ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

La lutte est globale... Solidarité a-nationale !

Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar AnarSonore » Lundi 31 Jan 2011 21:44

Un message en provenance de Tunisie qui circule:

Les staliniens tunisiens veulent le pouvoir

L’histoire se répète Les staliniens dans tout le monde sont les champions de l’usurpation des luttes populaires. En Tunisie et après la chute de l’empire soviétique et l’entrée de la chine dans l’ère du capitalisme sauvage et barbare sous la direction du parti communiste, les fractions staliniens et stalino-nationalistes se sont divisées en de multiples fractions et petits groupes. Ils sont restés sur des positions rappelant celles des années 80 du siècle dernier et n’ont pas saisi le fait que le marxisme-léninisme est en faillite totale.
Revenons à l’histoire de la Tunisie et disons qu’elle a été marquée, depuis la lutte pour l’indépendance nationale, par l’importance du rôle de l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens qui était plutôt une organisation politique puisqu’elle a été un des piliers du mouvement de libération nationale à côté de la petite bourgeoise représentée pal le parti du Destour. C’est cette organisation syndicale qui a élaboré le programme économique des années 1960 du siècle dernier qui a consisté en la collectivisation des activités économiques et ce dans le but d’intégrer des secteurs comme l’agriculture et le petit commerce dans l’économie capitaliste et extorquer les profits émanant du secteur agricole au profit de l’industrie. Ben salah, l’ancien secrétaire de l’UGTT était devenu ministre du plan, de l’économie et de l’éducation. Pendant cette période les syndicats furent remplacés par les cellules destouriennes professionnelles. Signalons que cette collectivisation fut soutenue directement par la banque mondiale et l’occident capitaliste en général et donc n’avait rien de « socialiste ». Suite à la résistance de la population qui a vu ses conditions de vie se détériorer le pouvoir fut obligé à mettre fin à cette expérience qui a conduit à la paupérisation de la majorité des citoyens alors que les grands propriétaires terriens et les grands commerçant ont su profiter de la situation en achetant les biens et les terres des familles ruinées.
Puis commença la période de Nouira qui fut marquée par la libéralisation de l’économie et une nouvelle couche de nouveaux richards a vu le jour. L’UGTT est revenue à la scène politique sous la direction de Habib Achour qui était évincée de la direction pendant la période de collectivisation et celui-ci a appuyé avec force les nouveaux choix politiques et économiques du nouveau gouvernement. Cette période fut marquée par des grèves ouvrières à majorité sauvages et la montée des revendications syndicales. Le président Bourguiba est devenu vieux et trop malade et des luttes intestines marquaient la vie politique pour son héritage. L’UGTT à sa tête Habib Achour est entré en jeu. Vers la fin de l’année 1977 un soulèvement populaire se déclenche à la ville de Ksar Helal (la fille où fut né le Parti destourien au pouvoir) et l’UGTT l’a méconnu voire même dénigré et la direction affirmait en première page du journal Echaab de l’UGTT : « Nous sommes contre la violence d’où qu’elle vienne ». Mais juste après plus d’un mois cette même UGTT décrète la grève générale pour protester contre la dégradation de la vie des travailleurs (alors que Habib Achour déclarait juste avant un an que les augmentations de salaire décidées par le premier ministre Nouira représentent un événement exceptionnel et exemplaire). Après les émeutes du 26 janvier 1978 toute la direction syndicale fut emprisonnée et un climat de terreur régnait dans le pays Pendant cette période un groupe staliniens s’est déclaré l’héritier de l’UGTT en l’absence de sa direction et a crée des « comités d’initiatives » qui furent un piège pour les syndicalistes. Mais très vite ses dirigeants furent arrêtés.
Après le coup d’Etat de Ben Ali l’UGTT a joué un rôle fondamental dans l’instauration de la dictature soutenant tout d’abord la « charte nationale » (qui fut signée aussi par des groupes staliniens). Les staliniens ont compris que l’UGTT est un tremplin pour accéder au pouvoir. Après une période d’apaisement relatif sur le plan politique et qui a duré environ 2 ans Ben Ali instaure une dictature policière Les islamistes furent emprisonnés après la découverte des cellules islamistes dans la police et le militaire.
A ce moment la seule voie d’expression légale dans le pays fut l’UGTT. Ces dernières années furent marqués par la montée des mouvements sociaux et la direction de l’UGTT a toujours trahi les ouvriers particulièrement le soulèvement de la région minière de Gafsa.
La même direction a refusé de soutenir le dernier soulèvement qui a abouti à l’éviction du dictateur Ben Ali et elle n’a cessé de répéter ce qu’elle a exprimé lors du soulèvement de la ville de Kasr Hlal : « Nous sommes contre toute violence d’où qu’elle vienne ». Mais au fur et à mesure que le mouvement se radicalise et se généralise la position de la direction syndicale a penché vers le soutien de peur d’être isolée. La direction syndicale a pris ces derniers jours des positions radicales refusant même la composition du premier gouvernement provisoire.
Des groupes staliniens et nationalistes (avec la participation des intégristes sachant que le porte parole du mouvement Nahdha était présent à la première réunion) se sont rassemblés au siège de l’UGTT et sous sa direction et ont formé le « Front du 14 Janvier ». Le programme de ce front dépasse de loin les exigences de la population et on peut dire que c’est un programme d’une révolution. Il a appelé à la constitution d’un gouvernement populaire qui instaura une économie qui coupe court avec le libéralisme et nationalise les grandes entreprises ….. Bref un programme stratégique qui nous rappelle le programme bolchevique qui consiste à la main mise d’une bureaucratie étatique sur l’économie. Ils ont constitué un comité pour la consolidation de la révolution et la réalisation des « objectifs de la révolution jusqu’à la victoire finale » Ils proposent d’organiser un congrès rassemblant toutes les composantes politiques (staliniens, trotskistes, nationalistes arabes, baasistes,……) et l’élection d’un représentant (en respectant le poids de chaque groupe !!!) qui s’adresse au président actuel de la République et ce en vue de dissoudre le gouvernement actuel et le remplacer par un autre issu de la société civile (comprendre les partis politiques) et qui sera admis secondairement par le peuple et qui se chargera de rédiger une nouvelle constitution répondant aux exigences du programme du front du 14 janvier. Signalons que la direction de l’UGTT qui soutenait sans réserve la dictature de Ben Ali a accepté de devenir le cadre de ce rassemblement et a fourni ses locaux à ses réunions. Certains ont même appelé à la création d’un gouvernement provisoire dont le siège ne sera pas à la capitale (mais à Sidi Bouzid d’où est déclenché le soulèvement).
Les staliniens surestiment leur poids et croient que l’occasion est propice pour l’usurpation du pouvoir en lançant t le mot d’ordre : « continuons le lutte jusqu’à la victoire finale » Mais victoire de qui ? du peuple ? des groupes politiques ?
Par ailleurs des figures bien connues de ces groupes staliniens n’ont cessé de se montrer dans les chaînes de télévision privée (Berlusconi participe au capital d’une de ces chaînes et des doutes planent sur le financement de le deuxième).
Nous pensons que le front du 14 janvier va s’effriter et déjà des luttes intestines ont vu le jour entre d’une part les différentes groupes staliniennes et entre celles-ci et les autres composantes de front de 14 janvier.
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AnarSonore
 
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar j » Mercredi 02 Fév 2011 19:58

A propos de la révolution de 1917 évoquée dans une des interventions précédentes, je crois que ce n'était pas un événement « russe », spécifique, mais le sommet d'une vague révolutionnaire internationale, dont un des pics était le soulèvemement à Berlin en 1919. Partout, l'agitation était mondiale et l'objectif était bien le renversement du capitalisme : avec le surgissement de conseils ouvriers (pas seulement en Russie...). Certes, ce fut un échec ! Mais, ce n'est pas parce qu'une révolution échoue que cela change sa nature. En Tunisie, au contraire, comme en Algérie ou en Egypte … on voit d'emblée que s'il s'agit bien d'une riposte authentique de la classe exploitée, celle-ci n'a pas la dimension consciente d'un processus de vague révolutionnaire. On en est loin. Cela ne retire rien au courage ni à la signification prolétarienne de ces mouvements de classe. Ceci étant, on voit d'emblée les limites liées à la mystification démocratique, et au poids du nationalisme. Nous sommes donc loin d'une situation de double pouvoir a l'échelle mondiale, dominée par des conseils ouvriers ! Dire que la « révolution » débute, je ne le crois donc pas, et encore moins dans un pays ou groupe de pays. Enfin, dire que le prolétarait le plus expérimenté des pays développés a la responsabilité de développer le combat pour donner une perspective et être solidaire, je ne vois pas en quoi ce serait un « appel a la soumission pour 90% de la population » (ou même de l'européocentrisme : acr encore une fois le prolétariat doit être uni mondialement dans un même combat). Il me semble qu'il faut appuyer et pousser à défendre la lutte internationale. Ce n'est pas parce qu'on dit a une partie de rejoindre la lutte qu'on dit automatiquement aux autres de se soumettre ! Enfin, comme c'est évoqué dans une autre intervention, il est vrai que les staliniens sont des "usurpateurs" et doivent être dénoncés comme contre-révolutionnaires.
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar zebulon » Mercredi 02 Fév 2011 21:09

j a écrit:celle-ci n'a pas la dimension consciente d'un processus de vague révolutionnaire


:?:

Faut ouvrir mieux les yeux alors !
Faut arrêter de prendre les gens pour des cons, seulement parce qu'il ne sont pas initiés à telle ou telle autre doctrine. Les gens qui se battent là-bas sont beaucoup plus conscients que tu ne l'évalues et ne "l'observes" ?!!
Quel ton méprisant !

Honneur aux gens qui là-bas CONSCIENTS des risques qu'ils encourent n'hésitent plus à se battre pour se libérer, car trop CONSCIENTS de leur condition !

Pas conscients, pas conscient... Mais quel dédain !

Faut corriger ses tables à calcul "J" là, car y'a un truc qui va pas !...
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar NOSOTROS » Mercredi 02 Fév 2011 23:08

J je crois qu'on a compris ton message : le point culminant de l'histoire de l'humanité c'est la révolution bolchévique de 17 en russie. Depuis plus rien ne sera plus jamais possible, il ne sera jamais possible de faire mieux que cette expérience indépassable (qui a pourtant été un échec effroyable). C'est une façon comme une autre de justifier son inaction. Je te propose donc d'en rester là et de ne plus participer à ce forum car nous restons d'indécrotables idéalistes convaincus qu'un autre futur est possible et qu'il reste à inventer et que toutes les expériences, que ce soit les émeutes de 2005 ou la soulèvement actuel dans le monde arabe sont bonnes à prendre.
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar douddu » Mercredi 02 Fév 2011 23:56

Toulouse le 10 février 2011 , 20h30



Toulouse le 10 février 2011 , 20h30
salle Duranti , rue lieutenant colonel Pélissier



Points de vue sur les révolutions en Tunisie, Egypte...

Les événements survenant a l'heure actuelle dans cette région du globe remettent en question de fond en comble tout un cadre idéologique posé par les élites au service du capitalisme , ils démontrent en effet l'imbécilité des théses concernant la "fin de l'histoire ", le" choc des civilisations " ou bien encore celles dénonçairnt le " mythe du grand soir" .
Derriére ces concepts véhiculés depuis des décennies dans tout le pamorama politique et syndical se masquait la volonté de diviser les gens , les pousser a se résigner et a se soumettre .

Avec l'irruption éclatante du Peuple comme acteur de sa propre destinée s'ouvre pour le monde entier une ére nouvelle . Ce n'est que le
début du commencement et dores et déjà nous devons en discuter partout pour y réflechir et participer a l'élaboration d'un monde basé sur les valeurs universelles que sont la liberté et la justice sociale


CNT-AIT Toulouse
.
douddu
 

Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar NOSOTROS » Jeudi 03 Fév 2011 15:51

En 1999, l'amiral Fulvio Martini, ancien chef du service secret militaire (SISMI) a
dit à la Commission du Parlement italien : « En 1985-1987, nous avons organisé une
sorte de coup d'État en Tunisie pour mettre le Président Ben Ali à la tête de État,
en remplacement de Bourguiba (opposant de première ordre dans la lutte pour
l'indépendance du colonialisme français, NDLR). Martini, également, dans son livre
Nom de code: Ulysse, a souligné que les directives venaient de Craxi et Andreotti,
alors respectivement Président et Ministre des Affaires étrangères. Ensuite,
l'adversaire du régime dictatorial de Ben Ali, Taoufik Ben Brik a dénoncé les
dirigeants Italiens qui ont renforcé le régime « en remplissant ses coffres et en
armant son bras contre le peuple. » Ce n'est pas un hasard si le fugitif Craxi,
s'est réfugié en Tunisie, où il a été respecté, protégé et enterré, pour échapper
aux condamnations de la loi italienne.

L'insurrection et la lutte en cours en Tunisie nous appartiennent, nous la
ressentons comme le nôtre, soit parce qu'ils sont contre un régime dictatorial,
arrogant, corrompu et parce qu'ils sont nés pour gagner pas seulement amélioration
des conditions de vie, mais aussi pour la liberté d'expression et d'organisation.
Nous les soutenons comme une expression de revendications populaires, au-delà d'une
logique de compatibilité géopolitique.

Autant à droite qu'à gauche, on parle du risque d'anarchie, et les classes
dirigeantes tunisiennes, avec leurs protecteurs européens, essaient de plier et
d'enfermer la protestation populaire dans le processus électoral, pour désarmer la
volonté de lutte des masses. Un gouvernement fantoche, contrôlé par des amis et des
collègues de Ben Ali pour s'assurer la continuité du système d'exploitation et
d'oppression a été construit. Au moment où le ministre Frattini parle de « stabilité
» de la zone (où la « stabilité » signifie « ordre et discipline »), il est
important de se prononcer, de manifester en faveur de la tentative
d'auto-émancipation populaire et de soutenir avec vigueur la protestation et
l'insurrection en cours, qui est en train de se mesurer à l'armée et aux bandes
armées fidèles à l'ancien président, qui a fui avec plus d'une tonne de lingots
d'or.

