques à Londres ne devraient pas subir le même traitement que des citoyens britanniques en Irlande, mais, ceci mis à part, son argument principal est d’ordre tactique. Il écrit : « Les canons à eau, dont la logistique est difficile à mettre en œuvre, fonctionnent bien contre de grandes foules statiques qui jettent des projectiles sur la police (…) Cela permet de maintenir une distance, parfois vitale, entre la police et des foules hors-la-loi. Les matraquages, tactique plus sévère, sont là fondamentalement pour protéger la vie. (…). Ce que nous avons vu jusque-là dans ces émeutes, ce sont de petits groupes de hors-la-loi se déplaçant rapidement, situation qui exige un traitement policier particulier et approprié. »

Dans sa couverture des événements, le journal The Economist a confirmé la raison pour laquelle la police avait perdu le contrôle : « L’ancien manuel policier se base sur deux principes qui se sont montrés soudain inappropriés. Le premier affirme que les émeutiers cherchent à aller attaquer la police, la situation est donc plus facile lorsqu’on sait qu’ils seront là où vous êtes. Le second affirme que l’objectif principal est de tenir le terrain, plutôt que les gens. Mais comme le remarque M. Innes, la police doit aller chercher les « flash mobs » [rassemblements-éclairs], qui se servent des nouveaux réseaux sociaux pour aller se rassembler et piller un endroit, puis se disperser et se réunir ailleurs : « Il nous faut les suivre, les harceler et les éloigner. » Le problème reste que lorsque les pillards sont chassés, ils se divisent, ce qui disperse d’autant les forces de l’ordre. Même si la police en interpelle et en arrête un ou une (tâche qui accapare au moins deux policiers dont on pourrait avoir besoin ailleurs), elle ne pourra l’accuser que d’un délit mineur de trouble à l’ordre public. »

La forme particulière qu’a prise ce mouvement émeutier se voit aussi au pourcentage d’arrestations liées aux violences à agent. A part la première nuit à Tottenham, qui a vu la police être la cible de l’émeute, le nombre de policiers blessés comptabilisés est inférieur à celui qu’on dénombre dans les émeutes où la police est affrontée ou chargée. On comptabilisa lors des émeutes de 1981 à Brixton quelque 299 policiers blessés contre seulement 82 arrestations, d’après les chiffres officiels de la police. Évidemment, du point de vue de la police et de l’élite britannique, c’est une chance que l’émeute ait pris cette forme pillarde, d’autant plus que les pillages se sont en général cantonnés aux quartiers les plus déshérités des villes, ce qui signifie qu’aucune parcelle massive du capital ou de l’Etat n’a été lourdement endommagée.


Avec les conséquences .......

Tensions inter-communautaires, boutiquiers, classe et groupes d’auto-défense

Lorsqu’on examine le lien entre race et émeute, un facteur perturbant apparaît : le conflit potentiel entre les émeutiers et les divers groupes ethniques qui ont formé des escouades d’auto-défense. A Birmingham, cela a abouti tragiquement à la mort de trois membres d’une escouade informelle de ce genre. Si les émeutiers étaient en général multi-ethniques, ces escouades étaient souvent mono-ethniques et dirigées par les boutiquiers du coin.

La stratégie policière à Londres pendant les émeutes semble avoir été d’abandonner provisoirement les quartiers pauvres pour y contenir l’émeute et protéger la city [quartier d'affaires] et West End, où se trouvent la véritable richesse. Tenter d’aller à West End, tel est l’objectif traditionnel de la plupart des émeutes politiques londoniennes, mais bien qu’à Birmingham les émeutiers aient ciblé des boutiques de luxe du centre-ville, à Londres le mouvement émeutier a été presque totalement confiné dans les quartiers pauvres où vivent les émeutiers.

Le Daily News de Londres a cité un membre dirigeant des escouades du quartier de Green Lanes disant : « Nous n’avons aucune confiance en la police locale, nos commerces sont les prochains sur la liste des bandits qui ont mis à sac Tottenham, nous protègerons notre propriété. »

Le Guardian a lui aussi interviewé un de ceux-là, Yilmaz Karagoz, propriétaire d’un café : « Il y en avait un paquet. Nous sommes sortis de nos commerces, mais la police nous a dit de ne rien faire. Mais la police elle non plus n’a rien fait, donc, comme il en venait de plus en plus, nous avons dû les chasser nous-mêmes. » Quant aux employés d’un certain kébab, ils ont couru droit sur les assaillants, couteaux à viande à la main. « Je ne crois pas qu’ils reviendront de si tôt. »

Voilà en partie un reflet des tensions de classe où, comme pendant les émeutes de Los Angeles [en 1992], se distinguent d’une part des petits-bourgeois travaillant dur, relativement pauvres, issus d’un même groupe ethnique et qui possèdent les boutiques du coin, et d’autre part la majorité, issue d’un autre groupe ethnique. S’il s’agit certes de tensions de classe, d’un point de vue anarchiste, ce n’en sont pas d’utiles, loin de là. Les batailles locales entre ouvriers pauvres et petits-bourgeois pauvres ne servent qu’à renforcer et protéger la domination de ceux qui sont les véritables riches, et mènent les travailleurs de ces groupes ethniques-là à faire cause commune avec leurs patrons.

