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Automne 2005...

Il y a longtemps que ça flambe dans les banlieues, où le système a concentré de la misère. Ce qui se passe aujourd'hui n'est donc pas étonnant : le contraire le serait. De la droite à la gauche, on prétend qu'il s'agirait d'un défaut d'intégration, d'une défaillance éducative, d'un trouble du comportement, d'un communautarisme identitaire, d'une voyoucratie délinquante, de difficultés à l'emploi, etc...

On mélange toutes les explications, on stigmatise une partie de la population par les comportements critiquables de certains. Cette théorique dédouane les responsables et transforme la victime en bourreau, l'opprimé en oppresseur. Car c'est bien le capitalisme qui fabrique et utilise le chômage pour augmenter ses bénéfices et affaiblir la riposte du salariat. C'est bien la bourgeoisie qui augmente ses revenus en dégradant les conditions d'existence d'une fraction croissante de la population. Ce sont les politiciens qui ont oeuvré à cet urbanisme concentrationnaire de banlieue pour loger à faible coût la main d’œuvre. Soyons justes : notre système social est basé sur l'exploitation, l'exclusion, l'oppression ; c'est sa nature profonde, il suffit d'observer la réalité.

Occulter ou prétende le contraire est un mensonge, une manœuvre politicienne pour manipuler l'opinion. La bourgeoisie de droite occulte la nature du système et ses conséquences, celle de gauche croit qu'il suffit de faire un peu de social, mais, de droite à gauche, l'adhésion à ce système aboutit à des choix politiques jumeaux, de nature antisociale.

Toutes les luttes et manifestations, salariales, étudiantes, des cités, ne sont que l'éveil d'une résistance populaire, l'expression des contradictions de classes sociales. Curieusement, certains adeptes de la lutte de classes comme Krivine ou Laguillet se sont exprimés de façon douteuse, démagogique, ambiguë, et ne faisant apparaître une analyse révolutionnaire du problème : la pêche aux voies et le jeu d'alliance électorale font-ils déjà sentir la trahison parlementariste ? Certes, des émeutiers commirent des erreurs de cibles en détruisant les biens de leurs frères de misère, mais ce n'est ni dans les silences et les absences que les erreurs s'évitent. Il faut être présent, parmi les révoltés, dans les cités, pour donner sens, éviter les pièges, créer du lien avec les autres résidents, travailler à massifier la lutte, mettre en discussion et rapport l'ensemble de la population, ouvrir des débats, pratiquer l'alliance et la solidarité, expliquer que Sarkosy a jeté de l'huile sur le feu pour faire oublier le décès de deux jeunes innocents.

Par ses déclarations, Sarkosy a attisé la révolte en sachant que des jeunes révoltés, dépolitisés, naïfs, réagiraient ainsi. La stratégie de la tension visait un retournement de la population pour pérenniser un discours sécuritaire qui, comme en 2002, permettrait la victoire de la droite en 2007. La gauche sentant le danger n'est pas en reste ; on a donc vu André Gerin, dirigeant du PC, tutoyer Sarkosy et l'approuver, tandis qu'Emmanuel Val du PS d'en rajouter sur le rétablissement de l'ordre et du couvre-feu, tout en saupoudrant sa vindicte de mesures sociales.

On se souviendra de cette gauche, incluant la LCR, votant Chirac pour barrer la route à Le Pen : votera-t-elle Chirac contre Sarkosy ou Sarkosy contre Le Pen ? Cette tactique politicienne, ces calculs électoraux, délitent l'unité et la riposte des opprimés. Ce vote anti-front national a permis un redoublement des mesures antisociales, une utilisation massive des forces répressives contre les grévistes, les gens des banlieues, les lycéens et étudiants, l'application de lois liberticides... La niaiserie, les arrières-pensées, le défaut d'analyse, la débilité congénitale de certaines organisations contribueront-ils à un nouveau naufrage du vote antifasciste ?