La lutte insurrectionnelle tunisienne ouvre la voie à d'autres luttes en Algérie,
Maroc et Égypte, déclenchée par les effets désastreux de la crise sociale. À partir
de cette partie de la Méditerranée, on doit se mobiliser pour faire que ces luttes
et émeutes ne soient pas interrompues par de nouvelles dictatures, préparé et
soutenu par les gouvernements européens, coupant toute forme possible de
paternalisme et de racisme qui vont séparer et opposer ceux qui ont des intérêts
communs avec tous les travailleurs et avec chaque être humain : la dignité, la
liberté, la justice sociale.


Commission des relations Internationales de la Fédération anarchiste italienne (FAI)
Capitalismo delenda est
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar CLN » Jeudi 03 Fév 2011 17:37

ça n'a pas trainé
CLN
-----------
Mohamed Ghannouchi demande aux Tunisiens de reprendre le travail
jeudi 3 février 2011 08h

TUNIS (Reuters) - Le Premier ministre tunisien Mohamed Ghannouchi a appelé mercredi ses concitoyens à reprendre le travail afin d'éviter un effondrement de l'économie du pays.La Tunisie a connu deux changements de gouvernement depuis que le président Zine Ben Ali s'est enfui sous la pression des manifestations de la rue le 14 janvier.
La contestation avait largement paralysé l'économie du pays et le départ de Ben Ali a incité les Tunisiens à recourir à la grève pour exiger de meilleures conditions de salaire et de travail.
"Le gouvernement vous demande de préserver son indépendance en reprenant le travail, sinon le pays risque de s'effondrer", a déclaré Ghannouchi sur la chaîne privée Hannibal TV.
"La situation sécuritaire se normalise. Nous avons passé la crise des derniers jours et je vous exhorte à reprendre le travail et à reporter vos revendications pour faire face aux défis", a-t-il ajouté.
Des groupes de jeunes pillards s'en prenant à des bâtiments gouvernementaux et à des écoles et provoquant des dégâts dans les rues continuaient de faire peur aux Tunisiens au cours des derniers jours.
La situation a été compliquée par une grève de deux jours dans les rangs de la police mais les forces de l'ordre ont repris le travail mercredi.
Le calme est apparemment revenu dans le capitale. Les boutiques et les cafés ont rouvert et les petites rues de la vieille ville ont retrouvé leur animation après plusieurs semaines de fermeture
CLN
 

Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar SOLIDARITE » Jeudi 03 Fév 2011 22:51

en effet ...

Comme le disait un compagnon, plus il y a d'assemblées, moins les gens travailllent et plus ils réflechissent. C'est là que se trouve la véritable opposition au travail, et il n'est donc pas étonnant que le gouvernement veuille y mettre fin.

Article intéressant d'un site web très intéressant en général :

TUNISIE : Le mouvement tunisien est politique et social (entretien à 2 voix de camarades militants)

http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article435

Entretien à deux voix de cama­ra­des mili­tants tuni­siens.

Propos recueillis le 26 jan­vier 2011 par le Collectif Lieux Communs.

Le monde entier vient d’assis­ter au pre­mier ren­ver­se­ment, qu’on ne croyait plus pos­si­ble, d’un régime arabe cari­ca­tu­ra­le­ment auto­cra­ti­que et cor­rompu. Malgré le méc­ont­en­tement latent et des soulè­vements ponc­tuels de ces der­nières années, l’insur­rec­tion a sur­pris tout le monde, y com­pris les gens les plus au contact des réalités socia­les. Pourquoi ? Et com­ment qua­li­fie­riez-vous ces évé­nements ?

- L’insur­rec­tion a été imprévue par tout le monde, pra­ti­que­ment, même si elle n’est pas une sur­prise pour beau­coup, dont nous.

- Pour caracté­riser exac­te­ment ce qui s’est passé, nous disons qu’il s’agit d’un soulè­vement popu­laire : ce n’est pas une révo­lution dans le sens tra­di­tion­nel c’est -à-dire strict et plein du terme. Ce qui s’est passé est com­pa­ra­ble aux inti­fa­das, aux soulè­vements, aux rév­oltes qui se sont déroulées dans les ter­ri­toi­res occupés dans les années 90 du siècle passé. C’est donc un mou­ve­ment popu­laire qui vise la démoc­ratie, les libertés fon­da­men­ta­les et la satis­fac­tion de reven­di­ca­tions socia­les : les dimen­sions poli­ti­ques et socia­les sont imbri­quées, enchevêtrées.

On peut dire que la situa­tion était mûre pour ce sou­bre­saut, ce soulè­vement, sur­tout depuis les évé­nements de la région des mines de phos­phate en 2008, autour de Gafsa. Les ingrédients étaient donc déjà en place et le jeune de Sidi Bouzid qui s’est immolé le 17 déc­embre, c’est l’étinc­elle qui a mis le feu à l’ensem­ble de la situa­tion. Nous pen­sons que c’est ainsi qu’on doit caracté­riser ce qui s’est passé. Ce n’est donc pas une révo­lution dans le sens d’un mou­ve­ment poli­ti­que qui permet à une force sociale par­ti­cu­lière, une classe sociale à une ou plu­sieurs for­ma­tions poli­ti­que de pren­dre le pou­voir. Ça c’est une inter­pré­tation qu’il faut éviter abso­lu­ment et qui déli­mite bien le cadre général de l’ana­lyse.

Ce soulè­vement était essen­tiel­le­ment dirigé contre une dic­ta­ture per­son­ni­fiée et cons­ti­tuait une mobi­li­sa­tion essen­tiel­le­ment anti-auto­ri­taire. La fuite de Ben Ali le 14 jan­vier ne règle évid­emment pas tous les pro­blèmes de la société tuni­sienne : Pensez-vous que la situa­tion pour­rait déb­oucher sur une révo­lution telle que vous la défin­issez ?

- Ce sont les gau­chis­tes qui pen­sent comme ça... Ils disent qu’il faut insis­ter, qu’on doit conti­nuer la mou­ve­ment jusqu’à la vic­toire finale – avec des accents qui rap­pel­lent celle des bol­che­vi­ques... Et c’est ce qu’ils sont en train de faire main­te­nant. Mais ce n’est pas une révo­lution : c’est un soulè­vement popu­laire qui a déb­ouché sur des acquis : l’éviction du grand dic­ta­teur et de sa famille, la déc­ouv­erte du niveau de cor­rup­tion qui a caractérisé le pou­voir tuni­sien, des luttes au sein des entre­pri­ses pour évincer les res­pon­sa­bles cor­rom­pus. Il y a donc un mou­ve­ment général de conquête de liberté qui ne se limite pas à la liberté de former des partis, la liberté de la presse, etc. mais qui s’étend jusqu’à la liberté même au sein des entre­pri­ses, des admi­nis­tra­tions, etc. Tout le monde main­te­nant s’est libéré de ce blo­cage qui a été imposé par la dic­ta­ture et a été entre­tenu depuis main­te­nant 54 ans - parce qu’il ne s’agit pas que de l’ère Ben Ali, c’est-à-dire le parti unique aux com­man­des, l’Etat-parti qui sur­plombe tout, etc... Le propre du régime de Ben Ali, ses caractér­is­tiques sin­gu­lières, c’est que la cor­rup­tion y avait dépassé les limi­tes de l’ima­gi­na­ble.

- Surtout, il ne faut pas com­met­tre l’erreur que les gens ici com­men­tent faci­le­ment. Il ne faut jamais, à notre sens, dres­ser une muraille de Chine entre le régime de Ben Ali issu du coup d’Etat du 7 novem­bre 1987 et le régime issu de l’indép­end­ance poli­ti­que de la Tunisie en 1956. Il n’y a pas vrai­ment de rup­ture : il y a une conti­nuité. En bref, le régime du parti unique ins­tauré par l’élite des­tou­rienne dont le sym­bole poli­ti­que était le pré­sident Bourghuiba a fait le lit, s’est pro­longé à tra­vers un régime poli­cier. C’est-à-dire plus clai­re­ment, ça a consisté en la conso­li­da­tion et le ren­for­ce­ment du dis­po­si­tif et des appa­reils de répr­ession. Donc entre les deux régimes, avant et après le 7 novem­bre 1987, il y a une conti­nuité. Le mou­ve­ment popu­laire actuel vise à détr­uire les han­di­caps qui peu­vent se for­mu­ler comme, en gros, un silence poli­ti­que imposé par le régime des­tou­rien depuis 1956, jusqu’au 14 jan­vier 2011. A notre sens, c’est la mét­ho­do­logie à suivre pour com­pren­dre ce qui vient de se passer.

Le régime est tombé mais depuis long­temps, c’est tout l’appa­reil éta­tique, poli­ti­que et admi­nis­tra­tif qui a été infesté par les cadres du RCD, qui sont tou­jours en place, sans parler des nom­breu­ses entre­pri­ses qui appar­te­naient direc­te­ment au clan Ben Ali. Que se passe-t-il aujourd’hui dans ces lieux par­ti­cu­liè­rement ?

- D’abord il faut savoir que les avoirs, les biens de la famille, du clan Ben Ali représ­entent 40 % du PIB de la Tunisie et 60% du budget natio­nal. En l’espace d’une dizaine d’années, ils ont tout acca­paré, toutes les bran­ches essen­tiel­les et lucra­ti­ves de l’éco­nomie tuni­sienne : Aéroport, gran­des entre­prise, GSM, télép­honie, bâtiment, etc. Avant les employés avaient peur, d’autant plus qu’elles étaient la pro­priété du sommet de l’Etat : Il y avait donc une peur accen­tuée, redou­blée par rap­port à celle du reste de la popu­la­tion. Après la chute de Ben Ali et de sa famille, ces entre­pri­ses ont été mises sous la tutelle juri­di­que, et à l’intérieur on assiste à des luttes, des mou­ve­ments de contes­ta­tion, actuel­le­ment.

Justement, la peur et la dépr­ession qui domi­nent actuel­le­ment le monde entier ont été spec­ta­cu­lai­re­ment vain­cues un peu par­tout en Tunisie. La parole se libère aujourd’hui, comme cela est arrivé en France pour la der­nière fois en Mai 68 : Que se dit-il ? Quelles sont aujourd’hui les aspi­ra­tions actuel­les du peuple tuni­sien ? Comment les gens envi­sa­gent-ils l’avenir ?

- Tout dépend de la pér­iode. Au début, dans les deux ou trois jours après la chute, il était sur­tout ques­tion de la cor­rup­tion, et des partis poli­ti­ques et des indi­vi­dus qui allaient pren­dre en charge la situa­tion, pren­dre le pou­voir. Maintenant, les gens s’inter­ro­gent sur la pour­suite du mou­ve­ment. Des gens disent : puis­que le gou­ver­ne­ment est tou­jours en place, quatre minis­tres font partie de l’ancien régime, il faut que les mani­fes­ta­tions conti­nuent, jusqu’à leur départ. D’autres pen­sent que der­rière ce mou­ve­ment il y a des partis qui sont en train d’usur­per le mou­ve­ment pour leurs intérêts pro­pres et ils se ques­tion­nent à propos du nombre étr­an­gement impor­tant de for­ma­tions poli­ti­ques, se deman­dent quand est-ce qu’ils se sont cons­ti­tués, etc. D’ailleurs pour eux c’est une déc­ouv­erte : c’est la pre­mière fois qu’ils enten­dent parler d’orga­ni­sa­tions poli­ti­ques. Il s’est alors avéré que la popu­la­tion ne connais­sait pas ces for­ma­tions poli­ti­ques, ni aucune, d’ailleurs : pour eux c’était les deux ou trois qui étaient au pou­voir, point. Par exem­ple, cer­tains veu­lent que la vie nor­male reprenne, que rou­vrent les lycées, les écoles pri­mai­res, ils crai­gnent l’avenir. Il y a en a qui crai­gnent que l’armée prenne les choses en main si le mou­ve­ment se pour­suit.

De toute façon, quel­les que soient les diver­gen­ces, les gens sont d’accord sur une chose : on a chassé un dic­ta­teur, une famille cor­rom­pue, un régime tota­li­taire, c’est le mou­ve­ment de s’expri­mer et il ne faut plus avoir peur. Et c’est le plus impor­tant. Les peti­tes diver­gen­ces sur l’appréc­iation de la situa­tion actuelle, ça peut se com­pren­dre. Mais de toute façon, tout le monde est d’accord : fini la peur, fini la répr­ession, fini le parti unique, le reste est secondaire.

- Dès les pre­miers jours après la fuite du dic­ta­teur, le pou­voir en place - qui n’a guère changé - a joué la carte de la peur. Il y a des cou­ches de la petite bour­geoi­sie ou en général des clas­ses moyen­nes qui veu­lent avec insis­tance qu’on revienne à la nor­male : Il faut que l’appa­reil pro­duc­tif reprenne ses acti­vités, que nos enfants retour­nent à leurs classe, etc. et que donc tout ça doit finir le plus tôt pos­si­ble. De l’autre côté, il y a ce qui se passe : les mar­ches, les mani­fes­ta­tions, les reven­di­ca­tions, qui sont quo­ti­dien­nes.

Il y a donc deux com­po­san­tes : le mou­ve­ment popu­laire spon­tané qui veut faire valoir ses droits et se reven­di­ca­tions. De l’autre côté, il y a les for­ma­tions poli­ti­ques peti­tes bour­geoi­ses qui veu­lent confis­quer et récupérer le mou­ve­ment, pour servir leurs intérêts privés et on pour­rait dire sec­tai­res – car c’est vrai­ment un com­por­te­ment sec­taire.

