Sur Auguste Blanqui...

Les courants, les théoriciens, les actes...

Messagepar Paul Anton » Mardi 16 Sep 2008 20:04

Je viens de trouver ce texte :


http://www.collectif-smolny.org/article ... rticle=309

LUXEMBURG Rosa (1906) : Blanquisme et social-démocratie

Le camarade Plekhanov a publié dans Le Courrier, sous le titre « Où en est la Droite ? », un article exhaustif dans lequel il accuse les bolcheviks de blanquisme.

Il ne nous incombe pas de défendre les camarades russes auxquels le camarade Plekhanov assène les coups de son érudition et de sa dialectique. Sans aucun doute, ils en sont capables par eux-mêmes. Mais le problème lui-même appelle quelques remarques auxquelles nos lecteurs aussi pourront trouver de l’intérêt : c’est pourquoi nous lui consacrons quelque place.

Le camarade Plekhanov, pour caractériser le blanquisme, fait une citation d’Engels concernant Blanqui, un révolutionnaire français des années quarante du siècle dernier dont le nom a servi à désigner toute la tendance. Engels dit : « Dans son activité politique il était avant tout un homme d’action, croyant qu’une petite minorité bien organisée, qui tenterait au bon moment un coup de main révolutionnaire, entraîner avec elle, grâce à ses premiers succès, la masse du peuple et pourrait ainsi conduire la révolution à la victoire... Du fait que Blanqui conçoit toute révolution comme le coup de main d’une petite minorité révolutionnaire découle, après le succès de celle-ci, la nécessité de la dictature : bien entendu de la dictature non pas de toute la classe révolutionnaire, le prolétariat, mais du petit nombre de ceux qui ont fait le coup de main et qui sont déjà eux-même organisés sous la dictature d’un seul ou de quelques uns [1]. »

Friedrich Engels, le compagnon de lutte de Karl Marx, est indubitablement une grande autorité, mais la question de savoir si cette caractéristique de Blanqui est parfaitement juste peut encore être discutée. Car, en 1848, Blanqui n’était nullement obligé de prévoir que son club formerait une « petite minorité » ; au contraire, alors, dans une période de puissants remous révolutionnaires, il comptait avec certitude qu’à son appel ce serait le peuple travailleur tout entier, sinon en France, du moins à Paris, qui se dresserait pour combattre la politique ignominieuse et criminelle d’un ministère bourgeois cherchant à « ravir au peuple sa victoire ». Toutefois, la question n’est pas là : il s’agit de savoir si, comme le camarade Plekhanov s’efforce de le démontrer, la caractéristique de Blanqui faite par Engels s’applique aux bolcheviks (que le camarade Plekhanov nomme désormais sans plus de façon la « minorité » parce qu’ils se sont trouvés en minorité au Congrès de réunification [2].

Il dit exactement :« Cette caractéristique toute entière s’applique complètement à notre actuelle minorité. » Et il justifie ce propos de la manière suivante : « Le rapport des blanquistes avec les masses populaires était utopique en ce sens qu’ils n’avaient pas compris la signification de l’autonomie révolutionnaire de ces masses. Selon leurs projets, seuls les conspirateurs étaient à proprement parler actifs, tandis que la masse se contentait de les soutenir, entraînée par une minorité bien organisée. » Et le camarade Plekhanov d’affirmer que c’est là le « péché originel du blanquisme » auquel ont succombé les camarades russes bolcheviks (nous préférons nous en tenir à cette dénomination usuelle). A notre avis, ce reproche reste indémontré par le camarade Plekhanov. Car la comparaison avec les membres de la Narodnaïa Volia [3], qui étaient effectivement des blanquistes, ne prouve rien, et la remarque malveillante selon laquelle Jeliabov [4], le héros et le chef de la Narodnaïa Volia, était doué d’un instinct politique plus aiguisé que le chef des bolcheviks, Lénine, est de trop mauvais goût pour qu’on doive s’y arrêter. Du reste, comme nous l’avons déjà dit, il ne nous appartient pas de rompre des lances pour défendre les bolcheviks ou le camarade Lénine : aussi bien, ils ne se sont encore laissé démonter par personne. Ce qui nous importe, c’est le fond de l’affaire. Et de poser la question : dans l’actuelle révolution russe, le blanquisme est-il seulement possible ? Si une telle tendance pouvait seulement exister, pourrait-elle exercer une quelconque influence ?