L’enquête du Guardian établit que les travailleurs turcs et kurdes ont fait cause commune avec leurs patrons en défendant les locaux où ils travaillaient. Karagoz donne un aperçu de cette façon de penser : « Nous avons des commerces et nous y travaillons dur. En tant que parents, nous voulons que nos enfants travaillent, gagnent de l’argent et soient capables de s’acheter ce qu’ils veulent, pas de le voler. Nos jeunes savent que nous aurions honte d’eux s’ils faisaient ce genre de choses ». Cette alternative est identique à celle que proposent les Tories [le parti conservateur].

Toutefois, cette perspective n’est pas sans opposants. Des militants des communautés turques et kurdes ont fait une conférence de presse le 10 août à Green Lanes, au nom de « neuf groupes de bienfaisance différents qui soutiennent les membres des communautés turques et kurdes », pendant laquelle ils ont condamné la police et les médias dominants. Ils ont en particulier pointé l’utilisation goguenarde par la BBC d’une interview de Darcus Howe [ancien membre des Black Panthers britannique, aujourd'hui publiciste connu]. Ils ont accusé la police d’avoir cherché à susciter des troubles entre communautés turques et kurdes d’une part et « jeunes Noirs qui se soulèvent pour combattre la police » d’autre part.

La situation semble avoir été la même dans le quartier de Southall. La BBC cite Satjinder Singh, membre de la communauté Sikh : « Nous commencions à recevoir des textos nous indiquant qu’il était hautement probable que les pillards attaqueraient Southall à cause du grand nombre de bijouteries qui s’y trouvent et du fait que celles-ci soient proches du temple Sikh et d’autre lieux de culte. Les Sikhs se sont dit qu’il fallait protéger leurs lieux de culte. » Dans une interview télévisée, un membre du comité d’organisation [des groupes d'auto-défense locaux] a dit qu’ils protégeaient tout Southall et qu’ils avaient avec eux des musulmans, des chrétiens et des hindous.

Le caractère interclassiste des groupes d’auto-défense, qui unissaient les employés et les employeurs sur des bases communautaires, devrait donner à réfléchir à ceux qui, dans la gauche, ont défendu de façon acritique cette position, faisant de la surenchère pour mieux se dissocier des émeutes. De son côté, USDAW, le syndicat des employés du petit commerce, a sorti une déclaration appelant ses membres à « ne pas se mettre physiquement en danger en empêchant le vol à l’étalage, le pillage ou les attaques contre la propriété ». Mais, de même qu’avec les émeutiers, c’est une erreur de ne rechercher qu’un seul aspect, bon ou mauvais, et le confondre avec le phénomène tout entier. L’une et l’autre partie sont des produits d’une même situation économique et politique, qui contiennent des éléments sur lesquels nous pouvons faire fond, mais aussi des éléments qui doivent être combattus


conclusion:

Cet article nous sert aussi à montrer que les émeutes ne sont pas toujours une bonne chose, et de prendre conscience du danger des escouades d’auto-défense mono-ethniques. Dans le Nord [de l'Irlande], nous avons vu beaucoup d’émeutes réactionnaires et beaucoup d’escadrons de la mort se faire passer pour des groupes d’auto-défense.


http://liberationirlande.wordpress.com/
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Re: Riots in the UK

Messagepar Lambros » Lundi 29 Aoû 2011 12:43

Merci pour ces précisions Douddu !

Moi je dirais que ces émeutes, si éparpillées soient-elles, amènent à réfléchir à notre stratégie.

En Angleterre, c'est un "pays" cloisonné. Aucune lutte d'ampleur (la lutte anti-cuts, ça faisait des années qu'il n'y avait rien eu), un seul syndicat, et les rares luttes se prennent des claques énormes depuis un bon bout de temps. Et tous les 10-15 ans, des émeutes éclates. Sans cibles précises la plupart du temps, mais parfois si.