Avant d’abor­der les peti­tes manoeu­vres poli­ti­ques, quel­ques ques­tions sur le pro­ces­sus insur­rec­tion­nel. Vous connais­sez la France et l’émi­et­tement social qui la ravage : il y a en Tunisie comme dans tous les pays qui n’ont pas été com­plè­tement ravagés par le repli sur soi, l’égoïsme et l’indiffér­ence, une vie sociale dense et un peuple vivant et réactif digne de ce nom : en quoi cela a joué dans le mou­ve­ment ? Quels sont les réflexes popu­lai­res main­te­nus qui ont aidé à l’insur­rec­tion ?

- Bien sur ça a joué. Ces rela­tions ont joué dans les peti­tes villes et les vil­la­ges, parce plus la ville est grande, moins il y a de rela­tions, plus elles sont lâches. Dans les pate­lins, les gens se connais­sent, tous. C’est la même chose en France, dans les milieux ruraux. C’est donc toute une concep­tion de l’urba­nisme qui est à méditer et à revoir, tout un amé­na­gement du ter­ri­toire. C’est un sujet énorme mais capi­tal dans le projet d’une société authen­ti­que­ment démoc­ra­tique. C’est donc les rap­ports de voi­si­nage, les liens fami­liaux, les connais­san­ces qui ont joué, il n’y a pas de spé­ci­ficité cultu­relle qui ferait qu’on serait héré­dit­ai­rement conçu pour faire des révo­lutions... D’ailleurs, on disait que les Tunisiens étaient un peuple de peu­reux : il s’est avéré que c’était abso­lu­ment faux. Ils ont affronté une répr­ession avec une cou­rage exem­plaire.

L’absence totale de lea­ders lors de l’insur­rec­tion puis la mise en place de comités de quar­tiers et la grande défi­ance de la popu­la­tion vis-à-vis des bureau­cra­ties poli­ti­ques ne ren­dent-elles pas la situa­tion favo­ra­ble à la pro­pa­ga­tion de vos idées et pra­ti­ques de démoc­ratie directe ?

- Ce qui est para­doxal c’est que les sta­li­niens d’ici appel­lent les gens, dans leurs tracts, à se cons­ti­tuer en conseils popu­lai­res : c’est com­plè­tement en contra­dic­tion avec leurs dis­cours et leur idéo­logie. Ce sont des loups : ils peu­vent aider à ce que se cons­ti­tue de tels comités, mais pour se les acca­pa­rer ensuite à leur profit : on l’a déjà vu dans l’his­toire... Mais de toute façon, ils n’ont pas la pos­si­bi­lité de la faire, ni la clair­voyance néc­ess­aire. En tout cas, d’ici un mois, les choses vont se cla­ri­fier : l’idée cen­trale qui émane de la popu­la­tion, c’est que ce soulè­vement est le nôtre et on ne veut pas qu’il soit récupéré par les partis. Déjà c’est un acquis impor­tant. Quant à la récu­pération, tout le monde est contre, qu’elle vienne du pou­voir ou des oppo­sants. Pour nous, ces posi­tions vont dans le sens d’une démoc­ratie directe, en tous cas, ce sont les prém­isses. Nous allons conti­nuer à oeu­vrer en ce sens en tous cas.

Justement quel­les pers­pec­ti­ves vous donnez-vous aujourd’hui ? Le soulè­vement com­mencé à la mi-déc­embre ouvre effec­ti­ve­ment une pér­iode d’incer­ti­tude, et d’oppor­tu­nités : où en sont la popu­la­tion d’un côté et les bureau­cra­ties poli­ti­ques de l’autre ? Pensez-vous que l’insur­rec­tion est finie ou n’est-elle qu’un com­men­ce­ment ?

- Il y a plu­sieurs manières de voir les choses, c’est une ques­tion de juge­ment poli­ti­que. Pour nous, nous assis­tons pra­ti­que­ment à la fin du mou­ve­ment, du moins sur le plan général, natio­nal – c’est différent dans les régions. Il y a donc deux façons de voir les choses. Il y a d’abord celle des gau­chis­tes, les natio­na­lis­tes arabes et tous les prét­endus oppo­sants - il y a aujourd’hui 26 for­ma­tions poli­ti­ques ! Pour eux, il faut conti­nuer le mou­ve­ment jusqu’à la fin pour s’acca­pa­rer le pou­voir. Pour nous, c’est du grand n’importe quoi. Ce qu’on peut faire main­te­nant, c’est conti­nuer la révo­lution mais pas sous les formes de mani­fes­ta­tions, d’émeutes, etc, mais sous la forme de luttes par­tout où c’est pos­si­ble, dans les entre­pri­ses, dans les admi­nis­tra­tions, etc. Donc, en fin de compte, ce qu’elle a donné cette « révo­lution », c’est que les gens n’ont plus peur de s’expri­mer, et non pas seu­le­ment dans les jour­naux, sur inter­net, mais sur­tout sur les lieux de tra­vail, là où ils sont. Il n’y a plus de peur. Donc sur ce plan-là, on a dépassé un stade, on a fait un saut qua­li­ta­tif sur le plan poli­ti­que. Mais il ne faut pas avoir l’illu­sion que le mou­ve­ment va conti­nuer dans le sens d’une révo­lution sociale avec prise de pou­voir : c’est de l’aven­tu­risme, de l’infan­ti­lisme et c’est ce qui est en train de se passer main­te­nant, sous la pres­sion des mou­ve­ments sta­li­niens, natio­na­lis­tes arabes, baa­sis­tes, etc. parce pour eux c’est une occa­sion qui ne va pas se représ­enter dans l’avenir, donc ils pro­fi­tent de l’occa­sion pour pous­ser les jeunes, tenter de mobi­li­ser les masses, et les ins­tru­men­ta­li­ser à cette fin. Mais nous pen­sons que cela va déb­oucher sur des rés­ultats contrai­res à leurs inten­tions...

Comme en France les « res­pon­sa­bles poli­ti­ques » ne visent qu’à faire partie de l’oli­gar­chie , des domi­nants, qui n’agis­sent plus que pour leurs pro­pres intérêts. Pensez-vous que le soulè­vement puisse donner nais­sance à des struc­tu­res popu­lai­res auto­no­mes avant que les cli­ques poli­ti­cien­nes ne confis­quent les affai­res du peuple ?

- La récu­pération a déjà com­mencé. Nous assis­tons à une récu­pération opérée non seu­le­ment par les forces tra­di­tion­nel­les mais aussi par les for­ma­tions de l’oppo­si­tion - plus exac­te­ment ils veu­lent carrément avoir leur part du gâteau, du butin. C’est ce pro­ces­sus-là qui se dér­oule actuel­le­ment sous nos yeux. En ce qui concerne la conquête de la liberté, c’est le seul acquis véri­table, dans la mesure où tout le monde s’exprime libre­ment, sans rien crain­dre, de telle sorte que la prin­ci­pale artère de Tunis, l’avenue Bourguiba, est deve­nue un énorme espace de dis­cus­sion : on y voit par­tout des gens qui dis­cu­tent, qui déb­attent ou qui mani­fes­tent... Il y a des mani­fes­ta­tions tous les deux-trois heures, main­te­nant. C’est donc un mou­ve­ment démoc­ra­tique, dans la mesure où même la satis­fac­tion des reven­di­ca­tions socia­les fait partie des droits démoc­ra­tiques. Il y a donc des mani­fes­ta­tions devant les admi­nis­tra­tions, les sociétés, les sièges de com­pa­gnie, il y a des pétitions, des occu­pa­tions de locaux, des lieux de tra­vail, pour exiger la satis­fac­tion de reven­di­ca­tions qui datent d’une ving­tai­nes d’années. C’est un peu com­pa­ra­ble à des grèves sau­va­ges, c’est en tout cas les prém­isses de grèves sau­va­ges.

D’autre part, un autre acquis, c’est la cons­ti­tu­tion de comités de quar­tiers. Ces struc­tu­res-là sont tota­le­ment spon­tanées. Devant tout le monde et offi­ciel­le­ment, elles ont été cons­ti­tuées pour épauler les forces de l’ordre, pour le main­tien de l’ordre : cela c’est la ter­mi­no­lo­gie offi­cielle. En fait, dans la pra­ti­que, ces comités ont permis aux gens de déc­ompr­esser, de se déf­ouler, de dis­cu­ter, toutes les nuits et ont ainsi, de fait, bravé le couvre-feu gou­ver­ne­men­tal. Et puis cela confirme la ten­dance géné­rale qu’on peut résumer ainsi : dès que les masses com­men­cent à pren­dre leur des­tinées en main, à réfléchir, elles cons­ti­tuent des struc­tu­res, des comités, des conseils, des soviets - qu’impor­tent les déno­mi­nations - des chou­ras comme en Iran. Et ça s’est passé par­tout : lors des grèves en 1946 an Caire, en Iran en 1978 et actuel­le­ment en Tunisie. Ce qui cons­ti­tue un pas sup­plém­ent­aire vers le pou­voir popu­laire et les soviets. Il faut abso­lu­ment sou­li­gner cette dimen­sion-là.

Précisément, cette for­ma­tion de groupe de déf­ense dans les quar­tiers contre les pillards et les mili­ces de Ben Ali n’ont qu’une fonc­tion d’auto-déf­ense aujourd’hui. Pourraient-il vrai­ment cons­ti­tuer les germes d’une démoc­ratie directe face aux pou­voirs oli­gar­chi­ques qui ne man­que­ront pas de sortir des pro­chai­nes élections ? Quel peut être leur avenir si la sécurité se rétabli ?

- En fait, les comités de quar­tier sont finis, pra­ti­que­ment. Les mili­tai­res nous ont dit : Regagnez vos maison, on a plus besoin de vous, vous avez joué un rôle pen­dant une pér­iode, finito... Mais on a noué des rela­tiosn avec les voi­sins. Avant les gens ne se disaient même plus bon­jour. Ils font connais­sance, main­te­nant, ils dis­cu­tent, se connais­sent : il y a un mou­ve­ment d’entraide, de sou­tien mutuel, qui n’exis­tait pas avant. On a même nourri les sol­dats lors de la fra­ter­ni­sa­tion, avec les cous­cous, la chorba, etc.

Il n’y a donc plus d’auto-orga­ni­sa­tion popu­laire parallè­lement à la rup­ture pro­fonde entre le peuple et les bureau­cra­ties poli­ti­ques tuni­sien­nes. Ne crai­gnez-vous pas que, comme en France, cela se trans­forme fina­le­ment en un refus viscéral de toute orga­ni­sa­tion, voire de tout dis­cours un peu général ?

- Non. Les gens ne sont pas contre le prin­cipe de l’orga­ni­sa­tion : ils s’orga­ni­sent tout seuls, eux-mêmes. Ils disent : qui sont ces gens-là qui vien­nent nous parler à la télé­vision, nous donner des leçons, nous parler de révo­lution ? Tout le monde ici est devenu révo­luti­onn­aire : on n’a pas besoin de révo­luti­onn­aires pro­fes­sion­nels. C’est vrai­ment ça. Quand les gens disent : on ne veut pas de parti, qu’est-ce que c’est que tous ces partis et ces gens nou­veaux tous les jours qui vien­nent nous parler avec leurs lunet­tes à la télé­vision pour confis­quer notre révo­lution ? Les gens sont contre tous ces partis et c’est un acquis ! Les gens veu­lent contrôler eux-mêmes leur avenir.

Il y a eu cette fra­ter­ni­sa­tion, ces dis­cus­sions, qui sont l’essence même du pro­ces­sus insur­rec­tion­nel, mais les divi­sions au sein de la société tuni­sienne sont très impor­tan­tes : entre clas­ses socia­les, entre hommes et femmes, entre régions pau­vres et les autres, entre quar­tiers popu­lai­res ou bour­geois, entre milieux urbains ou rural...

- Bien sûr. Par exem­ple, pour repren­dre les ques­tions brûlantes, il y a tou­jours ces régions de l’intérieur du pays qui se sen­tent tou­jours un peu délaissées par rap­port aux régions côtières et c’est normal car la bour­geoi­sie ne veut pas inves­tir dans ces régions peu ren­ta­bles en termes de profit. Il y a donc de forts déséq­ui­libres rég­ionaux. La rép­onse des gau­chis­tes est qu’il faut inves­tir, créer des entre­pri­ses, dével­opper les régions : c’est une rép­onse essen­tiel­le­ment pro­duc­ti­viste. L’UGTT (Union Générale des Travailleurs Tunisiens) pré­pare un pro­gramme dont l’unique objec­tif est de générer une crois­sance éco­no­mique. Ce serait la solu­tion, pour eux. Comme au temps de la col­lec­ti­vi­sa­tion, l’UGTT se considère comme un parti qui col­la­bore à la ges­tion du pays. Notre concep­tion est tout à fait différ­ente : il fau­drait revoir les choix tech­no­lo­gi­ques, agri­co­les, sociaux, etc. Il fau­drait un système basé sur l’entraide : ce n’est pas parce qu’une région pro­duit beau­coup qu’elle doit tout s’acca­pa­rer. Il faut redis­tri­buer pour que tout le monde pro­fite des riches­ses natio­na­les. On demande donc une dis­tri­bu­tion équi­table entre indi­vi­dus mais aussi entre régions. Par exem­ple Sidi Bouzid, la ville d’où tout est parti, pro­duit 17% des fruits et légumes de Tunisie et pour­tant même les gens de là-bas n’en pro­fi­tent pas.