Nous pensons qu’il suffit de poser ainsi la question pour que quiconque d’un peu au courant de l’actuelle révolution [5], quiconque qui ait eu quelque contact direct avec elle lui donne une réponse négative. Toute la différence entre la situation française de 1848 et l’actuelle situation dans l’empire russe réside justement dans le fait que le rapport entre la minorité organisée, c’est-à-dire le parti du prolétariat, et la masse s’est fondamentalement modifié. En 1848, les révolutionnaires, dans la mesure où ils étaient socialistes, firent des efforts désespérés pour porter les idées socialistes dans les masses, pour les empêcher de soutenir les idées creuses du libéralisme bourgeois. Ce socialisme-là était justement fumeux, utopique et petit-bourgeois. Aujourd’hui, en Russie, l’affaire se présente différemment : ni votre vieille pedecja [6] rancie, ni l’organisation des Cadets, les constitutionalistes tsaristes de Russie, ni aucun autre parti national bourgeois « progressiste » n’a été en mesure de gagner à lui les larges masses laborieuses. Aujourd’hui justement, ces masses se rassemblent sous la bannière du socialisme : au moment où la révolution a éclaté, elles se sont placées de leur propre initiative, presque spontanément, sous le drapeau rouge. Et c’est la meilleure preuve en faveur de notre parti. Nous n’allons pas cacher qu’en 1903 encore nous étions qu’une poignée, qu’en tant que parti, au sens le plus strict de ce terme, en tant que camarades effectivement organisés, nous étions tout au plus quelques centaines et qu’à l’occasion de nos apparitions, de nos manifestations, seule une petite troupe de travailleurs se joignait à nous ; aujourd’hui, nous nous comptons en tant que parti par dizaines de milliers. D’où vient la différence ? Est-ce parce que nous avons dans notre parti des chefs géniaux ? Parce que nous sommes peut-être de si célèbres conspirateurs ? Nullement. A coup sûr, aucun de nos chefs, c’est-à-dire aucun de ceux auxquels le parti a confié la responsabilité du travail, ne voudrait s’exposer au ridicule en autorisant une comparaison entre lui et le vieux Blanqui, ce lion de la révolution passée. Peu de nos agitateurs arrivent à égalité avec les anciens conspirateurs du club [7] des blanquistes, en ce qui concerne le rayonnement personnel et les capacités organisationnelles. Comment s’explique notre succès et l’insuccès des blanquistes ? Tout simplement par le fait que cette fameuse « masse » n’est plus la même. C’est celle de ces troupes ouvrières qui combattent aujourd’hui le tsarisme, de ces hommes dont la vie elle-même a fait des socialistes, de ces hommes qui ont sucé à la mamelle la haine de l’ordre établi, de ces hommes auxquels la nécessité a appris à penser en termes marxistes.

Telle est la différence. Ce ne sont ni les chefs ni même les idées qui l’ont fait naître, mais les conditions sociales et économiques, des conditions qui sont telles qu’elles excluent tout combat de classe commun au prolétariat et à la bourgeoisie.

Ainsi, comme les masses sont autres, comme le prolétariat est autre, on ne peut parler aujourd’hui d’une tactique de conspirateurs, d’une tactique blanquiste. Blanqui et ses héroïques camarades ont fait des efforts surhumains pour amener la masse à la lutte de classe ; ils n’ont point réussi, parce qu’ils avaient en face d’eux des travailleurs qui n’avaient pas encore rompu avec le système des corporations, qui étaient encore plongés dans l’idéologie petite-bourgeoise.

Les social-démocrates que nous sommes ont une tâche bien plus simple et bien plus facile : il nous faut seulement aujourd’hui travailler à diriger la lutte de classe qui s’est allumée avec une nécessité inexorable. Les blanquistes s’efforçaient d’entraîner les masses derrière eux, tandis que nous, les social-démocrates, nous sommes aujourd’hui poussés par les masses. La différence est grande, aussi grande qu’entre un pilote qui veut à grand peine faire remonter le courant à son bateau et un pilote qui doit tenir la barre d’un bateau entraîné par le courant. Le premier peut ne pas avoir assez de force et il n’atteindra pas son but, tandis que le second a pour seule tâche de veiller à ce que le bateau ne dévie pas de sa route, ne se brise pas sur un récif ou n’échoue pas sur un banc de sable.