Rappelons que la Poll Tax a été retiré et a précipité la chute de Thatcher suite à des émeutes, la lutte de type syndicaliste n'ayant rien donné...
L'émancipation des chrétien-ne-s sera l'œuvre de Dieu lui même.
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Re: Riots in the UK

Messagepar Nico37 » Lundi 29 Aoû 2011 12:55

Pour ce qui est de l'auto-défense se reporter au texte de Jean-Pierre Garnier paru dans Le Monde libertaire, 21 décembre 2007...
Un intéressant bilan matériel et humain ci-dessous :

Angleterre : "A time to buy, and a time to sell" lundi 29 août 2011, par John Saint-Croix

Dix août, lendemain d’émeute. La bonne société anglaise se réveille avec la gueule de bois. Après Londres et ses banlieues, Manchester et Birmingham se sont jointes aux affrontements, embrasement généralisé. Parmi les commentateurs, rares ceux qui dévient de la ligne « ce sont des sauvageons à abattre ». Il y a pourtant beaucoup à dire sur cet été anglais. De Manchester, analyse.

L’association des assureurs britanniques vient d’évaluer les dégâts des récentes émeutes à 200 millions de livres sterling. C’est bien la seule abstraction à laquelle il soit conseillé de s’élever. Aux journalistes, aux politiciens, aux sociologues, et à tous ceux qui sont invités à discourir, ces émeutes posent un certain nombre de contradictions qu’ils ne tiennent pas à résoudre. Les médias anglais font mine de beaucoup s’interroger, sans parvenir à fournir un semblant de réponse aux centaines de questions accumulées, toutes accessoires. Une émission a même recensé les dix causes probables des émeutes, partant du principe qu’il vaut mieux dix hypothèses fallacieuses qu’une bonne raison. Ne pouvant invoquer une question purement raciale, ou religieuse ou même générationnelle [1], les analystes s’en remettent à une condamnation morale qui présente les acteurs de ces journées de la même manière que les émeutiers français des années précédentes : des casseurs, des délinquants, des incendiaires, des brutes et des lâches.
Cet « angle », répété de nombreuses fois, dès le début de la « couverture médiatique » déployée sur ces événements, est résumé en un mot, martelé dans un reportage de Mark Stone sur Sky News : « mindless », sans cerveau. Le géographe américain David Harvey a également souligné, dans un article paru immédiatement après les émeutes, la déshumanisation qui se cache derrière ces choix de langage mettant en avant l’animalité des protagonistes : « "Des adolescents sauvages et nihilistes", comme les a décrits le Daily Mail. Le mot "sauvage" m’a arrêté. Il m’a rappelé que les Communards, à Paris en 1871, étaient dépeints comme des bêtes sauvages, des hyènes, qui ne méritaient qu’une exécution sommaire (et parfois la recevaient) au nom du caractère sacré de la propriété privée, de la morale, de la religion et de la famille » [2]. Quelques jours après les « incidents », sur la façade du centre commercial Debenhams, à Londres, on appelait les honnêtes gens à dénoncer les « rats à capuche » [3].

Dans le même temps, les émeutiers sont dépeints non plus comme des brutes assoiffées de sang ou de dangereux agitateurs, mais comme d’opportunistes pillards dont la seule ambition est de dérober les biens que l’emploi de leurs talents n’a pu leur procurer. Ce qui est étonnant, c’est qu’il y a dix manières de voler bien plus efficaces (elles sont en tout cas pratiquées chaque jour à haut niveau) et beaucoup moins risquées que de se jeter sous les caméras de surveillance qui quadrillent les villes anglaises et dont la concentration n’est jamais plus forte qu’aux abords des magasins... Que les deux thèses, celle du fou sanguinaire et celle du rusé malfaiteur, paraissent contradictoires, n’est pas un problème. Pas plus qu’il n’est difficile de concilier que les émeutiers aient pu vouloir, dans le même temps, piller les marchandises et les détruire par le feu : on prêtera aux incendiaires l’avidité du voleur, et aux pillards l’inconscience homicide du pyromane. Ainsi, en alternant rapidement les « analyses », et sans jamais les confronter, l’une chassant l’autre indéfiniment, il est possible aux responsables du télécran de faire leur métier, c’est-à-dire raconter n’importe quoi et son contraire, simultanément.
Ils sont plus rares à avoir souligné l’euphorie fébrile et provocatrice qui se dégageait presque malgré eux des émeutiers, tout comme de ceux descendus dans les rues pour « défendre leur quartier » ou leur « communauté » et qui, pour beaucoup, étaient aussi excités que les premiers à l’idée de se réapproprier brièvement le contrôle du pavé.