Alors il y a ces injus­ti­ces énormes qui demeu­rent et en même temps un mou­ve­ment pro­fond qui tra­verse toute la société et tout le pays. Quelles sont les reven­di­ca­tions qui sont avancées précisément, dans toutes ces luttes ?

- Les reven­di­ca­tions sont mul­ti­ples. Il y a en Tunisie beau­coup d’ouvriers qui n’ont pas de statut, des jour­na­liers, mal payés. Et c’est ainsi dans la plu­part des bran­ches, les PME font beau­coup de sous-trai­tance pour les gran­des entre­pri­ses europé­ennes. Donc les condi­tions de tra­vail sont vrai­ment lamen­ta­bles. On a par exem­ple cette loi d’avril 1972, ins­tauré par Hedi N. l’ancien pre­mier minis­tre de l’époque, qui permet aux entre­pri­ses étrangères d’ouvrir des boîtes ici avec exemp­tion d’impôts pen­dant 5 ans avec une pro­duc­tion des­tinée à l’expor­ta­tion. Elles béné­ficient pra­ti­que­ment de la pro­tec­tion de l’Etat, de la gra­tuité des infra­struc­tu­res de base, par exem­ple, sous cou­vert de lutte contre le chômage - et il n’y a bien entendu ni syn­di­cats ni rien du tout malgré des salai­res de misère.

Et il y a d’autre part des reven­di­ca­tions d’ordre plus poli­ti­que. Dans les entre­pri­ses, les admi­nis­tra­tions, il y a la cor­rup­tion, le piston, le favo­ri­tisme : il y a tout un mou­ve­ment aujourd’hui contre toutes ces pra­ti­ques, cette men­ta­lité. Il y a même les poli­ciers qui se sont mobi­lisées pour de meilleu­res condi­tions de tra­vail, par exem­ple, mais il y a sur­tout les tra­vailleurs dans les aéroports, les sala­riés muni­ci­paux, les infir­miers, les ouvriers de la voirie, etc. Pour les médecins, par exem­ple, un sec­teur que je connais, il y a une pétition qui a cir­culé pour dire que, doré­navant, les soi­gnants et les inter­nes n’accep­taient plus d’être mal­menés par les grands chefs de ser­vice : ils veu­lent la fin du man­da­ri­nat. Il y a donc des reven­di­ca­tions d’ordre pure­ment éco­no­mique, mais aussi une dimen­sion plus poli­ti­que, qui réc­lame la démoc­ratie dans tous les établ­is­sements. Et c’est le plus impor­tant : si on veut pro­fi­ter des acquis de ce soulè­vement, il faut conti­nuer dans ce sens-là, tra­vailler à ça.

Oui, mais parallè­lement, il y a un pro­ces­sus élec­toral en cours pour établir un gou­ver­ne­ment élu. Que peut-il en sortir ? Verra-t-on émerger autre chose qu’un petit jeu d’oli­gar­ques obsédés par le pou­voir comme le connais­sent tous les pays où règnent une oli­gar­chie libé­rale appelée « démoc­ratie représ­en­ta­tive » ?

- Il y a bien sur cette autre voie, qui a été choi­sie par d’autres : conti­nuer les mani­fes­ta­tions, pous­ser le système à bout, parce qu’ils pen­sent qu’ils ont les forces suf­fi­san­tes pour faire tomber ce gou­ver­ne­ment-là. Bien sûr, ils peu­vent avoir raison. Ils sont enca­drés par l’UGTT et cet orga­nisme-là a une spé­ci­ficité en Tunisie : il a tou­jours eu un rôle poli­ti­que pri­mor­dial dans le pays : par exem­ple l’expéri­ence de col­lec­ti­vi­sa­tion des années 60 en Tunisie. Le pro­gramme col­lec­ti­viste, c’était le projet de l’UGTT. Elle a sou­tenu par la suite, à partir des années 70 la montée du capi­ta­lisme sau­vage, ce qu’on appelle la « démoc­ratie libé­rale ». Donc l’UGTT a tou­jours été un appui pour le gou­ver­ne­ment. Comme le soulè­vement a lar­ge­ment dépassé tous les cadres des partis, syn­di­cats, etc. depuis sa nais­sance, l’UGTT fait main­te­nant sem­blant de l’épouser, elle prend le train en marche et récupère toutes les orga­ni­sa­tions poli­ti­ques d’oppo­si­tion. Par exem­ple, tous les partis d’oppo­si­tion se réun­issent aujourd’hui au siège de l’UGTT. Elle a évid­emment présenté trois minis­tres pour le pro­chain gou­ver­ne­ment, et puis s’est retirée. Pourquoi ? Parce que tous les for­ma­tions poli­ti­ques, gau­chis­tes, natio­na­lis­tes arabes, etc. essen­tiel­le­ment peti­tes-bour­geoi­ses, s’étant mises sous le patro­nage de l’UGTT, celle-ci est deve­nue la force poli­ti­que prin­ci­pale du pays. Donc elle n’est plus sim­ple­ment un syn­di­cat, mais elle est pra­ti­que­ment deve­nue un gou­ver­ne­ment dans le gou­ver­ne­ment. Ce front commun est en train de faire des trac­ta­tions pour abou­tir à un gou­ver­ne­ment où tous ces mou­ve­ments-là, donc les 25, seraient présents - et ça c’est impos­si­ble. On va donc au-devant de grands affron­te­ments poli­ti­ciens pour les places au pou­voir...

- L’UGTT, l’équi­valent de la CGT en France, a été fondée en 1946 et a tou­jours été une force poli­ti­que. Je dirai même un parti poli­ti­que et une com­po­sante de la machine poli­ti­que de la bour­geoi­sie tuni­sienne. Depuis sa création elle a par­ti­cipé acti­ve­ment à la lutte de libé­ration natio­nale et la dimen­sion reven­di­ca­tive a tou­jours été esca­motée. Ce qui a pré­valu a été l’aspect lutte de libé­ration natio­nale et même la lutte armée à partir de 1952. On peut dire que le soulè­vement qui se passe main­te­nant est com­pa­ra­ble à celui de 1952, qui a abouti à la création de for­ma­tions de par­ti­sans qui ont pris le maquis et qui ont lutté contre les forces colo­nia­lis­tes les armes à la main, avant même le décl­enc­hement de l’insur­rec­tion algéri­enne en 1954. Donc il y avait un soulè­vement popu­laire de masse en 1952 et l’his­toire a fait que le deuxième soulè­vement depuis cette date est déc­embre-jan­vier 2011. Ces évé­nements ne se pro­dui­sant pas tous les jours...

D’autre part, l’armée a joué un rôle très impor­tant dès le début en appa­rais­sant comme une force de non-col­la­bo­ra­tion - un général ayant été limogé pour avoir refusé de tirer sur la foule dès les pre­mières mani­fes­ta­tions – et à la fin pour main­te­nir un sem­blant d’ordre : qu’en est-il exac­te­ment ? Et n’y a-t-il pas là un danger d’une main­mise mili­taire sur l’évo­lution de la situa­tion ?

- Il faut dire que Ben Ali a tout fait, dès le début, pour limi­ter le rôle des mili­tai­res : il est lui-même d’ori­gine mili­taire et sait donc très bien le danger que l’armée pou­vait représ­enter pour son pou­voir. Par contre, il a conso­lidé l’appa­reil répr­essif du ministère de l’intérieur : il a aujourd’hui 50.000 sol­dats mais 220.000 poli­ciers... Alors les mili­tai­res n’ont pas voulu inter­ve­nir dès le début pour limi­ter les dégâts. Mais par la suite, pen­dant 24 h, on a eu une anar­chie totale pro­vo­quée par l’absence des poli­ciers, avec l’inter­ven­tion de l’ancien res­pon­sa­ble du ministère de l’intérieur nommé par Ben Ali. Là-dessus les mili­tai­res sont inter­ve­nus, mais juste pour rétablir l’ordre. Pour l’avenir, leur inter­ven­tion n’est pos­si­ble que si la situa­tion empire et sur­tout que si les mani­fes­ta­tions se pour­sui­vent de la même manière, ce qui est pro­ba­ble, et cela se fera bien entendu avec l’aval du ministère de l’intérieur, qui est en pleine restruc­tu­ra­tion. Le gou­ver­ne­ment va faire des conces­sions dans l’avenir : si le mou­ve­ment se pour­suit de la sorte, l’armée inter­vien­dra direc­te­ment car la bour­geoi­sie ne tolé­rera jamais une telle situa­tion. Elle fait déjà appel à tous ses ténors à la télé, qui se remet à dés­inf­ormer aujourd’hui et joue un grand rôle dans la récu­pération par la bour­geoi­sie. Objectivement il y a des for­ma­tions poli­ti­ques soi-disant révo­luti­onn­aires qui, à la fois, pous­sent le mou­ve­ment vers une prét­endue radi­ca­li­sa­tion et, en même temps, sont invitées sur les chaînes de télé­visions et assu­rent leur avenir per­son­nel.

- On peut dire que l’ins­ti­tu­tion mili­taire est partie pre­nante dans ce qui s’est passé, dans le soulè­vement, même indi­rec­te­ment. Car cette ins­ti­tu­tion a refusé de tirer sur les masses et a exercé une pres­sion sur le dic­ta­teur pour qu’il fasse ses baga­ges et qu’il parte. Ça c’est clair. Maintenant, l’ins­ti­tu­tion mili­taire est poli­tisée et inter­vient direc­te­ment dans le champ poli­ti­que et social.

On sait que la popu­la­tion tuni­sienne est une des plus laïques du monde mais que la reli­gion est un refuge face à la perte de sens du monde actuel. Comme dans tous les pays arabo-musul­mans, les isla­mis­tes conquièrent peu à peu la rue, lais­sant le pou­voir aux États poli­ciers ou mili­tai­res. Les isla­mis­tes tuni­siens ont payé un lourd tribut durant le règne de Ben Ali, qui fon­dait sa légi­timité auprès de l’Occident sur cette répr­ession féroce, mais ils ont été invi­si­bles durant ce soulè­vement, exac­te­ment comme le Front National en France lors des mou­ve­ments sociaux. Ont-ils par­ti­cipé à l’insur­rec­tion et com­ment la voient-ils ? Quelles sont l’état de leur force aujourd’hui, leurs inten­tions et quel­les sont leurs capa­cités de nui­sance dans un avenir pré­vi­sible ?

- Nous pen­sons qu’ils sont très dan­ge­reux. Ils ont été absents du soulè­vement, sauf le der­nier jour où ils ont tenté une manoeu­vre de récu­pération, à tra­vers l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion des mar­tyrs, mais sans succès. Leur tac­ti­que aujourd’hui est de par­ti­ci­per mais de manière invi­si­ble. Dans les faits, ils ont infil­tré plu­sieurs quar­tiers popu­lai­res de Tunis. Le leader du parti Ennahdha intégr­iste va rega­gner Tunis et il pense restruc­tu­rer le cou­rant pour lais­ser la place aux nou­vel­les géné­rations. Ils ont donc un agenda secret : ils ne se prés­entent pas imméd­ia­tement mais se pré­parent pour les pro­chai­nes élections. Ils sont là, ils sont prêts. Quand les autres seront essouf­flés, ils vont monter à l’assaut. D’autant plus qu’on sent que Khadafi s’allie avec eux : c’est une magouille, évid­emment, il n’est pas intégr­iste, mais il pra­ti­que la poli­ti­que de la terre brûlée car il a très peur pour son pou­voir : le rés­ultat de ce soulè­vement tuni­sien est qu’il a une ampleur inter­na­tio­nale et il est le pre­mier à crain­dre que l’exem­ple chez nous soit suivi chez lui. Il y a déjà des peti­tes mani­fes­ta­tions en Libye et il a limogé quel­ques offi­ciers de l’armée - soit-disant pour cor­rup­tion... Alors il est ter­ri­ble­ment gêné : la meilleure chose à faire pour lui est donc de créer l’anar­chie, le chaos, et pour ça il faut qu’il sou­tienne les Frères musul­mans. D’ailleurs Ghannouchi, le leader des intégr­istes tuni­siens, a déclaré qu’il apprécie la posi­tion de Khadafi, qui était contre le mou­ve­ment depuis le départ. Nous pen­sons donc qu’il y a une alliance objec­tive entre le gou­ver­ne­ment libyen et les intégr­istes, et que c’est un grand danger.

Ce qui sou­lage un peu, c’est que la nou­velle géné­ration, disons les 15 – 25 ans, n’a pas vécu la montée de l’isla­misme des années 80, donc elle est quand même un peu vac­cinée contre l’intégr­isme, même si rien n’est cer­tain. On sent d’ailleurs que les gens, dans les comités de quar­tier, ont déjà peur de l’arrivée de l’intégr­isme, de l’arrivée de Ghannouchi. Et cette même géné­ration n’a pas vécu non plus les rava­ges de la montée du gau­chisme. C’est donc, en quel­que sorte une géné­ration vierge de ces idéo­logies-là, elle n’a pas été conta­minée.

Bon, tout cela n’empêche que les intégr­istes veu­lent repren­dre les choses en mains, même si c’est pas pour demain. Il faut donc rester très vigi­lant. D’autant plus que les gau­chis­tes sont en train de faire des allian­ces avec ces gens-là, et ça c’est le plus dan­ge­reux. Par exem­ple, lors la réunion de tous les partis qui a eu lieu réc­emment, il y a eu aussi des représ­entants des intégr­istes : on a donc dans la même salle des trots­kys­tes, des sta­li­niens, des isla­mis­tes, etc. C’est vrai­ment incom­préh­en­sible pour nous, des gens qui s’allient de la sorte.... C’est comme chez vous : vous vous avez les islamo-gau­chis­tes, nous on a aussi ces allian­ces, mais avec toutes les nuan­ces, les degrés différents d’un groupe à un autre. De toutes les façons, d’ici dix ans ils ne représ­en­teront pas un danger. C’est une menace évid­ente et lourde, mais pas imméd­iate.