Là encore, le camarade Plekhanov devrait se rassurer en ce qui concerne « l’autonomie révolutionnaire des masses ». Cette autonomie existe, rien ne la retiendra en arrière et tous les sermons livresques sur sa nécessité (nous demandons d’excuser cette expression, mais nous n’en trouvons pas d’autre) ne pourront que faire sourire ceux qui travaillent au sein de la masse et avec elle.

Nous contestons que le camarades russes de l’actuelle « majorité » aient été victimes d’errements blanquistes au cours de la révolution, comme le leur reproche le camarade Plekhanov. Il se peut qu’il y ait eu des traces dans le projet organisationnel que le camarade Lénine avait rédigé en 1902 [8], mais c’est une chose qui appartient au passé, à un passé lointain car aujourd’hui la vie va vite, vertigineusement vite. Ces erreurs ont été corrigées par la vie elle-même, et il n’y a pas de danger qu’elles puissent se renouveler. Et même le spectre du blanquisme n’a rien d’effrayant, car il ne peut ressusciter à l’heure actuelle. Le danger que nous courons au contraire est que le camarade Plekhanov et ses partisans de la « minorité » qui craignent tant le blanquisme ne tombent dans l’extrême opposé et n’échouent le bateau sur un banc de sable. Cet extrême opposé, nous le voyons dans le fait que ces camarades craignent par-dessus tout de rester dans la minorité et qu’ils comptent sur des masses en dehors du prolétariat. De là le calcul en direction de la Douma, de là les mots d’ordre faux dans les directives du comité central pour soutenir ces messieurs les Cadets, cette tentative pour mettre sur pied la revendication « A bas le ministère bureaucratique ! » et d’autres erreurs semblables. Le bateau ne restera pas échoué sur le banc de sable ; il n’y a aucun danger ; le courant tumultueux de la révolution emportera aussitôt le bateau du prolétariat ; mais ce serait dommage que ces erreurs nous fissent perdre ne serait-ce qu’un instant.

De la même façon, la notion de « dictature du prolétariat » a pris une signification différente d’auparavant. Friedrich Engels souligne à juste titre que les blanquistes ne songeaient pas à une dictature de « toute la classe révolutionnaire du prolétariat, mais du petit nombre de ceux qui ont fait le coup de main ». Aujourd’hui, la chose se présente tout à fait différemment. Ce n’est pas une organisation de conspirateurs qui « fait le coup de main », qui peut penser à sa dictature. Même les gens de la Narodnaïa Volia et leurs prétendus héritiers, les socialistes révolutionnaires de Russie, ont cessé depuis longtemps de rêver à pareille chose.

Si aujourd’hui les camarades bolcheviks parlent de dictature du prolétariat, ils ne lui ont jamais donné l’ancienne signification blanquiste, ils ne sont jamais non plus tombés dans l’erreur de la Narodnaïa Volia qui rêvait de « prendre le pouvoir pour soi » (zachlat vlasti). Au contraire, ils ont affirmé que l’actuelle révolution peut trouver son terme quand le prolétariat, toute la classe révolutionnaire se sera emparée de la machine d’État. Le prolétariat, en tant qu’il est l’élément le plus révolutionnaire, assumera peut-être son rôle de liquidateur de l’ancien régime en « prenant pour soi le pouvoir » pour s’opposer à la contre-révolution, pour empêcher que la révolution ne soit dévoyée par une bourgeoisie réactionnaire dans sa nature même. Aucune révolution ne s’est achevée autrement que par la dictature d’une classe, et tous les signes indiquent qu’à l’heure actuelle le prolétariat peut devenir ce liquidateur. Apparemment, aucun social-démocrate ne se laisse aller à l’illusion que le prolétariat puisse se maintenir au pouvoir : s’il pouvait s’y maintenir, il amènerait alors la domination de ses idées de classe, il réaliserait le socialisme. Ses forces n’y suffisent pas à l’heure actuelle, car le prolétariat, au sens le plus strict de ce mot, constitue précisément dans l’empire russe la minorité de la société. Or la réalisation du socialisme par une minorité est inconditionnellement exclue, puisque justement l’idée du socialisme exclut la domination d’une minorité. Donc le jour de la victoire politique du prolétariat sur le tsarisme, la majorité lui retirera le pouvoir qu’il aura conquis. Pour parler concrètement : après la chute du tsarisme, le pouvoir passera dans les mains de la partie la plus révolutionnaire de la société, le prolétariat, parce que le prolétariat s’emparera de tous les postes et se tiendra sur ses gardes aussi longtemps que le pouvoir ne sera pas dans les mains légalement appelées à le détenir, dans les mains du nouveau gouvernement que la Constituante est seule à pouvoir déterminer en tant qu’organe législatif élu par toute la population : or, c’est une simple évidence que dans la société ce n’est pas le prolétariat qui constitue la majorité, mais la petite-bourgeoisie et la paysannerie et que, par conséquent, dans la Constituante, ce ne seront pas les social-démocrates qui formeront la majorité, mais les démocrates paysans et petits-bourgeois. Nous pouvons le déplorer, mais nous n’y pourrons rien changer.