On signale tout de même des morts ; cinq au total. Qu’on arrête les assassins. La police britannique voudra tenir sa réputation. Elle a même reçu des renforts inespérés de la population, encouragée à se constituer en milice. Les associations de commerçants, lourdement équipées en vidéosurveillance, ne se le sont pas fait dire deux fois. Comme en témoigne l’article d’Elise Vincent dans Le Monde, le système de délation s’est révélé « très efficace », selon Phil Burke, « responsable de la sécurité dans un hôtel du centre-ville » et porte-parole de Pub and Club, l’association de Manchester qui veille à ce que la ville « ait une vie nocturne sûre et vibrante ». Son acolyte, Andrew Stokes, président de l’association des commerçants du Village, le quartier gay historique de Manchester, n’est pas en reste :
« "Nous ne les laisserons pas gagner !", assure M.Stokes qui, comme une grande partie de l’opinion publique anglaise, voit dans les violences des jeunes moins l’expression d’un malaise social que l’assouvissement d’une forme "d’avidité". » « Ce qu’on veut ici, c’est ‘business as usual’ », ajoute le petit commerçant, sans sourire [4]. C’est très sérieux en effet : l’enjeu est de taille. « Nous devons montrer au monde, qui nous a observés avec horreur, que les auteurs des violences que nous avons vues dans nos rues ne sont en aucun cas représentatifs de notre pays ni de notre jeunesse », a insisté (Dave Cameron). « L’immobilier londonien, l’un des plus chers du globe, doit rester un havre pour tous les nantis de la terre. Et les touristes continueront à apporter à l’économie locale ses 102 milliards d’euros de revenus annuels. » [5] On retrouve dans le jargon des promoteurs immobiliers le même plaidoyer pour « un centre-ville vibrant ». En parcourant le catalogue du promoteur Urban Splash, qui propose des « lofts » à 200 000 livres sterling (à peu près 230 000 euros), à Albert Mills, une charmante ancienne fabrique de coton du XIXe reconvertie, on ne croise rien qui ne soit pas « an area of exciting new developpement at the edge of Manchester’s vibrant city »

De la cité industrielle en déclin à la dynamique métropole globale, la métamorphose ne s’est pas réalisée d’elle-même. Pour accueillir les plus aisés, il a fallu nettoyer le centre de la ville de tous les pauvres qui y demeuraient. Les promoteurs immobiliers se sont chargés de la besogne à partir du début des années 1980, souvent aidés financièrement par les pouvoirs publics ou l’Union européenne. La transformation subie par la ville aux mains des urbanistes, architectes et autres décorateurs a été radicale. Du patrimoine industriel, on a conservé les façades : les plus vieux entrepôts des docks, Merchant’s Warehouse, sont devenus des bureaux ; le Royal Exchange, la bourse du coton, est devenu le Royal Exchange Theater ; les immenses entrepôts de briques rouges de la Nothern Railway Company ont été transformés en un ensemble de cafés, de restaurants, de magasins et de vastes aires de stationnement ; Central Station, l’imposante gare construite en 1880 pour desservir Liverpool et fermée en 1969, se fait aujourd’hui appeler Manchester Central Convention Center. Ceux qui peuvent se le permettre quittent leur bureau pour consommer, à quelques pas de là, dans un quartier où plus personne ne vit, les marchandises qu’ils viennent de contribuer modestement à produire. Ce n’est pas sans intérêt que les autres assistent au spectacle, de plus ou moins loin. Les derniers rangs se sont remplis ces derniers temps, en Angleterre comme partout ailleurs.

Quelques-uns avaient tenté de réinvestir la ville abandonnée, lorsqu’elle était au plus mal. En 1976, les Sex Pistols étaient venus jouer au Free Trade Hall, un édifice qui accueillit les rassemblements politiques et corporatistes de la nouvelle bourgeoisie, puis des événements culturels de toute sorte. Ce soir-là, il n’y avait pas plus de quarante personnes dans la salle, mais plusieurs d’entre eux furent à l’origine de l’aventure du label Factory Records, qui édita notamment Joy Division, New Order ou les Happy Mondays, et qui ouvrit un club, l’Haçienda, en 1982, prenant au mot le Formulaire pour un urbanisme nouveau de Gilles Icvain, écrit 30 ans plus tôt : « Et toi oubliée, tes souvenirs ravagés par toutes les consternations de la mappemonde, échouée au Caves Rouges de Pali-Kao, sans musique et sans géographie, ne partant plus pour l’hacienda où les racines pensent à l’enfant et où le vin s’achève en fables de calendrier. Maintenant c’est joué. L’hacienda, tu ne la verras pas. Elle n’existe pas. Il faut construire l’hacienda. »
Comme dans tout bon épisode du Rock’n’roll, il y eut des soucis avec la drogue et l’argent. L’Haçienda ferma définitivement ses portes en 1997. Aujourd’hui, à son emplacement, des logements de standing, sous l’appellation Hacienda Appartements. La citation de Gilles Ivain est imprimée, en anglais, sur des T-Shirts que le centre d’information des touristes écoule à 25 livres sterling la pièce. Et au sommet du Free Trade Hall flotte désormais le drapeau de l’hôtel Radisson Edwardian Manchester, cinq étoiles.