Les gou­ver­ne­ments français suc­ces­sifs ont tou­jours été d’un sou­tien sans faille pour le régime mons­trueux de Ben Ali et sa mise à sac du pays. Lors des évé­nements le quai d’Orsay a été d’une com­pli­cité à peu près totale et aujourd’hui il est d’une nul­lité cons­ter­nante…

- La France a été dépassé par les Américains. Alors même qu’Alliot-Marie pré­parait ses cais­ses de tonfas à des­ti­na­tion de Tunis, les Etats-Unis pré­paraient l’éviction de Ben Ali avec l’aide de l’armée tuni­sienne... Les bombes lacry­mogènes sont fina­le­ment restées à l’aéroport, mais on voit quand même que la diplo­ma­tie amé­ric­aine est plus fine... Il n’y avait pas d’accord entre les deux puis­san­ces, alors ce sont les Américains qui ont décidé seuls de sacri­fier ce pauvre Ben Ali...

La révo­lution tuni­sienne, laïque, spon­tanée, fra­ter­nelle et dét­erminée est un espoir éclatant mais fra­gile pour tout le Maghreb et le monde arabe. Certains espèrent en un effon­dre­ment général comme celui qui a sapé l’empire sovié­tique, il y a vingt ans. Les dic­ta­tu­res envi­ron­nan­tes ne ris­quent-ils pas de toute tenter pour éto­uffer dans l’oeuf ce mou­ve­ment d’éman­ci­pation ? Comment la Tunisie pour­rait-elle se dégager de tous les chan­ta­ges inter­na­tio­naux, que le FMI en pre­mier lieu excelle à pra­ti­quer ?

- Quand on dis­cute avec cer­tains gau­chis­tes, ici, on leur dit qu’il faut tou­jours ana­ly­ser le mou­ve­ment dans son contexte rég­ional, natio­nal, inter­na­tio­nal et aussi géo­po­li­tique. On sait très bien que même si on était dans une situa­tion révo­luti­onn­aire, comme ils le croient, le capi­ta­lisme mon­dial empêc­herait tout chan­ge­ment radi­cal. Donc il faut voir les choses avec leurs limi­tes et tra­vailler sur le long terme, en ren­forçant les acquis qui sont les nôtres aujourd’hui, etc.. Les évé­nements en Egypte tém­oignent del’influence de l’insur­rec­tion ici, qui a des échos comme en Algérie où c’est plus limité ou même en Albanie, notre petite soeur cadette... Et pour­quoi pas de là à l’Italie, on ne peut pas savoir...

- De toute façon, il faut tra­vailler sur le fond, en main­te­nant nos posi­tions. Il y a encore beau­coup de choses à faire.
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar SOLIDARITE » Vendredi 04 Fév 2011 10:37

En appui à l'article de CLN sur l'appel à la reprise du travail, un article du Monde a partir de témoignages d'internaute (dont le pr profil sociologique est patent : c; est le point de vue des classes moyennes / sup et pas des ouvriers) :

En Tunisie, "reprendre une vie normale est un acte militant"

LEMONDE.FR | 03.02.11 | 20h33 • Mis à jour le 04.02.11 | 09h49


Trois semaines après le départ du président déchu Zine El-Abidine Ben Ali, des internautes présents en Tunisie nous racontent leur quotidien.

* "Le pire est déjà derrière nous", par Mouadh

La vie reprend peu à peu son cours normal à Tunis. Les actes de pillage se raréfient. (...) Ingénieur de profession, je me déplace quotidiennement entre ma ville natale Hammamet (60 km au sud de la capitale) et Tunis (où je travaille dans une multinationale française). Le travail chez nous a repris depuis le 17 janvier avec 60 % du personnel présent sur place. On a très vite atteint les 100 % dès le 19 janvier. (...) Je pense que le pire est déjà derrière nous. On reconstruira notre pays avec nos propres mains. (...)

* "C'est le prix à payer !", par Mehdi

Depuis l'interview qu'a donnée le ministre de l'intérieur, les gens sont de plus en plus confiants. Personnellement, j'ai repris le travail depuis le 17 janvier. Travaillant dans une société offshore, on ne peut pas se permettre de ne pas livrer nos clients ! Nous avons toutefois été très pénalisés. Mais bon, c'est le prix à payer par tout le monde pour que notre révolution réussisse. (...) Aujourd'hui, ce qui me réjouit, c'est que tous les restaurants et les bars sont de nouveau ouverts. Mais jusqu'à 21 heures seulement, couvre-feu oblige ! (...)

* "Le ciel est plus silencieux cette semaine", par Samer

Je travaille dans le centre de Tunis pour une organisation internationale. Nous avons repris le travail dès le 20 janvier, et un rythme normal depuis le début de la semaine dernière. Après des survols quotidiens du centre-ville par des hélicoptères la semaine dernière, le ciel est plus silencieux cette semaine. La vie à Tunis a repris son souffle également, les cafés sont pleins, les commerces ouverts. On sent cependant une inquiétude encore diffuse, alimentée par les innombrables rumeurs qui circulent chaque jour, des lycées pris pour cibles, des enfants enlevés, des braquages. (...)

* "Reprendre une vie normale : un acte militant", par Rached

Dans la société qui m'emploie (...), nous avons essayé de reprendre le travail dès le 18 janvier malgré le couvre-feu et la relative insécurité. Ce choix fait en concertation a deux raisons. La première est le fait qu'en tant que société totalement exportatrice, une trop longue interruption aurait mis en péril jusqu'à nos emplois. La deuxième est que nous souhaitions reprendre une activité normale comme geste militant pour montrer que notre liberté ne serait pas remise en cause par des actes terroristes. Nous avons dû interrompre le travail prématurément ou annuler des jours de travail, mais nous avons tenu à aller au bureau dès que les conditions s'amélioraient. (...)

* "A l'université, les choses sont rentrées dans l'ordre", par Ichrak

Je suis enseignant-chercheur en biologie à l'université de Tunis El-Mana. En ce qui concerne la vie universitaire, les choses sont rentrées dans l'ordre et depuis jeudi il y a eu reprise des examens du premier semestre. Les cours du second semestre vont reprendre la semaine prochaine, et tous les collègues participent à l'encadrement psychologique des étudiants. Le but est d'éviter tout débordement à la reprise des cours en multipliant les réunions entre enseignants et étudiants.
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar j » Samedi 05 Fév 2011 15:18

Zébulon tu dis « Honneur aux gens qui là-bas CONSCIENTS des risques qu'ils encourent n'hésitent plus à se battre pour se libérer, car trop CONSCIENTS de leur condition ! ». je crois qu'il y a méprise. Dire que les gens sont conscients des risques qu'ils encourent OK; c'est vrai qu'ils risquent leur vie dans les manifestations. Qu'ils en soient « conscients » bien sûr que oui ! Après conscients de leur conditions : si c'est pour dire qu'ils sont conscients qu'ils n'ont rien à manger et que c'est pour cela qu'ils se battent et en plus qu'ils veulent se « libérer », qu'ils n'en peuvent plus : encore bien sûr, tout à fait OK. Est-ce légitime cette lutte ? Oui encore oui. Courageux : oui encore oui. C'est une réponse de la classe ouvrière que je soutien pleinement. Maintenant, on peut se demander, sans faire injure : Y-a t-il des faiblesses ? Quels sont les pièges ? On peut répondre : tout est OK. Alors, y at-il oui ou non des faiblesses liées aux illusions démocratiques et y a t-il un poids du nationalisme ? Je pense pesonnellement que oui et c'est en cela que je dis que nous ne sommes pas encore dans un processus de conscience révolutionnaire. Cela ne veut pas dire que les gens n'ont aucune conscience ou que je les méprises !!! Il n'y a aucun dédain la dedans. J'admire au contraire le courage des manifestants. Mais ce n'est pas parce qu'on note des faiblesses dangereuses dans un mouvement qu'on est contre lui. Je dirais même que c'est le contraire ! Je peux évidemment me tromper (mais n'ai-je pas le droit d'avoir cet avis que je défends ?). Cela dit, l'avenir nous dira si le poids des l'illusions démocratiques et le poids du nationalisme aura ou pas raison de ce mouvement qui touche un certains nombre de pays en ce moment.
j
 

Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar NOSOTROS » Samedi 05 Fév 2011 16:31

Maintenant, on peut se demander, sans faire injure : Y-a t-il des faiblesses ?


Oui ! Sans injure, on peut leur dire avec toi qu'il leur manque une section du CCI pour les guider et leur dire ce qu'ils doivent faire et ne pas faire (surtout ne pas faire en fait)

Sérieusement, le CCI est très très très fort - depuis bientôt 40 ans - pour analyser les faiblesses des autres.

Mais quelles sont les faiblesses du CCI ? Mystère car ça le CCI n'en parle jamais. Il n'y a que les autres pour avoir des faiblesses, le CCI étant dans la toute puissance puisqu'il possède l'analyse juste, la méthode infaillible, LE marxisme.

Vous serez crédible quand vous parlerez des faiblesses des autres quand vous commencerez à reconnaître les vôtres ... Díci là lache nous les baskets STP.
Capitalismo delenda est
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar AnarSonore » Samedi 05 Fév 2011 19:44

Tunisie : "Ni cellules destouriennes, ni partis politiques !"

Entretien avec un camarade tunisien.
Propos recueillis le 4 février par le collectif Lieux Communs.
:arrow: http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article438

Depuis le soulèvement populaire de décembre-janvier en Tunisie, l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT), la principale organisation stalinienne qui a toujours eu un rôle central dans le gouvernement du pays, cherche sérieusement à accéder au pouvoir en récupérant le mouvement à son profit. Quelles sont les inévitables rivalités de clans qui se déroulent en son sein et y a-t-il une lutte interne entre la base et l’appareil ? Existe-t-il une frange dissidente qui serait capable de rompre vraiment avec la direction et son idéologie mortifère ?

L’UGTT est le seul organisme syndical reconnu en Tunisie et il a participé directement à la construction de l’Etat tunisien : beaucoup de ses cadres ont été des responsables et des ministres dans les différents gouvernements du Pays depuis des décennies. Sa direction a été toujours un allié du pouvoir et a presque systématiquement soutenu ses choix économiques et sociaux. Son histoire est marquée par une trahison totale des aspirations des masses, qu’il s’agisse du soulèvement de Ksar Hellal en 1977-78 ou plus récemment de celui de la région minière de Gafsa en 2008 ou, bien entendu, de l’insurrection général contre le despotisme de Ben Ali.

Mais à partir du moment où cette direction a compris que Ben Ali était sur le point de tomber, elle a retourné son discours et a même appelé à la grève générale qui avait été déjà décidée et appliquée par les citoyens (l’information fut transmise par internet et des réseaux sociaux). Les staliniens ont alors compris que la direction de l’UGTT était dans l’embarras et ils ont sauté sur l’occasion pour transformer le cadre organisationnel comme marchepied pour le pouvoir. Donc on peut dire que les intérêts ont convergé : la direction pour cacher leur trahison et les staliniens pour profiter du cadre de l’UGTT dans une visée conspiratrice.

La lutte entre les différents clans du « Front du 14 janvier » a déjà commencé : par exemple, les nationalistes arabes ont attiré l’attention au fait que les chaînes de télévision n’ont permis qu’aux gauchistes de s’exprimer... Au fur et à mesure les militants de base découvrent les visées des soi-disant leaders du mouvement qui ont par exemple récemment déclaré qu’ils étaient pour un régime parlementaire tout en exigeant un gouvernement populaire, ce qui dévoile un double discours total. Et dans le même temps tout le monde assiste à l’intégration des mouvements gauchistes dans le système... On va donc assister à des divisions au sein même de ces formations. Car il faut dire que le soulèvement populaire a franchi un pas vers la rupture avec le système ancien y compris le spectacle politique (pouvoir et opposants) auquel nous somme conviés.

Nous pensons que les idéologies gauchistes et intégristes ont perdu du terrain dans les têtes et qu’il incombe à chacun qui en est conscient de participer à leur faillite totale. D’ailleurs les gauchistes du 14 janvier nous ont interpellé pour nous demander les causes de notre refus d’adhérer à ce front : c’est un signe évident de faiblesse. Nous constatons qu’ils veulent éviter toute critique fondée d’où qu’elle vienne.

On constate que cette vie politique tunisienne post-insurrection est monopolisée par des organisations politiques qui allient toutes selon des proportions variables des doses de nationalisme arabe, de baasisme, de gauchisme et d’islamisme... Pourquoi de tels mélanges baroques ? Leurs compromis avec l’intégrisme particulièrement est-il de l’opportunisme ou un reste d’empreinte religieuse traditionnelle ?

Les intégristes ont adopté le jargon gauchiste et les gauchistes se veulent les champions de la défense d’une identité pure sachant que l’identité arabe a comme base l’Islam : car il ne faut pas oublier que c’est à travers l’Islam qu’on est devenu arabes... Il n’y a pas vraiment de compromis entre les gauchistes et les intégristes mais ce sont deux aspects d’une même idéologie qui se base sur une référence unique et qui s’attache à des guides, qu’il s’agisse de Syed Kotb pour les intégristes [premier théoricien islamiste des Frères Musulmans, exécuté en 1966] ou de Trotsky, Lénine, Staline, ou Che Guevara pour les autres... Nous sommes une société qui n’a pas rompu avec l’idée du leader et du guide spirituel...

Mais comme je l’ai remarqué, le soulèvement actuel est un pas vers la rupture avec ces idéologies, dans la population en tous cas et c’est ce qui est important. D’ailleurs la majorité des tunisiens sont convaincus que « notre révolution est celle du peuple et on ne veut pas qu’elle soit récupérée par qui que ce soit » et parmi les slogans du soulèvement, il y a : « Ni cellules destouriennes, ni partis politiques, c’est la révolution des jeunes ».

