Comment s'organise-t-on ?


Nous connaissons tous des organisations qui défendent " la démocratie " mais où les décisions importantes sont prises par un petit comité, des organisations qui sont censées donner la parole à leurs membres mais où quelques chefs la confisquent, des organisations qui disent "défendre les travailleurs" mais qui sont en fait les meilleures alliées du patronat...

Ces organisations pullulent dans le paysage politique, syndical, associatif. Elles pratiquent l’idéologie de "tous les moyens (ou presque) sont bons pour réussir", même des moyens en contradiction flagrante avec les principes affichés. Ça marche, à condition de ne pas du tout être regardant sur ces fameuses "réussites" : elles ne correspondent jamais, même de loin, aux objectifs du départ Les dizaines de milliers de révolutionnaires qui ont cru dans une CFDT autogestionnaire, les millions de votants qui ont cru changer la vie en élisant Mitterrand, ceux qui ont cru Jospin et sa promesse de régulariser tous les sans-papiers.... comprendront certainement de quoi je parle. Malgré cela, des organisations qui se veulent révolutionnaires, voire libertaires, suivent actuellement un chemin identique.

A la CNT-AIT, nous pensons au contraire que la théorie et la pratique doivent être en cohérence, tant en ce qui concerne la stratégie que le fonctionnement de l’organisation et qu’à tous les niveaux ; il faut appliquer les principes pour lesquels nous nous battons (c’est-à-dire ceux qui constituent l’anarcho-syndicalisme, comme le fédéralisme, la prise de décision à la base, l’auto-organisation des travailleurs, le refus de collaborer avec le patronat, l’état et les institutions qui le soutiennent comme les partis politiques...).

Le fédéralisme par exemple est un pilier de l’anarcho-syndicalisme et des idées libertaires en général. Quelles en sont les conséquences organisatrices ? C’est que les décisions doivent être prises par les gens, par les structures qui sont le plus directement concernés, à la base. Ainsi, quand il se passe quelque chose "en province" (par exemple à Millau !), à la C.N.T.-A.I.T. ce sont les syndicats de la région concernée qui prennent, après tous les échanges qu’ils estiment utile, la décision finale et pas un quelconque "bureau national" (qui, curieux hasard, se trouve pour 99,99 % des organisations à Paris).

Autre exemple : le journal [de la CNT-AIT, le Combat Syndicaliste]. Contrairement aux organisations qui choisissent d’avoir un journal unique et, de ce fait centralisé et souvent monolithique ; la C.N.T.-A.I.T. a fait le choix, depuis des années, d’une presse fédéraliste. Comment cela se passe ? Il y a, à la fois une rédaction nationale et des rédactions régionales. Dans un premier temps, les articles sont envoyés par les militants et les syndicats à la rédaction nationale. Jusque là, rien d’original. Cette rédaction fait une maquette. Et c’est là que ça change la rédaction nationale n’assure pas le tirage du journal. Elle envoie la maquette aux régions, et c’est chaque région qui assure l’impression et la diffusion du journal dans sa zone. De cette manière, c’est la région qui décide réellement du contenu puisqu’elle est libre (et qu’elle a les moyens techniques) de modifier la maquette nationale si elle le veut, de même qu’elle ajoute tout texte à sa convenance. On est loin du journal, fait en petit comité, généralement à Paris, qui est parachuté à intervalle régulier sur les militants.

On comprend à ces quelques exemples que le Bureau confédéral de la C.N.T.-A.I.T. est réellement un simple organe de liaison, conformément aux statuts, et pas un organe de décision politique. Et ce bureau tourne : au cours des huit dernières années, il a été successivement à Bordeaux, au Mans, à Caen et [...] à Pau ; [il est actuellement à Montpellier, Châteauroux s'occupant du Combat Syndicaliste].

Si l’on parle de l’action dans l’entreprise ou sur les lieux de vie, le principe pour la C.N.T.-A.I.T. est évidemment que les décisions sont prises à la base, par les personnes concernées, pas par leurs "élus" ou autres "médiateurs". C’est une des raisons pour lesquelles la C.N.T-A.I.T. boycotte les élections professionnelles tout comme elle refuse les alliances, même ponctuelles, avec les partis politiques qui sont tous, comme le souligne la Charte du Syndicalisme Révolutionnaire (texte de référence de la C.N.T. depuis 1945), les supports de l’Etat.

[Des exemples français ou étrangers récents le montrent :] il est non seulement possible de mener des luttes mais aussi, d’obtenir des victoires, qui, pour modestes qu’elles soient, sont acquises par l’action directe au premier sens du terme, c’est-à-dire par l’action syndicale sans compromission politique ou réformiste, sans élu. [Lire aussi sur le site de DIRECT!, section Suisse de l'A.I.T., cet entretien avec un CNTiste espagnol].

Autre point : on ne peut pas dénoncer les "nouveaux chiens de garde", les médias (qui sont effectivement un des instruments essentiels du pouvoir) et faire alliance avec eux (en répondant à leurs attentes, en se prêtant à leurs jeux), car ceux qui prétendent utiliser les médias sont rapidement utilisés par eux. C’est pourquoi la C.N.T.-A.I.T. a rejeté délibérément toute stratégie médiatique.

Alex