Observons les choses : il n'est pas exclu que la production de masse fordiste (assumant une croissance forte, une consommation soutenue élevant l'équipement de biens matériels de tous, faisant fonctionner la production sociale et par là la paix civile) et peut-être terminée. Structurellement, sous l'effet de la mondialisation et des problèmes écologiques, voire énergétiques, le capitalisme fordiste peut muer et ce post-fordisme n'est peut-être pas le paradis rêvé de certains. Une partie de la bourgeoisie théorise qu'il sera impossible de maintenir un tel niveau de production, que certains auront un haut niveau de consommation, tandis que la paupérisation touchera une grande partie de la population et les couches moyennes seront affectées par cet appauvrissement. Face aux désordres consécutifs à cela, une seule réponse : la répression, pour maintenir l'ordre néo-capitaliste.

Une question hante les esprits un peu critiques : pourquoi quand l'arsenal répressif est largement suffisant et efficace pour ce type de manifestations, on décrète couvre-feu et état d'urgence ? Pourquoi un tel délire, qui même en 68 ne fût utilisé ? Bien sûr, il y a le calcul politicien d'un Rastignac, d'un démagogue, d'un prêt à tout pour être élu. Mais j'oserai une autre hypothèse : signifier clairement aux futurs mouvements sociaux que le pouvoir sera répressif, en montrant sa force, de façon à acclimater la population à cette donne, pour que celle-ci intègre ce processus de peur. L'état d'urgence n'est pas un aveu de faiblesse : au contraire.

Ne laissons pas les propos de l'adversaire formater l'opinion publique ; il nous faut, au niveau discursif, contre-attaquer.

Prétendre inadmissible la contestation violente. Quand l'Etat use de celle-ci, n'est-il pas l'aveu qu'en politique la violence est légitime ? Ce principe est érigé en droit des Etats qui ont le monopole légal de la violence, pour faire la guerre, réprimer la contestation, pérenniser des rapports sociaux violents, décréter couvre-feu, état d'urgence, loi martiale (permettant d'éventuelles dictatures). Dès lors, l'opprimé a toute légitimité pour ou ne pas utiliser la violence, l'important étant que l'attaque vise l'oppresseur et non son frère de misère.

Expliquer qu'il s'agit d'actes d'individus violents, par leur propre nature ou psychologie, est habile car il permet d'évacuer comment ces individualités sont socialement construites : l'exclusion économique, le non-accès aux besoins fondamentaux (logement, santé, nourriture, loisirs, etc...), le cadre de vie désagréable, une sexualité non-épanouie, une culture délétère, la surpopulation agressante génèrent stress, frustration et violence. Tout cela envahit la personne dans une dynamique souffrance/violence. Par nature biologique, l'homme n'est ni bon ni mauvais, doux ou violent, dominé ou dominateur. Ces comportements sont biologiquement actés mais non-déterminés ; pour preuve : on peut les utiliser en alternance ou en remplacement. Les explications comportementales sont à chercher dans une psychologie existentielle, c'est à dire dans les inter-réactions individuelles et collectives, confrontées au sociétal (désirs, plaisirs, déplaisirs, permis, interdits, exclus, privilégiés, valorisés, méprisés, moi, sur-moi, sens, éthique). L'individu être pensant ne peut être saisi sans son étant au monde : c'est dans ce topique que les troubles prouvent leur explication.

Voyons dans cette problématique l'hypocrisie, la perversité, les injonctions paradoxales du système. On parle égalité, liberté fraternité : nous avons le contraire. On nous veut respectueux, solidaires, civiques, justes, et on incite à être battants, meilleurs, commandeurs, gagneurs. Ceux qui nous exhortent au respect des lois les bafouent ouvertement. On nous incline à être pacifiques et on vante la puissance, la force, la guerre, la vengeance. On critique la délinquance, mais dirigeants d'entreprises, de l'Etat, de partis, de syndicats, pratiquent évasion fiscale, abus de biens sociaux, détournements de fonds, trafics d'influence, vols. On érige le courage, la loyauté, la franchise, l'honnêteté en principe, et la lâcheté, la traîtrise, la ruse, la rouerie, la démagogie sont de rigueur. On s'indigne des violences sexuelles ; parallèlement, on autorise le commerce sexuel, la nudité corporelle sexuellement attractive pour vendre, y compris du prétendu artistique. On prétend immoral de profiter de son prochain, mais le corps de beaucoup est une marchandise (la force de travail), qui, grâce au salariat, permet la richesse d'une minorité. On conseille de rester à sa place, se contenter de ce que l'on a, de rester modeste, que la condition d'humble n'est point méprisable, et, conjointement, on te qualifie de « pauvre type », « raté », « fauché », « minable », etc. On nous tolère citoyens et démocrates : c'est qu'il faut voter ; en réalité, on se fout du citoyen, tandis que la démocratie n'exprime pas ce que veut le peuple.