Oui, mais les révolutions ont souvent accouchés de régimes plus ou moins autoritaires, issus de la réaction ou des rangs mêmes des insurgés. Quelle sont les chances pour l’UGTT de récupérer effectivement le mouvement et de prendre véritablement la tête du pays ? Et quel serait le régime mis en place si ils y arrivent effectivement ?

Maintenant que le front du 14 janvier a bien su utiliser le cadre de l’UGTT, il n’en a plus besoin. D’ailleurs, et dans le cadre de l’ouverture politique, un autre syndicat va être créé. L’UGTT est donc une organisation agonisante. Quant à la récupération, c’est la bourgeoisie qui est mieux placée pour la réaliser car en mettant fin à l’économie mafieuse de Ben Ali et sa famille qui gênait même les investisseurs étrangers, de nouveaux investisseurs vont arriver, et surtout dans les régions dites « non développées ». C’est d’ailleurs le programme même des staliniens ! Pour eux la solution au chômage, c’est la croissance et le développement !!! Dans leur programme économique on lit : axer sur l’industrie lourde, utilisation des techniques les plus avancées dans le domaine de l’agriculture y compris pesticides et semences à haut rendement (qui sont évidemment sous la main des cartels des semences !!! ). Dans l’hypothèse d’une récupération stalinienne et baasiste du mouvement, à laquelle je ne crois pas, on assisterait à la mise en place d’un pouvoir totalitaire, sanguinaire et bureaucratique qui ajouterait aux ingrédients staliniens d’autres nationalistes chauvins. Disons que ça serait inspiré autant d’Hitler que de Staline... Il ne faut pas se faire d’illusions.

Parallèlement aux manœuvres pour instrumentaliser le mouvement à des fins politiciennes, il y a un peu partout dans le pays des luttes informelles. Sur quelles bases (sociales, régionales, revendicatives, idéologiques,...) les gens se regroupent-ils ? Comment s’organisent-ils et cherchent-ils à créer de nouvelles organisations réellement populaires et non-bureaucratiques ?

Même si le soulèvement a perdu de sa force et son envergure insurrectionnelle, des luttes persistent encore dans les régions. Elles prennent la forme de revendications sociales générales, soutiennent l’exigence d’évincer certains responsables corrompus, veulent régler certaines questions relatives à des abus de l’ancien régime, etc. Ce mouvement a touché toutes les composantes de la société.

Pour l’instant, quelques organisations se sont constituées, telles que des associations de défense des chômeurs. Ce n’est pas un hasard : c’était le point de départ du soulèvement, et il est loin d’être réglé.

Justement, les revendications que formulent les tunisiens sont à la fois sociales et politiques et pourraient se retrouver dans la volonté d’instauration d’une démocratie directe que combat à dessein les grandes magouilles politiciennes liées aux intérêts internationaux. Du côté du peuple tunisien, dans sa diversité et ses contradictions, quels sont les réflexes et les mentalités qui s’opposent à une réelle égalité entre tous ?

Quand on affirme qu’il s’agit seulement d’un soulèvement, et non d’une révolution, cela veut dire qu’on n’est pas arrivé à formuler des exigences claires pour une vraie démocratie, qui ne peut être que directe. Ce qui s’oppose à cela, c’est d’abord l’idée de l’assistance des institutions de l’Etat, qui sont toujours très présentes : les gens ont peur de l’inconnu. Il faut dire aussi que le despotisme de Ben Ali, la faillite des courants marxiste-léninistes ou arabisants et l’apathie politique qu’a connu notre société n’ont pas favorisé un climat d’échange de points de vue... Au contraire, tout ça a plutôt favorisé tous les discours réactionnaires et totalitaires. En l’absence d’une pratique politique démocratique, qui soutient et qui se nourrit d’une quête d’une pensée libre, les soi-disant intellectuels se sont repliés sur leurs idéologies sclérosées. Mais le soulèvement populaire a ouvert une brèche qui pourrait permettre le dépassement de cette situation. Bien sûr tout dépend de l’effort que les vrai partisans d’une démocratie radicale vont apporter à son élaboration.

Le soulèvement tunisien a des effets sensibles dans tout le monde arabe, et les événements actuels en Egypte sont très gros de risques géopolitiques. Comment les tunisiens vivent-ils ce qui se passe là-bas ? Quelles perspectives y voyez-vous vous-même ?

Nous pensons bien entendu que le soulèvement a eu des répercussions directes sur les pays du Maghreb voire sur tous les pays arabes. Mais cela peut aussi avoir des implications sur l’Europe car tout le monde surveille de loin ou de près ce qui se passe en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Albanie…. Mais le mot d’ordre « dégage ! », qui est repris un peu partout, ne nous suffira pas dans un combat contre toute forme de despotisme dure et douce...

Quant aux risques géopolitiques : la seule source de peur pour nous les tunisiens, c’est l’intervention de Khadhafi ou l’intervention directe des troupes étrangères. Mais ceci est quand même improbable du fait de l’implication des grandes puissances dans d’autres régions du monde.

Dernière question : dans le contexte dans lequel vous êtes, que faites-vous, quelle parole portez-vous ? Et que peuvent faire les gens à travers le monde et particulièrement en Europe pour vous aider dans votre combat ?

Nous pensons que le combat actuel doit se faire sur deux plans : théorique et pratique. C’est-à-dire d’une part clarifier nos positions et provoquer la discussion autour des questions réelles, telles que le chômage, le travail, le mode de vie, la démocratie, etc. et d’autre part aider à l’émergence et au maintien de formes d’organisation et d’expression autonomes.

Toute forme de soutien est la bienvenue, et quelque soit sa forme. Mais l’essentiel, c’est de transformer ce soulèvement en un mouvement universel de telle sorte qu’il puisse être considéré, aussi, comme le vôtre.
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar CLN » Dimanche 06 Fév 2011 10:38

Tunisie : "Ni cellules destouriennes, ni partis politiques !"

samedi 5 février 2011
Entretien avec un camarade tunisien.

Propos recueillis le 4 février par le collectif Lieux Communs.

Depuis le soulèvement populaire de décembre-janvier en Tunisie, l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens (UGTT), la principale organisation stalinienne qui a toujours eu un rôle central dans le gouvernement du pays, cherche sérieusement à accéder au pouvoir en récupérant le mouvement à son profit. Quelles sont les inévitables rivalités de clans qui se déroulent en son sein et y a-t-il une lutte interne entre la base et l’appareil ? Existe-t-il une frange dissidente qui serait capable de rompre vraiment avec la direction et son idéologie mortifère ?

L’UGTT est le seul organisme syndical reconnu en Tunisie et il a participé directement à la construction de l’Etat tunisien : beaucoup de ses cadres ont été des responsables et des ministres dans les différents gouvernements du Pays depuis des décennies. Sa direction a été toujours un allié du pouvoir et a presque systématiquement soutenu ses choix économiques et sociaux. Son histoire est marquée par une trahison totale des aspirations des masses, qu’il s’agisse du soulèvement de Ksar Hellal en 1977-78 ou plus récemment de celui de la région minière de Gafsa en 2008 ou, bien entendu, de l’insurrection général contre le despotisme de Ben Ali.

Mais à partir du moment où cette direction a compris que Ben Ali était sur le point de tomber, elle a retourné son discours et a même appelé à la grève générale qui avait été déjà décidée et appliquée par les citoyens (l’information fut transmise par internet et des réseaux sociaux). Les staliniens ont alors compris que la direction de l’UGTT était dans l’embarras et ils ont sauté sur l’occasion pour transformer le cadre organisationnel comme marchepied pour le pouvoir. Donc on peut dire que les intérêts ont convergé : la direction pour cacher leur trahison et les staliniens pour profiter du cadre de l’UGTT dans une visée conspiratrice.

La lutte entre les différents clans du « Front du 14 janvier » a déjà commencé : par exemple, les nationalistes arabes ont attiré l’attention au fait que les chaînes de télévision n’ont permis qu’aux gauchistes de s’exprimer... Au fur et à mesure les militants de base découvrent les visées des soi-disant leaders du mouvement qui ont par exemple récemment déclaré qu’ils étaient pour un régime parlementaire tout en exigeant un gouvernement populaire, ce qui dévoile un double discours total. Et dans le même temps tout le monde assiste à l’intégration des mouvements gauchistes dans le système... On va donc assister à des divisions au sein même de ces formations. Car il faut dire que le soulèvement populaire a franchi un pas vers la rupture avec le système ancien y compris le spectacle politique (pouvoir et opposants) auquel nous somme conviés.

Nous pensons que les idéologies gauchistes et intégristes ont perdu du terrain dans les têtes et qu’il incombe à chacun qui en est conscient de participer à leur faillite totale. D’ailleurs les gauchistes du 14 janvier nous ont interpellé pour nous demander les causes de notre refus d’adhérer à ce front : c’est un signe évident de faiblesse. Nous constatons qu’ils veulent éviter toute critique fondée d’où qu’elle vienne.

On constate que cette vie politique tunisienne post-insurrection est monopolisée par des organisations politiques qui allient toutes selon des proportions variables des doses de nationalisme arabe, de baasisme, de gauchisme et d’islamisme... Pourquoi de tels mélanges baroques ? Leurs compromis avec l’intégrisme particulièrement est-il de l’opportunisme ou un reste d’empreinte religieuse traditionnelle ?

Les intégristes ont adopté le jargon gauchiste et les gauchistes se veulent les champions de la défense d’une identité pure sachant que l’identité arabe a comme base l’Islam : car il ne faut pas oublier que c’est à travers l’Islam qu’on est devenu arabes... Il n’y a pas vraiment de compromis entre les gauchistes et les intégristes mais ce sont deux aspects d’une même idéologie qui se base sur une référence unique et qui s’attache à des guides, qu’il s’agisse de Syed Kotb pour les intégristes [premier théoricien islamiste des Frères Musulmans, exécuté en 1966] ou de Trotsky, Lénine, Staline, ou Che Guevara pour les autres... Nous sommes une société qui n’a pas rompu avec l’idée du leader et du guide spirituel...

Mais comme je l’ai remarqué, le soulèvement actuel est un pas vers la rupture avec ces idéologies, dans la population en tous cas et c’est ce qui est important. D’ailleurs la majorité des tunisiens sont convaincus que « notre révolution est celle du peuple et on ne veut pas qu’elle soit récupérée par qui que ce soit » et parmi les slogans du soulèvement, il y a : « Ni cellules destouriennes, ni partis politiques, c’est la révolution des jeunes ».

Oui, mais les révolutions ont souvent accouchés de régimes plus ou moins autoritaires, issus de la réaction ou des rangs mêmes des insurgés. Quelle sont les chances pour l’UGTT de récupérer effectivement le mouvement et de prendre véritablement la tête du pays ? Et quel serait le régime mis en place si ils y arrivent effectivement ?

Maintenant que le front du 14 janvier a bien su utiliser le cadre de l’UGTT, il n’en a plus besoin. D’ailleurs, et dans le cadre de l’ouverture politique, un autre syndicat va être créé. L’UGTT est donc une organisation agonisante. Quant à la récupération, c’est la bourgeoisie qui est mieux placée pour la réaliser car en mettant fin à l’économie mafieuse de Ben Ali et sa famille qui gênait même les investisseurs étrangers, de nouveaux investisseurs vont arriver, et surtout dans les régions dites « non développées ». C’est d’ailleurs le programme même des staliniens ! Pour eux la solution au chômage, c’est la croissance et le développement !!! Dans leur programme économique on lit : axer sur l’industrie lourde, utilisation des techniques les plus avancées dans le domaine de l’agriculture y compris pesticides et semences à haut rendement (qui sont évidemment sous la main des cartels des semences !!! ). Dans l’hypothèse d’une récupération stalinienne et baasiste du mouvement, à laquelle je ne crois pas, on assisterait à la mise en place d’un pouvoir totalitaire, sanguinaire et bureaucratique qui ajouterait aux ingrédients staliniens d’autres nationalistes chauvins. Disons que ça serait inspiré autant d’Hitler que de Staline... Il ne faut pas se faire d’illusions.

Parallèlement aux manœuvres pour instrumentaliser le mouvement à des fins politiciennes, il y a un peu partout dans le pays des luttes informelles. Sur quelles bases (sociales, régionales, revendicatives, idéologiques,...) les gens se regroupent-ils ? Comment s’organisent-ils et cherchent-ils à créer de nouvelles organisations réellement populaires et non-bureaucratiques ?

Même si le soulèvement a perdu de sa force et son envergure insurrectionnelle, des luttes persistent encore dans les régions. Elles prennent la forme de revendications sociales générales, soutiennent l’exigence d’évincer certains responsables corrompus, veulent régler certaines questions relatives à des abus de l’ancien régime, etc. Ce mouvement a touché toutes les composantes de la société.

Pour l’instant, quelques organisations se sont constituées, telles que des associations de défense des chômeurs. Ce n’est pas un hasard : c’était le point de départ du soulèvement, et il est loin d’être réglé.

Justement, les revendications que formulent les tunisiens sont à la fois sociales et politiques et pourraient se retrouver dans la volonté d’instauration d’une démocratie directe que combat à dessein les grandes magouilles politiciennes liées aux intérêts internationaux. Du côté du peuple tunisien, dans sa diversité et ses contradictions, quels sont les réflexes et les mentalités qui s’opposent à une réelle égalité entre tous ?