« Ceux qui voudraient revivre les raves d’antan peuvent se rendre au Fac251, le club de Peter Hook, ancien bassiste de Joy Division et New Order, et Ben Kelly, le designer de l’Haçienda. Fac 251 a ouvert en février 2011 dans les anciens locaux de Factory Records. [...] Conçu pour mettre en valeur la fonctionnalité froide que le nom suggère, Fac251 consiste en trois étages de parpaings de béton, de lumières saccadées et de machines à fumée. Un portrait de Tony Wilson, l’un des fondateurs de Factory Records et de l’Haçienda, se trouve au-dessus de l’entrée. Avec des sets rétro par les DJs locaux Mr.Hook et Mr. Haslam, le club fait recette sur le nom et le son des grandes heures de Madchester, mais il tente aussi d’en rendre l’intégralité de l’expérience sensorielle. Bien sur, on ne note pas sans ironie qu’un club né de l’insatisfaction de la classe ouvrière et de son opposition fondatrice au disco de masse, fasse aujourd’hui l’objet d’un repackaging commercial. » [6] Là, comme dans les nombreux clubs qui refusent la nostalgie et où l’on peut goûter raggaclash, ghetto house, wonky-hop, post-dubstep, fidget house, chillwave ou encore electro-boogie, la scène est « vibrante ».
« Ailleurs se retrouvent d’autres beautés fragmentaires, et de plus en plus lointaine la terre des synthèses promises. Chacun hésite entre le passé vivant dans l’affectif et l’avenir mort dès à présent. Nous ne prolongerons pas les civilisations mécaniques et l’architecture froide qui mènent à fin de course aux loisirs ennuyés. » [7]

Le long des berges réaménagées, les immeubles ont jailli. Les murs de la ville entière sont couverts du programme des travaux à venir, de l’offre de bureaux et d’appartements de choix, sous le contrôle étroit de la fameuse CCTV, closed circuit television, qui s’affiche fièrement au front de chaque immeuble qui en vaut la peine. Les caméras ont colonisé jusqu’aux saules pleureurs qui bordent les canaux de l’ancien port industriel, où l’on peut désormais s’arrêter pour prendre un verre coûtant le prix d’un dîner.
Un peu plus loin, à Salford - où les troubles furent violents -, les signes de ce changement sont également visibles. Cette banlieue attenante à Manchester comprend les anciens docks de la ville, fermés en 1982 et devenus quelques années plus tard l’objet d’un des plus vastes plans de réaménagement du Royaume-Uni. Élégamment rebaptisé Salford Quays, l’endroit abrite maintenant son centre commercial géant, un port de plaisance, et des monuments d’artiste à la mémoire de l’activité industrielle. Architecturalement, par un jour de soleil, ça ressemble à Doha. Sous la pluie, ça ressemble à Doha si jamais il y pleuvait.
Où sont donc passés les gens de Manchester ? Peut-être à Old Trafford, le stade de football tout proche, qui héberge Manchester United. Vendredi 5 août, on y célèbre Paul Scholes, un enfant de Salford, qui aura porté dix-sept années durant le maillot écarlate des Red Devils, avec un succès qui sera difficile à égaler. Peut-être y en a-t-il quelques-uns dans les virages, là où le prix des places descend sous les 30 livres. Les clubs anglais ont depuis longtemps résolu le problème du hooliganisme en augmentant les tarifs. Manchester United, l’un des clubs les plus titrés - et les plus riches - de l’histoire de la discipline, n’a pas de problème pour garnir ses tribunes. Mais combien sont-ils - de ces gens de Manchester - parmi la file d’attente qui s’étend au pied de la statue de Matt Busby [8], à l’entrée de la boutique officielle, le ‘Old Trafford Megastore’ ?
Mercredi 11 août, alors que la fumée se dissipait au-dessus de Londres, Manchester, Birmingham et de quelques autres villes du Royaume-Uni, on fêtait aussi le 46e anniversaire des émeutes de Watts, qui ne sont pas sans porter quelques similitudes avec les événements récents [9]. Le fait que les rangs des émeutiers britanniques de 2011 aient été composés avec beaucoup plus de « diversité » que ceux des Américains de 1965 montre seulement que la colère et l’amertume se sont étendues et ne sont plus le privilège de l’origine.