Comment s'étonner que certains pêtent les plombs et partent en vrille, que d'autres, prenant le système à ses propres règles mais n'ayant le capital suffisant, tentent illégalement d'avoir de l'argent ? Quelques-uns, observant nos dirigeants, déduisent que tout est permis, mais surtout qu'il ne faut pas se faire prendre. Une autre fraction cassée, sans espoir, sans révolte, se soumet à son sort. Une autre partie croit qu'en se taisant, en obéissant aux ordres, en singeant les dominants, apprenant bien ses leçons et devoirs, pourra avoir sa petite part du gâteau. Restent les révoltés, les indignés, les contestataires, les subversifs : ceux-là sont l'espoir. Braves gens, si les jeunes ne vous plaisent pas, n'oubliez pas qu'ils sont vos enfants et ceux de ce système où les riches le sont de plus en plus, les pauvres de plus en plus et nombreux.

Le désespoir gagne du terrain : le taux de suicide, notamment des jeunes, croît ; l'usage des médicaments face aux troubles psychologiques augmente ; les violences de toutes sortes (urbaines, au travail, privées) sont légions. L'exclusion, le chômage, la précarité, les mauvaises conditions de travail : c'est l'état du salariat. La pauvreté intellectuelle, l'effet d'une école mise au service du capitalisme et non de l'intérêt commun.

Arrêtez de frémir sur les 20 millions d'euros de dégâts dans les banlieues. Pensez aux milliards que coûtent toute cette gendarmerie, les indemnités des élus de toutes sortes, les dépenses somptuaires des dirigeants, l'évasion fiscale, les délocalisations, les guerres, les projets inutiles et inefficaces, les bénéfices des entreprises, les revenus des riches, etc.

Pour exiger un comportement adéquat des individus, le système se doit d'être légitime ; il ne l'est pas, ne l'ayant jamais été.

Alors se posent les vraies questions. Faut-il continuer avec l'idéologie bourgeoise, l'économie capitaliste, l'organisation politique actuelle ? Notre monde court-il à sa perte ? Voulons-nous continuer le chacun pour soi, les rapports d'exploitation et d'oppression comme norme sociale ? Devons-nous accepter les démarches uniquement électoralistes de certaines organisations se prétendant révolutionnaires pour lesquelles la grève générale n'est jamais d'actualité ?

Voulons-nous la concorde, l'harmonie, le respect de l'autre, une société pacifique, instruite et démocratique, égalitaire, capable de satisfaire les besoins économiques de tous ? Cela implique un autre système social, où les services publics le sont réellement et gratuits, où l'accès garanti aux biens matériels rendrait caduque l'usage du vol, où chacun aurait sa juste part de travail et de son prix, où l'école aurait mission de concourir à une connaissance générale (et non suivant l'utilitarisme actuel). Imaginons une société où l'équité serait la règle : la légitimité pour réclamer la norme serait plus aisée.

Plutôt que vous morfondre et décrier, interrogez-vous. Qui sont ces anarcho-syndicalistes, avec leur communisme libertaire, leur fédéralisme, leur égalitarisme, leur démocratie directe, leur rejet de l'Etat, leur refus des rapports d'exploitation et d'oppression ? Est-il possible que cette idéologie constitue un système social, qu'une économie planifiée démocratiquement soit plus profitable que le capitalisme ? Ont-ils raison de vouloir que les gens se parlent, se solidarisent, empêchant les licenciements, les radiations de chômeurs, les expulsions, que les gens autoréduisent leurs charges locatives, refusent de payer les transports publics, etc. ?

Si vous pensez tout le contraire, que Sarko ou la gauche vous sauveront en 2007, craignez demain d'être appauvris, exclus, chômeurs, avec en prime le fascisme.

Jean Picard

Adhérent CNT-AIT de Caen

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