Telle est, à grands traits, la situation, selon l’appréciation des bolcheviks, et c’est cette vision qu’ont toutes les organisations et tous les partis social-démocrates en dehors de la Russie proprement dite. Où le blanquisme réside-t-il dans tout cela, c’est bien difficile à concevoir.

Pour justifier, ne serait-ce qu’en apparence, son affirmation, le camarade Plekhanov est obligé d’isoler les paroles du camarade Lénine et de ses partisans de leur contexte. Si nous voulons à notre tour en faire autant, nous pouvons aussi démontrer que les « mencheviks » ont été récemment des « blanquistes » en commençant par le camarade Parvus et en finissant par le camarade... Plekhanov ! Mais ce serait là un jeu de scolastique stérile. Le ton de l’article du camarade Plekhanov est plein d’amertume, il remplit d’amertume, ce qui est une mauvaise chose. « Quand Jupiter se courrouce, c’est que Jupiter a tort ».

Il serait grand temps d’en finir ave cette scolastique, avec tout ce remue-ménage pour savoir qui est « blanquiste » et qui est « marxiste-orthodoxe ». Aujourd’hui, il s’agit de savoir si c’est, à l’heure actuelle, la tactique que recommandent le camarade Plekhanov et avec lui les camarades mencheviks qui est juste, une tactique qui vise à travailler le plus possible avec la Douma, avec les éléments qui y sont représentés, ou au contraire la tactique que nous appliquons tout comme les camarades bolcheviks, une tactique qui s’appuie sur le principe que le centre de gravité est situé en dehors de la Douma, dans l’apparition active des masses populaires révolutionnaires. Jusqu’à présent, les camarades mencheviks n’ont pu persuader personne de la justesse de leurs vues et personne n’en sera davantage persuadé quand ils accolent à leurs adversaires l’étiquette de blanquistes.

[1] F. Engels, Programm der blanquistischen Kommuneflüchtling, publié dans Der Volksstaat n°73, 26 juin 1874, in Marx-Engels, Werke, Dietz Verlag, Berlin, tome 18, p. 529.

[2] Il s’agit du quatrième congrès du POSDR, Parti ouvrier social-démocrate de Russie, qui se tient en mai 1906.

[3] La Volonté du Peuple, organisation populiste russe formée en 1879 pour lutter contre le tsarisme, en ayant recours au besoin au terrorisme individuel.

[4] Organisateur avec Sophie Perovski de l’attentat qui coutera la vie au tsar Alexandre II le 13 mars 1881.

[5] Rosa Luxemburg évoque ici la révolution russe de 1905-1906.

[6] L’expression polonaise « pedecja » semble être une abréviation de la « polka democracja » et désigner l’opposition démocratique de la bourgeoisie polonaise.

[7] Le club de la Société républicaine centrale fondée en février 1848 par Blanqui à Paris.

[8] Allusion à la fameuse brochure de Lénine Que faire ?, critiquée par Rosa Luxemburg en 1903 dans son article Questions d’organisation de la social-démocratie russe, auquel Lénine répondit en 1904 dans Un pas en avant, deux pas en arrière.

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Messagepar Souvafix » Mercredi 17 Sep 2008 15:57

Il me semble une figure sympathique qu'il n'a pas l'air conseillé de suivre niveau stratégie. :?
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Messagepar NOSOTROS » Mercredi 17 Sep 2008 16:40

on peut dire ça comme ça, en effet ! :lol:
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Messagepar Souvafix » Mercredi 17 Sep 2008 17:26

Enfin, figure sympathique, on se comprend !