Vient à l’esprit le texte que Guy Debord avait écrit à ce sujet :
« La révolte de Los Angeles est une révolte contre la marchandise, contre le monde de la marchandise et du travailleur-consommateur hiérarchiquement soumis aux mesures de la marchandise. Les Noirs de LA, comme les bandes de jeunes délinquants de tous les pays avancés, mais plus radicalement parce qu’à l’échelle d’une classe globalement sans avenir, d’une partie du prolétariat qui ne peut pas croire à des chances notables de promotion et d’intégration, prennent au mot la propagande du capitalisme moderne, sa publicité de l’abondance. Ils veulent tout de suite les objets montrés et abstraitement disponibles, parce qu’ils veulent en faire usage. De ce fait, ils en récusent la valeur d’échange, la réalité marchande qui en est le moule, la motivation et la fin dernière, et qui a tout sélectionné. Par le vol et le cadeau, ils retrouvent un usage qui, aussitôt, dément la rationalité oppressive de la marchandise, qui fait apparaître ses relations et sa fabrication mêmes comme arbitraires et non-nécessaires.
(...)
La société de l’abondance trouve sa réponse naturelle dans le pillage, mais elle n’était aucunement abondance naturelle et humaine, elle était abondance de marchandises. Et le pillage, qui fait instantanément s’effondrer la marchandise en tant que telle, montre aussi l’ultima ratio de la marchandise : la force, la police et les autres détachements spécialisés qui possèdent dans l’État le monopole de la violence armée. Qu’est-ce qu’un policier ? C’est le serviteur actif de la marchandise, c’est l’homme totalement soumis à la marchandise, par l’action duquel tel produit du travail humain reste une marchandise dont la volonté magique est d’être payée, et non vulgairement un frigidaire ou un fusil, chose aveugle, passive, insensible, qui est soumise au premier venu qui en fera usage. Derrière l’indignité qu’il y a à dépendre du policier, les Noirs rejettent l’indignité qu’il y a à dépendre des marchandises. La jeunesse sans avenir marchand de Watts a choisi une autre qualité du présent, et la vérité de ce présent fut irrécusable au point d’entraîner toute la population, les femmes, les enfants et jusqu’aux sociologues présents sur ce terrain. Une jeune sociologue noire de ce quartier, Bobbi Hollon déclarait en octobre au Herald Tribune : "Les gens avaient honte, avant, de dire qu’ils venaient de Watts. Ils le marmonnaient. Maintenant ils le disent avec orgueil. Des garçons qui portaient toujours leurs chemises ouvertes jusqu’à la taille et qui vous auraient découpé en rondelles en une demi-seconde ont rappliqué ici chaque matin à sept heures. Ils organisaient la distribution de la nourriture. Bien sûr, il ne faut pas se faire d’illusion, ils l’avaient pillée... Tout ce bla-bla chrétien a été utilisé contre les Noirs pendant trop longtemps. Ces gens-là pourraient piller pendant dix ans et ne pas récupérer la moitié de l’argent qu’on leur a volé dans ces magasins pendant toutes ces années..." »

Citer Debord est toujours une faute de goût. Cela ne fait pas très sérieux, d’autant que l’intéressé n’a pas le moindre diplôme universitaire. On peut donc, depuis qu’il est mort et que l’on ne craint plus une riposte, s’en donner à cœur joie. La récupération, dans ce cas précis, consiste à le faire passer pour un aimable bouffon ou un joyeux déconneur. Il ne faut pas prendre tout ça au pied de la lettre, Debord a beaucoup exagéré... Parce qu’on a pas pu l’attaquer sur le plan de la logique, on a décidé que ses positions ne pouvaient être soutenues sur un ton sérieux.
L’État français est bien prêt à préempter ses archives pour éviter qu’une grande université américaine ne mette la main sur ce ‘patrimoine’, mais de là à lui reconnaître un quelconque caractère de vérité, il y a un pas. Ceux-là même qui ont consacré ses papiers ‘trésor national’ ne le franchiront pas, trop préoccupés de récupérer l’œuvre pour s’en servir, s’il se trouvait qu’ils en eussent jamais eu les moyens [10]. Ce n’est pas par dévotion que je cite ce texte désormais vieux d’un demi-siècle. En d’autres circonstances, on pourrait laisser à d’autres le soin de regarder la suite. Mais, dans le moment où nous sommes, il m’a semblé que personne ne le ferait.

C’est pourtant la marchandise que l’on trouve au cœur des actions apparemment désorganisées des émeutiers de Manchester et d’ailleurs. Les dépossédés ont décidé de se faire voir brutalement, au centre même de la ville, dans les quartiers qui leur sont interdits, non par décret - nous sommes en démocratie ! - mais de fait : si vous n’avez rien à acheter, circulez. Derrière la rage des incendiaires et des casseurs, derrière l’ « avidité » des pillards, le dénominateur commun, c’est la cible : la marchandise, le « bien de consommation », dont le nom suggère déjà les qualités éthiques dont il est paré. En lançant une brique dans la devanture d’un magasin désert, c’est l’idole que l’on attaque.
Il aura fallu 140 ans pour établir le magasin de meubles House Of Reeves, mais seulement quelques minutes pour le détruire. Le 9 août, au matin, après que les incendiaires ont laissé ce symbole de Croydon en ruines, son propriétaire présentait un visage digne aux journalistes : « Le magasin était là depuis 1867, il avait survécu à deux guerres, une dépression. Et pourtant, il semble que la communauté l’a détruit par les flammes » [11].
Alors que tout le monde pleurait, avec moins de dignité que son propriétaire, la perte de ce monument historique de la distribution, personne ne s’est demandé si ce n’était pas la raison même pour laquelle certains des émeutiers les plus résolus en avaient fait leur cible, spontanément.