Quand on affirme qu’il s’agit seulement d’un soulèvement, et non d’une révolution, cela veut dire qu’on n’est pas arrivé à formuler des exigences claires pour une vraie démocratie, qui ne peut être que directe. Ce qui s’oppose à cela, c’est d’abord l’idée de l’assistance des institutions de l’Etat, qui sont toujours très présentes : les gens ont peur de l’inconnu. Il faut dire aussi que le despotisme de Ben Ali, la faillite des courants marxiste-léninistes ou arabisants et l’apathie politique qu’a connu notre société n’ont pas favorisé un climat d’échange de points de vue... Au contraire, tout ça a plutôt favorisé tous les discours réactionnaires et totalitaires. En l’absence d’une pratique politique démocratique, qui soutient et qui se nourrit d’une quête d’une pensée libre, les soi-disant intellectuels se sont repliés sur leurs idéologies sclérosées. Mais le soulèvement populaire a ouvert une brèche qui pourrait permettre le dépassement de cette situation. Bien sûr tout dépend de l’effort que les vrai partisans d’une démocratie radicale vont apporter à son élaboration.

Le soulèvement tunisien a des effets sensibles dans tout le monde arabe, et les événements actuels en Egypte sont très gros de risques géopolitiques. Comment les tunisiens vivent-ils ce qui se passe là-bas ? Quelles perspectives y voyez-vous vous-même ?

Nous pensons bien entendu que le soulèvement a eu des répercussions directes sur les pays du Maghreb voire sur tous les pays arabes. Mais cela peut aussi avoir des implications sur l’Europe car tout le monde surveille de loin ou de près ce qui se passe en Tunisie, en Egypte, au Yémen, en Albanie…. Mais le mot d’ordre « dégage ! », qui est repris un peu partout, ne nous suffira pas dans un combat contre toute forme de despotisme dure et douce...

Quant aux risques géopolitiques : la seule source de peur pour nous les tunisiens, c’est l’intervention de Khadhafi ou l’intervention directe des troupes étrangères. Mais ceci est quand même improbable du fait de l’implication des grandes puissances dans d’autres régions du monde.

Dernière question : dans le contexte dans lequel vous êtes, que faites-vous, quelle parole portez-vous ? Et que peuvent faire les gens à travers le monde et particulièrement en Europe pour vous aider dans votre combat ?

Nous pensons que le combat actuel doit se faire sur deux plans : théorique et pratique. C’est-à-dire d’une part clarifier nos positions et provoquer la discussion autour des questions réelles, telles que le chômage, le travail, le mode de vie, la démocratie, etc. et d’autre part aider à l’émergence et au maintien de formes d’organisation et d’expression autonomes.

Toute forme de soutien est la bienvenue, et quelque soit sa forme. Mais l’essentiel, c’est de transformer ce soulèvement en un mouvement universel de telle sorte qu’il puisse être considéré, aussi, comme le vôtre.
CLN
 

Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar cln » Mercredi 09 Fév 2011 19:05

infos du site le jura libertaire

Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 16:24
Delenda est Carthago - 9 février

Tunisie/tirs de sommation : un blessé
Un jeune Tunisien a été blessé par le ricochet d'une balle mercredi matin à Tunis, après des tirs de sommation par un militaire qui tentait de faire revenir le calme devant un bureau d'aide sociale où se pressait une foule de chômeurs, a-t-on appris auprès de témoins. «Un militaire a tiré vers le sol et une balle a atteint un jeune au pied. Il a été évacué vers un hôpital», a déclaré à l'AFP Rim Rabihi, une chômeuse de 22 ans venue réclamer une aide. Le jeune homme blessé, Lotfi Safra, âgé de 26 ans, est originaire de Bab Souika, un des quartiers populaires de Tunis.
Selon plusieurs témoignages recueillis par l'AFP, une foule compacte s'était formée dans la matinée devant des bureaux du ministère des Affaires sociales, qui avait commencé la veille à distribuer des aides aux chômeurs et handicapés. Les bureaux n'avaient pas encore ouvert et la foule manifestait son impatience, refusant de s'organiser en rangs comme le leur demandaient les militaires en faction devant le bâtiment. Un militaire a effectué des tirs de sommation alors que la foule menaçait d'entrer de force, toujours selon des témoins.
Dans plusieurs régions, le gouvernement distribue une aide de 30 dinars (15,5 euros) par chômeur et de 150 dinars (78 euros) par handicapé, sur présentation de la carte d'identité et/ou du certificat d'invalidité. La situation sociale et sécuritaire reste très tendue en Tunisie où le gouvernement a allégé le couvre-feu mais a fait appel aux réservistes de l'armée à partir du 16 février. La police, bras armé du régime répressif de Ben Ali, ayant pratiquement disparu des rues depuis le départ du président déchu le 14 janvier, c'est l'armée qui assure la sécurisation des ministères et bâtiments stratégiques.
En fin de matinée, quelques dizaines de personnes manifestaient sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre de Tunis, pour dénoncer l'usage des armes par les militaires et réclamer le départ du gouvernement de transition.
Leur presse (Agence Faut Payer), 9 février 2011.

Tunisie : des gouverneurs chahutés
Le nouveau gouverneur de la région de Sousse (150 km au sud de Tunis) en Tunisie a été contraint aujourd'hui de quitter ses bureaux par une foule en colère qui réclamait son départ en raison de son appartenance au parti de l'ex-président Ben Ali, le RCD, a rapporté l'agence TAP. Dans la journée, plusieurs commerces de la localité ont été vandalisés et pillés «par un groupe de personnes armés de couteaux et de massues», a précisé l'agence tunisienne.
Dans la ville touristique voisine de Monastir, des manifestants ont également réclamé la démission pour les mêmes raisons du gouverneur récemment nommé par les autorités de transition tunisiennes. La même scène s'est reproduite à Medenine (sud) où des centaines de personnes se sont massées devant le gouvernorat.
Dans le bassin minier du centre-ouest, le gouverneur de Gafsa fraîchement nommé, Mohamed Gouider, avait déjà connu le même sort dimanche et avait été exfiltré de ses bureaux à bord d'une voiture de l'armée.
Après avoir nettoyé la police héritée du président déchu, le gouvernement avait poursuivi mercredi dernier la purge de l'appareil de l'État en remplaçant les 24 gouverneurs provinciaux. Ces nominations ont rapidement été contestées, 19 des personnes choisies étant des adhérents ou des proches du Rassemblement constitutionnel démocratique. «Le peuple sait lire les CV», commentait ironiquement mardi le quotidien La Presse de Tunisie dans un éditorial.
Leur presse (Agence Faut Payer), 8 février.
Insécurité dans la localité de Hichria à Sidi Bouzid
La localité de Hichria relevant de la délégation de Sidi Bouzid Est a connu, mardi matin, des troubles et une situation d'insécurité.
En effet, le poste de la garde nationale, la demeure du chef du poste et sa voiture ainsi que le siège de l'association d'intérêt commun ont été incendiés.
Des témoins ont affirmé que ces agissements ont été provoqués par l'attitude du chef du poste de la garde nationale qui s'est opposé à une marche pacifique.
Le correspondant de l'agence TAP a rapporté que des agents de la garde nationale ont tiré en l'air provoquant la colère des manifestants qui ont commis des actes de pillage et de destruction de biens publics.
Les forces de l'armée nationale sont intervenues pour faire évacuer le chef du poste de la garde nationale, ce qui a permis un retour au calme relatif.
Une grève générale est observée actuellement dans la localité de Hichria.
Leur presse (TAP), 8 février.
Manifestation devant le siège du gouvernorat de Monastir pour demander le départ du nouveau gouverneur
Une marche a été organisée, mardi, devant le siège du gouvernorat de Monastir, pour demander le départ du nouveau gouverneur.
Une délégation composée de représentants du syndicat des avocats tunisiens, de la Ligue Tunisienne des Droits de l'Homme, du mouvement Ettajdid et de l'Union régionale du travail a rencontré le nouveau gouverneur de la région, M. Hichem Fourati, pour demander le rétablissement de la sécurité et la démission de ce dernier, dans la mesure où il représente un symbole du Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), a indiqué M. Rachid Chemli, représetnant du mouvement Ettajdid.
D'autre part, des citoyens se sont rassemblés devant le siège du gouvernorat pour demander l'amélioration de leurs conditions sociales, faisant part de leur rejet de l'appel lancé par certains à la démission du nouveau gouverneur.
Parmi ces derniers, le père d'une fillette handicapée au nom de Chayma venu demander une autorisation de taxi collectif, et Jamila Gaddour de Ouerdanine, mère d'un garçon handicapé qui a été reçue par le gouverneur, lundi, et qui a déclaré que depuis 10 ans personne ne s'est préoccupé de son cas.
La dame a expliqué que le gouverneur s'est engagé à lui trouver une solution à ses problèmes dans les plus brefs délais.
Selon des témoins, les participants à la manifestation devant le gouvernorat de Monastir ne seraient pas originaires de la région.
Leur presse (TAP), 8 février.
Le nouveau gouverneur de Sousse se retire
Plusieurs locaux de commerce dans la ville de Sousse ont été, la cible, mardi après-midi, d'actes de vandalisme et de pillage commis par un groupe de personnes armées de couteaux et de massues.
Les agresseurs ont, également, attaqués les dépôts du port commercial de Sousse et les commerces avoisinants, ce qui a nécessité l'intervention des forces de la sécurité et de l'armée nationale qui ont rapidement pris le contrôle de la situation et arrêté plusieurs malfaiteurs.
Le nouveau gouverneur, M. Khémais Argoubi a été contraint de quitter le siège du gouvernorat, sous la pression d'un grand nombre de citoyens rassemblés pour revendiquer son départ, en raison de son appartenance au RCD.
Les manifestants ont scandé des slogans réclamant la rupture totale avec les symboles de l'ancien régime et la nomination d'un autre gouverneur neutre et compétent.
D'un autre côté, les employés de l'hôtel «El Ksar» à Sousse, ont organisé mardi, un sit in ouvert, réclamant la régularisation de leur situation sociale ainsi que leur droit à la titularisation.
Leur presse (TAP), 8 février.
Rétablissement de la situation sécuritaire et reprise des cours au Kef
La ville du Kef a connu un retour au calme, dans la nuit de lundi au mardi, après les actes de vandalisme et de pillage qui ont semé la terreur auprès des habitants de la région.
Le rythme de vie semble ainsi avoir repris son cours normal, mardi matin, à la faveur du déploiement intensif des forces de l'armée dans toute la ville.
La sécurité dans la ville du Kef a été, en effet, consolidée par l'arrivée, lundi soir, de plusieurs unités antiterroristes et d'un important renfort militaire.
Des unités mobiles de l'armée nationale ont procédé au ratissage des quartiers, à la poursuite des malfaiteurs.
De leurs côtés, les services de la garde nationale ont arrêté un groupe de personnes recherchées.
Les cours ont, également, repris dans les différents établissements éducatifs qui ont tous été placés sous surveillance militaire.
Les comités locaux continuent, de leurs côtés à garder les résidences et à contrôler les véhicules suspects en vue de prévenir d'éventuelles attaques de groupes armées.
Leur presse (TAP), 8 février.
Un groupe de jeunes prennent d'assaut le siège du gouvernorat de l'Ariana
Un groupe de jeunes ont pris d'assaut, mardi, le siège du gouvernorat de l'Ariana, profitant du rassemblement d'un grand nombre de citoyens devant le bâtiment et du désordre qui y régnait, ce qui a obligé le gouverneur à demander la protection des locaux et des employés.
Les jeunes agitateurs se sont infiltrés dans les rangs des manifestants qui étaient rassemblés devant le gouvernorat pour revendiquer l'amélioration de leurs conditions sociales.
Les unités de l'armée nationale sont parvenues à maîtriser les éléments qui tentaient de semer le trouble, à travers des tirs en l'air et en utilisant les hauts parleurs appelant les agitateurs qui ont défoncé la porte principale du gouvernorat à se disperser.
Leur presse (TAP), 8 février.
Les employés du gouvernorat de Ben Arous protestent
Les employés du gouvernorat de Ben Arous ont manifesté, mardi, pour revendiquer la titularisation des ouvriers des chantiers et des contractuels et pour dénoncer certains responsables administratifs impliqués dans des malversations et abus de pouvoir.
Le nouveau gouverneur, M. Kamel Charaabi a reçu un groupe de manifestants qui ont formulé un ensemble de revendications socio-professionnelles et politiques.
Ils ont fait part de leur disposition à soutenir le gouverneur pour qu'il puisse s'acquitter au mieux de sa nouvelle mission.
Le gouverneur a, pour sa part, indiqué qu'il n'épargnera aucun effort pour régulariser la situation de plusieurs employés du gouvernorat et satisfaire les doléances dans la mesures des moyens disponibles.
Il a déclaré à la TAP que le dossier de l'emploi figurera au premier rang de ses préoccupations.
Leur presse (TAP), 8 février.
Amélioration notable de la situation sécuritaire dans la région de Kébili
La situation sécuritaire dans la plupart des villes, de la région de Kébili, a connu, mardi, une nette amélioration.
La vie a repris son cours normal malgré l'absence des agents de la police et de la garde nationale dans la plupart des zones.
C'est l'armée nationale qui s'est chargée du rétablissement de la sécurité dans les villes et de l'organisation de la circulation dans les principaux carrefours.
Au cours de la nuit de lundi-mardi, la région n'a pas enregistré d'actes de vandalisme ni de trouble et ce, à la faveur de la collaboration entre l'armée et les comités de quartier qui s'étaient formés pour défendre leurs villes.
Par ailleurs, des témoins oculaires ont déclaré, au correspondant régional de la TAP, que quelques établissements éducatifs dans la région ont été, partiellement, endommagés lors des derniers événements survenus dans la région.
Les dégâts occasionnés n'ont pas empêché le déroulement normal des cours.
Leur presse (TAP), 8 février.
Poursuite des manifestations à Tozeur
Des demandeurs d'emploi, diplômés du supérieur, poursuivent leur sit-in pour la septième journée consécutive dans la localité de Tamaghza à Tozeur.
Ils se sont rassemblés, mardi, devant le collège de la ville, le siège de la délégation étant fermé depuis près d'une semaine suite aux troubles qui ont eu lieu dans la région.
Des citoyens de la zone frontalière Ain Karma de la délégation de Tamaghza se sont, également, manifestés pour protester contre leurs conditions de vie difficiles et l'absence d'un interlocuteur pour lui transmettre leurs doléances, puisqu'ils habitent loin du siège du gouvernorat.
Devant le siège du commissariat régional de l'Éducation de Tozeur, un grand nombre de diplômés du supérieur se sont aussi rassemblés pour revendiquer leur droit à l'emploi.
Ils ont appelé à un traitement égal lors des recrutements et ont condamné le favoritisme et les pratiques déloyales en matière d'embauche.
Dans la délégation de Nafta, des citoyens ont, dans une déclaration au correspondant régional de la TAP, désapprouvé la perturbation enregistrée au niveau des services administratifs fournis, notamment, par la municipalité de la ville en raison de l'absence des employés de l'établissement malgré le rétablissement de l'ordre.
Par ailleurs, le siège du comité de coordination du RCD de Tozeur a été incendié lundi soir par un groupe d'inconnus. L'incendie s'est propagé au premier étage du bâtiment qui comporte les bureaux administratifs et des équipements.
Les structures du RCD dans les autres délégations de la région n'ont pas subi de dommages.
Leur presse (TAP), 8 février.
Sit-in et grève d'une journée des enseignants du secondaire de Sfax
Les professeurs de l'enseignement secondaire de Sfax ont observé, mardi, un sit-in d'une heure devant le siège provisoire des deux commissariats régionaux de l'éducation. Ils ont, également, organisé une grève d'une journée.
Dans un communiqué publié par le syndicat régional de l'enseignement secondaire, les manifestants protestent contre ce qu'ils qualifient d'«atteinte volontaire» au corps éducatif, porté par le ministre de l'Éducation lors d'un débat télévisé organisé, récemment, avec un groupe d'élèves.
Le ministre avait, estiment-ils, mis en cause la représentativité des élèves.
Les enseignants se sont indignés du contenu du débat qui a incité certains élèves des lycées Mongi Slim, Habib Thamer, 9 avril, Majida Boulila et autres, à manquer de respect à l'égard de leurs professeurs, allant jusqu'à commettre des agressions verbales et physiques.
Les commissaires régionaux ont quitté leurs bureaux suite à ces protestations. M. Abdelwaheb Kamoun, commissaire régional de l'éducation à Sfax 2 a souligné au correspondant régional de la TAP, que cette réaction vient répondre aux revendications des manifestants.
Une source du syndicat des professeurs et de l'Union régionale du travail a affirmé que ces deux responsables ont, effectivement, démissionné.
Leur presse (TAP), 8 février.
Grève des chauffeurs et receveurs de la Société régionale de transport de Bizerte
Les chauffeurs et receveurs de la Société régionale de transport de Bizerte (SRTB) observent, mardi et pour la deuxième journée consécutive, une grève générale, revendiquant des promotions professionnelles, l'ouverture des perspectives, la revalorisation de la rémunération des heures de travail supplémentaires nocturnes, la priorité aux enfants du personnel dans les recrutements et l'organisation du secteur en général.
Environ 400 personnes, chauffeurs et receveurs, se sont rassemblés, devant le siège de la direction générale de la société, réclamant la satisfaction de leurs revendications légitimes.
Plusieurs agents ont fermé l'accès du dépôt central de la société à Jarzouna et formé un comité de surveillance pour empêcher la sortie des bus.
Cette grève a paralysé le trafic du transport public à l'intérieur des villes du gouvernorat et au niveau des lignes suburbaines et interurbaines, à partir de Bizerte.
Le parc de la SRTB rénové en grande partie, se compose de 215 bus dont 186 destinés au transport scolaire et universitaire. La société emploie plus de 500 personnes : environ 400 chauffeurs et receveurs, 70 fonctionnaires et 40 contrôleurs.
Leur presse (TAP), 8 février.
Accord entre l'UGTT et le Gouvernement tunisien pour la nomination de nouveaux gouverneurs
L'Union Générale Tunisienne du Travail (UGTT) et le gouvernement provisoire ont convenu de la nomination de nouveaux gouverneurs connus pour leur aptitude et leur compétence et n'ayant pas appartenu au Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD) ou été impliqués dans des pratiques contraires aux intérêts du peuple.
Dans un communiqué qu'elle a publié, mardi après-midi, l'UGTT indique que cet accord est intervenu suite à deux séances de négociations entre le Bureau exécutif de la centrale syndicale et une délégation ministérielle du gouvernement provisoire, au cours desquelles le Bureau exécutif de l'UGTT a mis l'accent sur la nécessité de créer un conseil de protection de la révolution et de la transition démocratique, conformément à une décision de la commission administrative nationale de l'UGTT et des composantes de la société politique et civile.
Il a été convenu, également, que toute personne susceptible d'être impliquée dans des pratiques contraires à l'intérêt du peuple, ne siégerait pas dans aucune des trois commissions nationales et de s'ouvrir sur l'ensemble des composantes de la scène nationale.
Les deux parties sont convenues, en outre, d'œuvrer pour rétablir la sécurité, en faisant face aux forces anti-révolutionnaires qui tentent de déstabiliser le peuple, d'entraver le fonctionnement normal des établissements éducatifs et d'influencer négativement le climat social. Elles ont, aussi, appelé à se pencher immédiatement et systématiquement sur les problèmes et préoccupations des salariés.
Au plan social, les deux parties sont tombés d'accord pour poursuivre l'insertion des employés du secteur de la sous-traitance dans les entreprises bénéficiaires de leurs services, à travers l'engagement de négociations avec l'UGTT et ses structures syndicales et la mise en place de mécanismes appropriés pour entamer immédiatement des négociations au sujet des volets réglementaire et financier, de manière à favoriser la promotion des législations dans le sens du renforcement du travail permanent et de garantir la liberté effective de l'action syndicale dans tous les secteurs sans exception.
Elles sont, également, convenues d'améliorer le pouvoir d'achat du citoyen, à la lumière de la hausse excessive des prix et de la détérioration de la situation dans le contexte de la corruption financière et administrative durant de nombreuses années.
Les deux séances ont abouti, également, selon le communiqué, à l'approbation de la ratification d'une série de conventions arabes et internationales, fondées sur les principes de la liberté, de la justice et des droits de l'Homme, des principes de la révolution tunisienne.
Leur presse (TAP), 8 février.
cln
 

Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar cln » Lundi 14 Fév 2011 19:11

UGTT - Abdesselem Jerad invite ses troupes à temporiser les revendications

12/02/2011

Dans une intervention sur Hannibal TV, Abdesselem Jerad, SG de l’UGTT, a invité les syndicalistes à faire preuve de vigilance par rapport aux revendications et à les temporiser

M.Jerad a fait preuve d’une grande responsabilité et semble être conscient des défis que le pays doit relever en cette période et a félicité les travailleurs pour leur militantisme. Il a signifié que l’UGTT a préféré être éloignée du gouvernement pour mieux le surveiller et a préféré figurer parmi les experts.
Quant aux syndicats d’entreprises, Abdesselem Jerad a invité ses troupes à coordonner avec la Centrale avant tout action

Ce qu’on pourrait éventuellement comprendre de ces propos, c’est que certaines fédérations sont en train d’agir indépendamment de la centrale syndicale.
cln
 

Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar AnarSonore » Lundi 14 Fév 2011 20:50

Va-t-on livrer la révolution aux politicards ? (Langue arabe)
:arrow: http://www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article446

Texte d’un camarade tunisien.

Résumé : La révolution tunisienne actuelle est une révolution sociale contre le système économique et social autant que contre la dictature et ses ramifications. Mais les hommes politiques, rodés aux alliances dans les coulisses des palais, fomentent pour s’imposer aux masses et usent de toute leurs capacités démagogiques pour la détourner de ses objectifs. Au lieu de reprendre les slogans a contenu social et économique, qui ont clairement marqué le début de l’Intifada, ils ne cessent d’appeler à remplacer le gouvernement par un autre, « patriotique ».

Malgré leurs limites, les exigences de la population, qui se résument au travail et à la dignité, se sont confrontées au système économique et social. Du côté des politicards avides de pouvoir on exige un "gouvernement de salut national" ou un "gouvernement de technocrates pour préparer des élections" ou encore un "gouvernement où tout le monde sera représenté" ou enfin "pour la nouvelle constitution" ou l’élaboration "d’une assemblée constituante", etc, etc.

Cela signifie que la révolution, après s’être attaquée à la racine profonde du mal qui est le système de production et de répartition de la richesse, est en voie d’être progressivement détournée. Plutôt que de voir se développer des méthodes de lutte et l’approfondissement de leur contenu, on assiste à une contre-révolution visant à drainer tout mécontentement vers une politique partisane qui vise le pouvoir, rien que le pouvoir.

C’est ainsi que le "front du 14 janvier" a décidé d’instaurer des comités dans les différentes gouvernorats du pays pour faire pression auprès des autorités et leur faire accepter de partager le gâteau. Ce qui est paradoxal est que les agissements de ces groupes et leur tapage publicitaire ne correspond en rien à leur poids réel au sein de la population : Cela nous rappelle le coup d’Etat bolchevique d’octobre 1917.

Ces partis politiques représentent un danger politique pour la population, danger non moins important que celui de la bourgeoisie régnante.
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar zebulon » Vendredi 18 Fév 2011 12:45

Source : http://toulouse.demosphere.eu/node/1798#comment-82

samedi 19 février 2011 à 11h
Lieu :Toulouse / Place Jeanne D'Arc / Toulouse



le Collectif toulousain de soutien au peuple algérien (Toulouse DZ) appelle à nouveau rassemblement.

Ce rassemblement se déroulera en soutien aux marches et meetings (à l'appel de la Coordination Nationale pour le Changement et la Démocratie) qui se tiendront au même moment en Algérie.

Source : message reçu le 18 février 08h


C'est marrant quand même que ce rassemblement pour le changement et "la démocratie" soit posté la veille seulement du jour J et ne soit pas posté sur Indy media Toulouse. Avec un brin de spéculation, on pourrait penser que les organisateurs ne veulent pas d'une certaine population de résistants, comme les lecteurs d'Indymedia Toulouse par exemple...
(Voir le sujet "Toulouse : Ou quand la FSU s'accapare la parole publique" - viewtopic.php?f=25&t=6515 )

En tous cas la ligne de différentiation de sensibilité entre Indy Toulouse et Demosphere Toulouse est peut-être en train de se montrer un peu plus au grand jour ?

Bon on va remédier à cela et poster de suite l'info sur Indy Toulouse, avec ces mêmes commentaire en plus.
Car la bataille sur le territoire fRance se joue aussi là...

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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar Mala » Vendredi 18 Fév 2011 12:50

Tu veux dire Indymerdia non?
Mala
 

Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar zebulon » Vendredi 18 Fév 2011 13:20

Ben voilà c'est posté avec quelques commentaires en plus...

À lire sur : http://toulouse.indymedia.org/spip.php? ... icle=46812
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Re: ALGERIE, TUNISIE : SOULEVEMENT CONTRE LA MISERE

Messagepar Lambros » Vendredi 18 Fév 2011 13:43

Je vous transmet le "coup de gueule" d'un compagnon...


Hé bein voilà , c’est fait .

Après la Tunisie c’est le tour de l’Egypte. Le peuple est en liesse, il chante, il danse et rêve de jours meilleurs, et après…?

Après c’est la Démocratie avec un grand “D”. Ils vont avoir droit à cette mascarade que l’on nomme “Élection Présidentielle” et qui mettra en place un homme ou une femme aux ordres du grand capital. Car ne rêvons pas si Ben Ali et Moubarak sont partis c’est parce que tout à été orchestré par les Etas-Unis et leur nouvelle stratégie politique aux Proche et Moyen Orient.

Donc celui ou celle qui sera élu sera forcement redevable et soumettra le peuple au bon vouloir du Capital.



Mais nous Anarchistes qu’avons nous fait pour les aider : RIEN ou si peu .

Quelques communiqués de soutien, quelques rassemblements et voilà tout. Il est vrai que cela se passe un peu loin, que l’anarchie ne fait pas partie du paysage politique dans ces pays là, mais il y à quand même des compagnons qui militent dans la clandestinité la plus totale et qui on du se sentir bien seuls.

Nous qui nous prétendons A-nationalistes, pourquoi n’avons nous pas fait une souscription pour envoyer des compagnons et des compagnes sur le terrain pour les aider politiquement et stratégiquement ?!

Comment pouvons nous envisager un monde libertaire, si nous ne sommes pas capable d’être au combat chaque fois que l’occasion se présente.



Je pense qu’il est temps que nous arrêtions de nous regarder le nombril en se gargarisant d’être “Anarchiste” comme si cela faisait de nous des êtres exceptionnels. il nous faut passer à la vitesse supérieure et saisir chaque opportunité pour combattre le Capital démontrer nos théories , appliquer nos valeurs…. et ce où que ce soit dans le monde.

Si nous ne sommes pas capable de mettre une telle politique en place, nous ne resterons qu’une poignée de rêveurs accrochés à une utopie !

C’est pourquoi j’en appelle à tous et à toutes , que l’on se dise : Anarchiste, libertaire, Communiste Libertaire, Utopiste, Anarchosyndicaliste ou autre terme pompeux et ronflant mis en place pour mieux montrer nos différences, plutôt que nos valeurs communes, à travailler ensembles pour qu’un jour la société libertaire dont nous rêvons , devienne réalité sur toute la planète .



Salutations anarchistes.



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