Image


Sur sa pensée (wikikipedia) :

En tant que socialiste, Blanqui est favorable à une juste répartition des richesses au sein de la société. Mais le blanquisme se singularise à plusieurs égards des autres courants socialistes de son temps. D'une part, contrairement à Karl Marx, Blanqui ne croit pas au génie messianique de la classe ouvrière, ni aux mouvements des masses : il pense, au contraire, que la révolution doit être le fait d'un petit nombre de personnes, établissant par la force une dictature temporaire. Cette période de tyrannie transitoire doit permettre de jeter les bases d'un nouvel ordre, puis remettre le pouvoir au peuple. D'autre part, Blanqui se soucie davantage de la révolution que du devenir de la société après elle : si sa pensée se base sur des principes socialistes précis, elle ne va que rarement jusqu'à imaginer une société purement et réellement socialiste. Il diffère en cela des utopiques. Pour les blanquistes, le renversement de l'ordre bourgeois et la révolution sont des fins qui se suffisent à elles-mêmes, du moins dans un premier temps.


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Messagepar NOSOTROS » Mercredi 17 Sep 2008 21:09

Le pouvoir est au bout du fusil (mao)

Il y a comme une continuité ...
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Messagepar Souvafix » Mercredi 17 Sep 2008 21:56

Boh, "qui a du fer a du pain" c'était pas très original au XIXeme, j'ai l'impression que les embrouilles se résolvaient pas mal au bout du fusil !!
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Messagepar NOSOTROS » Mercredi 17 Sep 2008 23:22

Au XXI siècle aussi il me semble ... Ca dépend de quel côté du bout tu es ...
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Messagepar rackham » Jeudi 18 Sep 2008 9:13

Mouais, en même temps Blanqui avait toute une théorie de la race (en gros la race aryenne est la seule à pouvoir faire le socialisme car elle est la plus avancée et au-dessus des autres). Et d'aillerus on voit bien dans les années post-commune que les membres de la gauche qui rejoignent le boulangisme puis l'anti-dreyfusisme viennet pour la plupart des rangs blanquistes (socialistes révolutionnaires comme ils se définissent).
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Messagepar NOSOTROS » Jeudi 18 Sep 2008 9:22

Je ne savais pas. Mais Blanqui parlait de race "aryenne" ? C'est le terme qu'il employait ?
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Messagepar anarced » Jeudi 18 Sep 2008 11:54

Je pense plutôt qu'il s'agit de certaines dérives du blanquisme dûes à des intellectuels comme Gustave Tridon et Albert Regnard qui se définissaient comme blanquistes et qui étaient effectivement proaryens et antisémites. Extraits du livre d'Albert Regnard "Aryens et Sémites. Le bilan du christiannisme et du judaïsme", 1890, Paris, Editions Dentu.

Voilà bien longtemps que je porte dans ma tête l'idée et le plan de ce livre ou vont être établis définitivement, sur les bases inébranlables de la démonstration scientifique, l'actif de nos congénères Aryens et le passif de nos éternels ennemis, les Sémites : le moment est venu de provoquer par l’examen de leur bilan, la banqueroute du Judaïsme et du Christianisme, auxquels nous devons, outre l’abrutissement religieux, l’effroyable développement du régime capitaliste.


La vérité est que si le Molochisme Juif n'a pas été publié du vivant de Tridon, c'est que le livre était à peine achevé quand la maladie et la mort lui firent tomber la plume des mains. De plus, et sans vouloir diminuer en rien les mérites du brillant écrivain dont la Révolution et les lettres déplorent la perte prématurée, il est bon de rappeler que la haine du Sémitisme était à l'ordre du jour parmi les jeunes révolutionnaires de la fin de l'Empire surtout dans le groupe Hébertiste auquel appartenait Tridon.,
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Re: Sur Auguste Blanqui...