On s’accorde pour l’instant à dire qu’il est tout à fait impossible à de si faibles esprits, qui se traduisent dans une langue de plus en plus inaccessible, de concevoir un projet si profond. Leur incapacité à fournir les motifs de leur colère ou le détail de leurs requêtes constitue du reste la meilleure preuve de leurs sombres motivations. Si ces malheureux avaient pu articuler trois mots sur leur malaise social et leur mal à l’Angleterre, alors peut-être aurait-on pu repérer un leader, et discuter avec lui. S’ils s’avançaient groupés, comme un seul manifestant derrière sa banderole, on pourrait appliquer la même vielle méthode : « Confinement dans un espace restreint, déploiement d’experts de la surveillance sur les toits, infiltration par des policiers en civil et contrôle des stations de métro et des gares », comme le rappelle Le Monde (12 août), qui ajoute que « la collecte de renseignements sur les leaders et leurs actions joue un rôle-clé dans ce processus : hélas !, les pires émeutes depuis des années n’étaient pas organisées » [12].

En dédaignant la manifestation organisée pacifique, les émeutiers proclament sa défaite, de la même manière qu’ils n’ont pas adopté de slogan. S’il y avait eu un slogan, il aurait été récupéré par l’extrême-gauche, qui les a tous brevetés. C’est le rôle de l’extrême-gauche que d’empêcher les débordements. Quiconque déborde la manifestation syndicale unitaire par la gauche commet une lourde faute technique, immédiatement sanctionnée. Il est toujours préférable de rester dans le rang et de goûter la parole des révolutionnaires professionnels, forts d’une expérience du combat si longue qu’on en vient à se demander s’ils ont jamais souhaité une victoire. La seule chose que quelques-uns avouent désirer encore, c’est un retour au bon vieux temps de l’État-providence, du keynesianisme glorieux, au cours duquel les aspirations du peuple profitèrent de leur brève coïncidence avec les intérêts de l’État. Incapable de voir que ce n’est pas la répartition de la valeur qui pose problème mais bien le principe qui a présidé à sa création et qui régit son développement, la vieille extrême-gauche gauche, après avoir promis longtemps que les lendemains chanteraient, réclame aujourd’hui le retour des jours meilleurs, sur des airs d’antan. Elle n’a pas encore compris qu’ « on ne s’évadait pas du temps », et qu’elle était condamnée à revoir, à chaque manifestation, à chaque inutile cortège rigoureusement encadré et chaque fois un peu plus mince, « l’instant de sa propre mort », c’est-à-dire celui où elle a commencé à marchander [13].

Avec l’assentiment des contestataires identifiés, on peut en conclure que cette horde immorale de lumpenprolétaires analphabètes n’a pas la classe des bandits de grand chemin d’autrefois. Il est plus simple de mettre tout cela sur le compte d’un coup de chaud passager, d’un climat économique temporairement dégradé, d’un égarement momentané de la conscience. On trouvera des excuses à quelques-uns de ceux qui s’excuseront bien bas et on condamnera lourdement le reste [14]. Il faudra s’employer à ce que rien de fondamental ne soit changé, mais il y a heureusement beaucoup de gens formés à cela.
On pourrait aussi s’étonner de ce que ces jeunes enragés détruisent et brûlent ce qui pourrait leur permettre de « s’en sortir ». À Arndale cette fois, l’immense centre commercial du centre-ville de Manchester, on pouvait contempler à la veille des émeutes, derrière la vitrine d’un magasin Shakeway, un individu dont l’emploi consistait à se dandiner joyeusement d’un pied sur l’autre, intégralement recouvert d’un costume de milkshake à taille humaine. C’est l’emploi qu’on avait trouvé aux qualités de cet homme (cette femme ?). Il est douteux que le salaire dont on le récompensait lui permît d’habiter le cœur vibrant de la ville ; seulement d’y venir aux heures ouvrables se transformer, au sens propre comme au sens figuré, en marchandise. Deux jours plus tard, quelques mètres plus loin, quelqu’un incendiait un magasin de vêtements.