Messagepar Paul Anton » Lundi 24 Aoû 2009 19:50

:arrow:


The New Blanquism



Anton Pannekoek

(Originally published in Der Kommunist (Bremen), No. 27, 1920)





When the material situation is conducive to revolution, but the masses remain passive and are not at all inclined to revolt, doctrines then arise which seek to attain their goal by other means than the political revolution of the proletarians. So it was in France where, prior to 1870, the names of Proudhon and Blanqui were associated with two tendencies which, in different and opposed ways, elaborated the theories of the first seeds of future movements. Associated with the name of Proudhon, the petit-bourgeois critic of big capital, were those parts of the rising workers movement that sought to undermine capitalism by means of the peaceful construction of cooperatives; they instinctively felt that the power of the new class must rest upon the economic construction of new foundations, rather than on external political attacks. Associated with the name of Blanqui, the intrepid revolutionary conspirator, were those parts of the proletariat who felt that the conquest of political power was necessary; and that even if the bulk of the class is still passive, this must take place through the agency of a resolute minority, which will rally the masses behind it due to its wisdom and its example and which would hold power in its hands by strict centralized means. Both tendencies were rooted in previous movements and were therefore petit-bourgeois, because they still lacked the idea of the extensive power which could be brought to bear by a fully-unleashed proletarian class struggle, which would find its expression in Marxist teachings.



It is therefore easily understandable that similar doctrines should once again make their appearance, although, of course, in a much more advanced and elaborate form, based on everything which, in the form of the Marxist doctrine of class struggle, has in the meantime become the common property of all proletarian fighters; and they have thus taken shape as different versions of those teachings. The conviction that the proletariat must build up its economic power in the domain of the production process, by means of the factory councils, and that all the politics of force (Gewaltpolitik) practiced by Noske’s people must be incapable of overcoming this economic power, could lead to a kind of neo-Proudhonism, if its proponents come to believe that this method is sufficient, by means of its miraculous power, to conduct society to the communist order without major revolutionary struggles on the part of the proletariat. On the other hand, a neo-Blanquist tendency is becoming evident in the conception that a revolutionary minority could conquer and hold political power, and that this would be the conquest of political power by the proletariat. This tendency is displayed in the writings of Struthahns1 on the dictatorship of the working class and the Communist Party.



Struthahns says, concerning the dictatorship of the working class: “What does this mean? That the interests of the working class come first and that these interests alone guide policy. Secondly, that it can only be administered by workers organizations.” In other words: the “dictatorship of the working class” does not mean the dictatorship of the working class, but something else. It is not a class dictatorship, but the dictatorship of certain groups, and it calls itself a proletarian dictatorship because it is implemented by a workers organization (the SPD is also a workers organization) and because it puts the workers’ interests first (which is what many social traitors assert about themselves). What is depicted here is the dictatorship of the communist party, the dictatorship of a determined revolutionary minority.



He then offers many qualifications of this definition, however; usually excellent explanations concerning the role of the Communist Party in the revolution, which display great political dexterity with words, to the effect that this idea is not to be understood as advocating blind coup attempts, and that its supporters have learned much from the Russian Revolution. But his theoretical principle deserves closer scrutiny. As an additional corollary of his doctrine, it is, again, not the Communist Party as a whole, but its central committee which exercises the dictatorship, first of all within the party, where it excludes certain people from the circle of its absolute power, and uses underhanded methods to expel the opposition. Now, much of what Struthahns says about this concept of dictatorship is also very valuable. But the proud words about the centralization of revolutionary power in the hands of proven champions would make a greater impression if it were not known that this argument was currently being used to defend a short-sighted, opportunistic policy intended to inveigle the Independents, and in the interests of a zealous pursuit of the parliamentary tribune. Nor is his appeal to Russia of any avail here, as the communist government there is not in retreat, like the great masses of the working class who have been demoralized by its deviations, but firmly exercises its dictatorship and defends the revolution with all its might. The conquest of power is no longer at stake; the dice were cast, the proletarian dictatorship has all the means of power at its disposal and cannot abandon them. One encounters the true Russian example in the days prior to October 1917. Then, the Communist Party never proclaimed or believed that it had to take power or that its dictatorship would be the dictatorship of the masses of the working people. It had always proclaimed that the Soviets, the representatives of the masses, had to take power; the Party itself formulated this program, it fought for it, and since the majority of the Soviets finally acknowledged this program to be correct, they took government power into their hands, at which moment the communists spontaneously took control of its executive offices, whose most powerful supporters were in the Communist Party, and upon whose members the burden of all the work fell.



We are by no means fanatics of democracy, we have no superstitious respect for majority decision nor do we render homage to the belief that everything the majority does is for the best and must succeed. Action is crucial, activity overpowers mass inertia. Where power enters as a factor, we want to use and apply it. If, nonetheless, we firmly reject the doctrine of the revolutionary minority, this is just for the reason that it must lead to a mere semblance of power, to merely apparent victories, and thus to serious defeats. It could be applicable in a country where the apathy of the masses is a characteristic of their class situation, such as, for instance, in a country with a peasant majority, who do not see anything outside of their villages and turn their backs on national politics; there, an active proletarian minority of the population could conquer State power. But if this tactic has never been attempted or recommended in Russia, it should be all the more surprising were it to be recommended for the western European countries, where the situation is very different.



It is therefore correct to emphasize that the process of the revolution will be much slower and more difficult in Western Europe, because the bourgeoisie is much more powerful here than in Russia. But in what does this power consist? Does it consist of control over the State apparatus? The bourgeoisie already lost this control on one occasion. Does it consist of numerical superiority? The bourgeoisie confronts an overwhelming number of workers. Does it consist of the power of command over production? Or the power of money? In Germany, these things hardly mean anything anymore. The roots of Capital’s power are much more deeply set. They lie in the reign of bourgeois culture over the population as a whole, as well as over the proletariat. Over the span of one hundred years of the bourgeois era, the spiritual life of the bourgeoisie has soaked into all of society, and has created a spiritual structure and discipline which, by way of thousands of channels, penetrated and dominated the masses. This will have to be gradually purged from the proletariat through a long and tenacious struggle. First, the liberal and Christian ideology was fought by social democratic enlightenment. But it is precisely the social democracy which shows how profoundly rooted and how adaptable Capital’s spiritual rule over the masses actually is: it seemed to spiritually free the masses and to unify them in a new proletarian world-view, and now it is demonstrated that this organization created by the masses themselves has been fully converted to the side of the bourgeoisie and prevents their revolution. It is thus the case that the resistance which must be overcome by the proletariat alone in the old bourgeois countries is infinitely greater in its immense scale than in the new countries of Eastern Europe, where bourgeois culture of any kind is lacking and where a communal tradition favors the revolution. Respect for the bourgeois legal order is deeply ingrained in the masses, and becomes visible in the fear inspired by the outcry over terrorism, in the belief in all the lies, in the hesitancy to undertake the necessary measures. Bourgeois ethics are deeply ingrained in the ethics of the masses, which confuses them with noble words, which disorients them with its hypocrisy, which mocks them with its clever deceitfulness. The old bourgeois individualism is deeply ingrained in their blood, so that today they think they can win everything with one furious assault and tomorrow they recoil before the enormity of the task.



This does not mean that victory is not possible here: the proletariat also has vast untapped resources; the revolution here will take place on a much greater scale. Nor does this mean that revolutionary expropriation must be postponed to a distant future: circumstances could somehow compel the masses to take power into their hands at any time, despite all the spiritual impediments, which can then only be overcome later, within a subsequent process of struggle. But this does mean that the revolution is not possible as a result of the actions of a resolute minority. Everything the latter does is done to seize a hostile power in the hands of the bourgeoisie, rather than on behalf of the revolution.



In this social environment the revolutionary Party is not embedded among the masses, who look on with indifference—or so it seems; everything which may appear to be an apparently apathetic stance towards communist propaganda is capable of turning into an instrument of the counterrevolution thanks to the power of capitalist-bourgeois ideology. While one part of the proletariat, upon whom crucial struggles rely, is paralyzed, passive, and rendered indecisive by the old ideology, the more backwards elements, whose passivity is expected, become a force for the bourgeoisie. The history of the Munich Council Republic is a rich example of all these distinct tendencies.



In the capitalist countries with a spiritually powerful bourgeois culture, any deviation in the direction of a Blanquist tactic is consequently doomed and must be condemned. The doctrine of the revolutionary minority, of the communist party dictatorship (Parteidiktatur), is a sign of the underestimation of the enemy’s power, and of the underestimation of the necessary work of propaganda, which must lead to the most serious setbacks. The revolution can only issue from the masses, and it is only through the masses that it is carried out. The Communist Party has forgotten this simple truth and, with the insufficient forces of a revolutionary minority, it wants to do what only the class can do, in such a way that the consequence will be defeat, which will set back the cause of the World Revolution for a long time, at the cost of the most painful sacrifices.


Note



1. A pseudonym employed by Karl Radek.


http://www.geocities.com/CapitolHill/Lobby/2379/tnb.htm

(si quelqu'un pouvait le traduire...)
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