Fondée au XVe siècle, la cathédrale de Manchester fut rattrapée au milieu du XIXe siècle par la croissance exubérante de l’agglomération et se trouve aujourd’hui dans le centre-ville. Dans une de ses ailes, pour instruire le visiteur, quelques panneaux évoquent le long processus qui aboutit à la traduction en anglais des Écritures, la King James Bible ; les luttes qui amenèrent les autorités religieuses à se saisir de ce projet a priori hérétique plutôt que de courir le risque d’en laisser d’autres, plus audacieux, commettre un péché d’interprétation. Le texte note que si le Roi se contenta en 1610 d’agréer le résultat sans le commenter, l’influence de l’ouvrage se diffusa largement dans la littérature et la culture anglo-saxonnes. Et rappelle, en conclusion, les mots de l’Ecclésiaste : To every thing there is a season :

« Il y a un moment pour tout et un temps pour toute chose sous le ciel.
Un temps pour enfanter, et un temps pour mourir ;
un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant ;
un temps pour tuer, et un temps pour guérir ;
un temps pour détruire, et un temps pour bâtir... » [15]

Un peu plus loin, sur Exchange Street, le magasin French Connection placarde sur sa façade de grandes photos de ses produits : une jupe, un manteau, un costume. En légende, ce sont les vêtements qui parlent, et pas ceux qui les portent, dont on distingue assez mal le visage : « I am the skirt », minaude la jupe. « I am the suit », assène le costume ; « I am the coat » ; « I am the blouse »... Est-ce l’homme ou la marchandise qui parle ? S’est-elle incarnée en lui ou bien s’est-il confondu avec elle ? Et comment nommer ce phénomène consistant à faire entendre la voix d’une autre entité, a fortiori inhumaine ? On pourrait parler sans doute de réification, mais dans le cas présent, c’est le langage religieux qui semble le plus approprié : on dirait que l’individu est possédé.
La marchandise et le capital écrivent chaque jour leur évangile sur les murs des centre-villes, de New York à Sao Paulo, de Paris à Manchester, et il n’a qu’une seule ligne : Il y a un temps pour acheter et il y a un temps pour vendre.
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Re: Riots in the UK

Messagepar douddu » Lundi 29 Aoû 2011 16:12

En dédaignant la manifestation organisée pacifique, les émeutiers proclament sa défaite, de la même manière qu’ils n’ont pas adopté de slogan. S’il y avait eu un slogan, il aurait été récupéré par l’extrême-gauche, qui les a tous brevetés. C’est le rôle de l’extrême-gauche que d’empêcher les débordements. Quiconque déborde la manifestation syndicale unitaire par la gauche commet une lourde faute technique, immédiatement sanctionnée. Il est toujours préférable de rester dans le rang et de goûter la parole des révolutionnaires professionnels, forts d’une expérience du combat si longue qu’on en vient à se demander s’ils ont jamais souhaité une victoire. La seule chose que quelques-uns avouent désirer encore, c’est un retour au bon vieux temps de l’État-providence, du keynesianisme glorieux, au cours duquel les aspirations du peuple profitèrent de leur brève coïncidence avec les intérêts de l’État. Incapable de voir que ce n’est pas la répartition de la valeur qui pose problème mais bien le principe qui a présidé à sa création et qui régit son développement, la vieille extrême-gauche gauche, après avoir promis longtemps que les lendemains chanteraient, réclame aujourd’hui le retour des jours meilleurs, sur des airs d’antan. Elle n’a pas encore compris qu’ « on ne s’évadait pas du temps », et qu’elle était condamnée à revoir, à chaque manifestation, à chaque inutile cortège rigoureusement encadré et chaque fois un peu plus mince, « l’instant de sa propre mort », c’est-à-dire celui où elle a commencé à marchander [13].


La bonne blague que voilà ! Comme si entre "la manifestation organisée pacifique "et le pillage incendiaire il n'y avait pas d'autres solutions qui historiquement ont été celles des masses revolutionaires .

Quand les copains britanniques se posent des questions sur les pillages et leurs conséquences , et quelques fois appportent des réponses maladroites , ce genre de texte lui reste dans un savant brouillard , tout en suggestions tamisées au passé du subjonctif

(
Quiconque déborde la manifestation syndicale unitaire par la gauche commet une lourde faute technique, immédiatement sanctionnée

: Mais quel rapport avec les émeutes de londres ? uniquement une projection de fantasmes monomaniaques .
( "mon cher que penseriez vous d'écrire un texte codé tout en rebellitude , un de plus , sur les émeutes de Londres ? " )

Ici on est pas rue d'Ulm et les questions se posent au présent et de façon claire : Que penser d'actes qui sont le produit de la merde ideologique que le capitalisme a engendré ? faut il les empecher et comment ?

Ah oui la colére est légitime , ça je crois que la CNT- AIT a su l'écrire et n'a pas eu besoin de citer Debord pour cela , mais aprés ?
Il y a l'étape suivante et là ....Nous , ici, anarchosyndicalistes , nous sommes là pour refléchir a des solutions collectives et a long terme , dans le cadre de nos finalitées , et nous n'avons pas a encourager l'inverse .
douddu
 


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